«Ils voulaient un vrai Dakar»

Moteurs

Propos recueillis par Ph. J.

Publié le

<i>«Ils voulaient un vrai Dakar»</i>
© EPA
Patrick Zaniroli fait face: il annonce néanmoins une deuxième partie plus... légère

ENVOYÉ SPÉCIAL AU MALI PHILIPPE JANSSENS

BAMAKO Patrick Zaniroli, en tant que directeur sportif de l'épreuve et responsable du tracé du parcours, vous êtes aujourd'hui, l'homme le plus maudit du rallye. Vous attendiez-vous à une telle hécatombe dès le premier tiers de l'épreuve?

«J'avais prévenu tout le monde lors de la présentation de cette 26e édition à la mi-novembre. C'est l'un des Dakar les plus difficiles que j'ai tracé en onze ans d'activité à ce poste...»

Deux tiers des concurrents qui ont abandonné ou qui sont bloqués sur la piste, était-ce le but du jeu?

«En traçant une épreuve, on ne peut pas dire quelle en sera la conséquence sur les concurrents. Je savais qu'il serait difficile. Il faut arriver à tout replacer dans son contexte. Il y a aussi les conditions dans lesquelles l'épreuve se déroule. Ceci dit, c'est l'enchaînement des trois étapes depuis Tan-Tan qui ont fatigué tout le monde. Tant les concurrents que les assistances, mais aussi les suiveurs. De plus, je crois que le terrible vent de sable qui a sévi tout au long de notre passage en Mauritanie n'a rien arrangé à la fatigue générale...»

Certains prétendent que, cette fois, vous avez été trop loin. Depuis 1998, on n'avait plus connu un rallye aussi difficile. Ne craignez-vous pas de dégoûter les amateurs?

«Tout le monde est fatigué et tout le monde râle. C'est normal dans ce genre de contexte. Mais comme le disait très justement Jacky Ickx: c'est une épreuve organisée par des sadiques pour des masochistes. Au décompte final, ceux qui grognent aujourd'hui, seront les premiers à se féliciter d'être arrivés à Dakar dans moins de dix jours... Et puis, en 1998, comme cette fois, nous avons rencontré durant le rallye, des conditions nettement plus difficiles que lors des reconnaissances...»

Justement, quelques pilotes réputés et expérimentés, vous accusent d'avoir profité d'une soi-disante menace armée pour récupérer un maximum de concurrents en perdition et pour rapatrier tout le monde sur Bobo Dioulasso avant la 2e partie du rallye...

«Chacun a son avis sur la question. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'il existait une véritable menace et qu'un organisateur comme ASO n'a pas voulu prendre le moindre risque dans l'intérêt de la sécurité de ses concurrents. Si José Beauvais menaçait de s'en prendre aux concurrents du Tour de France, Jean-Marie Leblanc prendrait exactement la même décision... Il est clair que la difficulté rencontrée par la majorité des concurrents a également joué dans notre décision de neutraliser les deux étapes avant la journée de repos. Avant le départ, je croyais que nous aurions 40% de concurrents à l'arrivée. Aujourd'hui je dois revoir mes prévisions à la baisse. Mais après l'édition très roulante, l'an dernier, tous les concurrents voulaient un vrai Dakar. Ils l'ont!»

Nous n'en sommes qu'à la moitié du rallye et nous retournerons la semaine prochaine en Mauritanie pour deux nouvelles étapes. Sera-ce aussi difficile qu'à l'aller?

«Non, ce ne sera pas aussi lourd que ce que nous avons déjà traversé. Mais attention, ce ne sera certainement pas un jeu d'enfants. Car, comme l'an dernier, nous avons voulu maintenir le suspense jusqu'à la fin. Souvenez-vous, Peterhansel était déjà désigné comme vainqueur, lorsqu'il a tout perdu à 40 kilomètres de Sharm-El-Sheikh. Donc je crois que nous avons d'autant plus de raisons de croire que cette fin de rallye sera également très ouverte. Et ce, malgré les retards importants qui séparent d'ores et déjà les leaders au classement général...»



de Mévius: "Un exploit"

BAMAKO Rentré la nuit tombée à Nema, Grégoire de Mevius avait concédé plus de trois heures aux leaders lors de l'étape de vendredi. C'est pourtant avec les sourire retrouvé et, toujours accroché à la 4e place du classement général que notre compatriote s'est élancé hier midi sur la liaison menant à Bamako. "Finalement, en plus de la boîte, il s'est avéré que nous avions également des gros soucis de moteur. Nous avons donc bien fait de ne pas trop insister. Toute la nuit durant, les mécaniciens ont réparé ma voiture. Ils ont sorti le moteur pour réparer les pistons et le vilebrequin, le tout en respectant complètement le règlement. Ils ont abattu un boulot extraordinaire, malgré les conditions difficiles. Nous sommes encore quatrièmes au classement général, mais je m'attends à devoir repasser derrière mon équipier Luc Alphand lorsque les pénalités dues à mon remorquage seront tombées. Ceci dit, avec cette cinquième place à mi-parcours, tout reste possible et bien des choses peuvent encore se produire d'ici à l'arrivée à Dakar. Nous repartons avec le moral en hausse et une équipe complètement remotivée. Lucho et moi n'avons plus rien à perdre... et sans doute tout à gagner sur la deuxième partie du rallye."




«J'en ai marre!»

BAMAKO "Sincèrement, je me demande ce que les gens trouvent d'amusant à cela? Les organisateurs sont des dictateurs qui édictent une bible. Hormis quelques pilotes de pointe, personne ne s'amuse. Nous passons 18 heures par jours dans le camion sur la piste. C'est vraiment inhumain. De plus, l'entre-aide n'existe pas. On ne se soucie que de soi-même. Où est le véritable esprit du Dakar? Il s'envole en poussière avec ce vent de sable qui m'énerve depuis trois jours. Là, sincèrement, j'en ai marre. Et je crois que dans ces conditions, je ne reviendrai plus. Cela ne m'amuse pas d'être secoué comme un prunier dans l'irrespect total. Quand nous arrivons il n'y a même pas moyen de prendre une douche dans des conditions d'hygiène décentes. Et puis tout le monde est crevé. Les concurrents tombent de fatigue les uns après les autres. Trop c'est trop!

Vos articles Sports

Newsletter Sports+

Fil info