Vingt avions en cinq semaines

MOAB Lundi 21 avril: après neuf heures de vol, l'avion se pose à l'aéroport de Washington D.C. Pas question de franchir la ligne jaune à l'enregistrement. Encore moins d'entrer dans l'avion sans avoir eu le feu vert de l'hôtesse... Discipline à outrance. Cinq heures plus tard, la petite délégation belge (trois personnes) découvre les strasses de Las Vegas, somptueuse étoile en plein désert. Un petit trajet en... Limousine et nous voilà au beau milieu des concurrents du G 4. Quinze heures de vol depuis Bruxelles? Une broutille comparée à eux. Ils ne comptent plus sur les doigts des deux mains les avions pris depuis qu'ils ont quitté New-York, trois semaines plus tôt.

Mardi 22: neuf heures du matin. Les concurrents découvrent les machines qu'ils devront dompter cette semaine: un Discovery, quatrième et ultime modèle de Land Rover. Cinquante véhicules qui seront le soir au Snow Canyon, où les neiges éternelles donnent au paysage un air de Noël. Mais avant de monter la tente par -10°, les seize participants se farciront un Maximiser, vrai parcours du combattant qui cumule cross-country, escalade et mountain-bike. Le tout après trois heures passées au volant de sa machine.

Mercredi 23: la fatigue gagne les participants. L'adrénaline augmente car le but approche, la fin d'un mois surhumain. Cette fois, c'est dans la poussière qu'il faut s'arracher, courir encore et encore, avant de rejoindre le campement de fortune. Le panorama est impressionnant. Même fatigué, chacun prend le temps d'ouvrir grands les yeux. Et d'apprécier une vue digne des westerns les plus célèbres.

Jeudi 24: le White Canyon ne s'atteint pas sans patience. Ici, les Indiens étaient rois. Jadis. Maintenant, les ranches poussent comme les buildings chez nous. La caravane du G 4 passe sans s'arrêter. C'est que l'heure avance. «On a un certain temps pour réaliser les prévisions (sportives) que l'on s'est fixées le matin. Donc...» Tant pis, les suiveurs se délectent pendant que les forçats de l'effort dégustent. Un cross à trois mille mètres d'altitude et puis le grand saut vers une vallée aux contours infinis. Une traversée de la Valley of Gods et le passage de la Dirty Devil River mènent au Devil Canyon. Du paradis à l'enfer. Pour une descente en rappel.

Vendredi 25: l'aventure touche presque à sa fin. Demain, on saura qui a gagné. La concentration monte, donc. Thoelen et Ostertag ne tolèrent plus le moindre écart. «Je veux donner le maximum pour que Rudi s'impose», lance le sympathique équipier allemand, qui terminera douzième de l'épreuve. «Je n'ai plus rien à gagner ni à perdre.» Sur les bords de la Colorado River, la caravane orange ne passe pas inaperçue. Mais en territoire conquis. «Ici, on vit des raids aventures», dit un passionné.

Samedi 26: jour J. Sable et poussière sont les pires ennemis des campeurs. Qu'importe. Car la ligne d'arrivée est au bout d'une ultime ligne droite. Pour le participant belge, elle est synonyme de victoire. Passagère, certes, mais d'autant plus forte qu'inattendue. «J'ai tout donné, je me suis mis dans le rouge, j'ai dépassé mes limites au-delà de l'imaginable.» Dans l'avion du retour, son vingtième en un mois, le champagne n'a que plus de goût.

© Les Sports 2003