Après les critiques cinématographiques, nos deux journalistes spécialisés sont allés voir la dernière production à haute octane de Hollywood.

Mon collègue Olivier de Wilde et moi ne pouvions pas manquer ça. Dès que "Le Mans 66" est sorti dans les salles obscures mercredi, nous avons tôt fait d'acheter nos billets pour voir si ce blockbuster rendant gloire à l'homérique duel Ford-Ferrari dans les années 60 valait la peine. Vu que nous sommes avant tout passionnés de sport automobile (et même pratiquant dans mon cas...), nous n'aurions pas le même regard qu'un spectateur lambda ou un critique cinématographique. Nous connaissons l'histoire par coeur et serions inévitablement sans merci...

Le premier constat est la fidélité apportée au récit. Les problèmes cardiaques de Carroll Shelby, le capotage du rachat de Ferrari par Ford, les débuts laborieux de la GT40 "by Lola", la naissance de la Mustang et bien évidemment les premiers succès ainsi que le récit de cette fameuse édition sarthoise 1966, tout y est ! Comme Ron Howard était parvenu à la faire avec "Rush", James Mangold parvient à captiver le public avec une histoire de bagnoles rocambolesque où les petrolheads de Venice Beach et de Maranello s'opposent aux gros bureaucrates de Détroit. Mais surtout, il réhabilite le pilote Ken Miles qu'on a tendance à oublier quand on parle des succès de Ford en endurance. Pourtant, l'Anglais et le triumvirat qu'il formait avec Shelby et Remington ont été la clé du triomphe de l'ovale bleu dans la plus grande course du monde.

"Le Mans 66" est une reconstitution géniale des faits d'époque mais plus d'un connaisseur aura tiqué face aux petites approximations par rapport à la réalité. Des libertés surement prises pour vouloir rendre délibérement l'histoire plus hâletante. Par exemple, Enzo Ferrari ne s'est jamais rendu aux 24 Heures du Mans pour exhorter ses troupes, le Commendatore ne quittant ses quartiers de Maranello que pour assister en toute discrétion aux essais libres du Grand Prix de F1 d'Italie. De même, l'arrivée des vraies 24 Heures 66 s'est déroulée sous la drache et non pas sous la canicule. Mais au final, ces détails n'ont que peu d'importance pour Monsieur Tout-le-Monde. Personnellement, nous aurions aimé que le film s'attarde un peu plus sur les débuts calamiteux des GT40 en 1964 et 1965 ainsi que la lutte Ford-Ferrari qui avait également lieu en GT avec notamment les Cobra Daytona. Mais le film dépasse déjà les deux heures et inclure tout ça aurait augmenté sa durée de 50%.

Deusio, le film flatte la rétine. C'est très beau à voir grâce aux superbes tons colorés typiques des années 60. L'espace d'un instant, on est voyagé dans les ateliers de Shelby dans la banlieue de Los Angeles ou dans la nuit terrifiante des 24 Heures du Mans. Les cerveaux pensants du film ont également pris soin de faire le plein de bolides mythiques des sixties. Il y a évidemment les Ford GT40, les Cobra et les Ferrari P mais aussi des Porsche, des Corvette ou encore des Aston Martin. Ce méli-mélo de belles carrosseries accompagnés de sonorités envoûtantes nous a fait frémir plus d'une fois. Seul écueil: quelques accidents "à la Driven" inutilement spectaculaires et l'absence des fameuses Ford J-Car et MkV, remplacées par des Mk1 maquillées, alors qu'elles occupent une place cruciale lors du final...

Matt Damon n'est peut-être pas aussi grand que le véritable Carroll Shelby mais son jeu est exemplaire et il incarne dignement le cow-boy. Christian Bale est également excellent dans le rôle de Ken Miles. Mention spéciale à Jon Bernthal qui a réalisé une merveilleuse prestation en incarnant le papa de la Ford Mustang Lee Iacocca.

Qu'on soit fan de sport automobile ou non, "Le Mans 66" doit être vu au moins une fois. Si vous n'êtes pas convaincu, posez la question à un des nombreux anciens pilotes qui se sont pour la plupart montré très élogieux envers cette dernière oeuvre de James Mangold. Gentlemen, start your engines for a supercharged movie !