Superbe victoire de Thierry Neuville qui revient à onze unités du leader Ogier.

Cinq heures après son arrivée victorieuse, dimanche au Rallye de Pologne, Thierry Neuville était toujours au travail : "Je sors à peine de débriefing," confiait notre compatriote aussi fatigué qu’heureux à l’heure du souper. Même quand on gagne son cinquième rallye WRC et quand on signe son premier doublé chez Hyundai, il y a toujours des choses à améliorer ? "Bien sûr", s’exclame Thierry. "Ma voiture était vraiment pas mal ce week-end, mais on peut toujours faire mieux. Et puis, il ne faut jamais dire que vous êtes totalement content. Il faut garder la pression."

La pression, Thierry et Nicolas l’ont eue durant quatre jours en Pologne avec une formidable bataille à couteaux tirés. "Mentalement, c’est crevant", avoue-t-il. "Mais finalement ici, contrairement au Portugal, en Argentine ou en Sardaigne, j’ai pu relever la tête et le pied avant l’arrivée. Je n’ai plus dû attaquer lors des deux dernières spéciales suite à la sortie de Ott Tanak. Cela fait du bien. J’ai pu finir en roue libre."

L’Estonien avait repris la tête lors de la première spéciale dominicale pour 1.8 : "Je me suis dit qu’il avait dû prendre beaucoup de risques. Et des amis qui l’ont vu en spéciale me l’ont confirmé avant le départ du tronçon qui allait lui être fatidique : il allait sortir, c’était clair. Il roulait à la limite partout. De notre côté, on a décidé d’augmenter le rythme, car on voulait gagner aussi, mais pas en prenant tous les risques. Au premier intermédiaire, on pointait déjà 1.2 devant lui. Puis, au point stop, quand on a vu son côté endommagé et son chrono, on a été soulagés…"

Plus question d’attaquer dans l’ultime Power Stage , quitte à perdre quelques précieux points… " Honnêtement, je le regrette un peu. J’aurais pu prendre cinq unités bonus au lieu d’une seule. Mais on a déjà assez joué avec le feu cette année. Et on s’est déjà brûlé. Il y avait un premier doublé Hyundai (Hayden Paddon a terminé 2e à 1.29) et des gros points très importants aussi dans la course au titre constructeurs. Là, on s’est dit que c’était trop risqué. Qu’il y avait trop d’enjeux."

Il n’a donc au final repris que sept unités à Ogier : "Même au terme d’une mauvaise course, il parvient encore à profiter des erreurs des autres et à monter sur le podium. On espérait que notre équipier Sordo puisse le devancer, mais l’Espagnol a terminé quatrième. Enfin, l’important est que l’on continue à grappiller et à résorber notre retard qui n’est plus que de onze points. On va continuer comme cela et on va atteindre notre but."

Lisez devenir champion du monde.

Prochaine étape, fin du mois, en Finlande pour un autre rallye très rapide. D’ici là, après quatre semaines et demie sans dormir dans son lit, Thierry va-t-il prendre un peu de repos ? "Non, pas de vacances estivales pour moi. Je vais passer trois jours à l’appart à Monaco et puis ce sera visite à Cologne, tests pour le Deutschland, Eifel Rallye en démo puis départ pour le pays des 1000 Lacs." Avec une ambition toujours identique : devancer Ogier pour se rapprocher d’une première couronne mondiale.

"On peut gagner partout"

Sa note préférée, c’est un dix sur dix. Celle qu’il a sans doute attribuée à son pilote Thierry Neuville hier en Pologne. Travailleur de l’ombre, l’équipier Nicolas Gilsoul ne lésine pas sur le boulot : "Cela va tellement vite et cela demande tant de précision que moi aussi j’ai regardé les vidéos des reconnaissances chaque soir. Je voulais tout connaître par coeur pour toujours savoir où j’étais." Et cette osmose, comme dans un couple, on la ressent dans la voiture: "On a la même ambition. Depuis la fin de l’année dernière, je sens Thierry plus mature, plus serein. On n’a par exemple pas dû attendre les consignes pour décider de ne pas rouler vite dans la dernière spéciale. On ne nous y aurait jamais pardonné une erreur. Nous-mêmes non plus d’ailleurs. Je sais que l’on y a perdu quelques points. Mais pas le titre. Et pour celui-là, je suis plus confiant que jamais. On peut désormais s’imposer partout. Même en Finlande..."

Le commentaire d'Olivier de Wilde : Neuville en patron !

Certes notre vice-champion du monde n’est pas encore titré, loin de là. Il reste cinq manches et 150 points encore à distribuer et il en compte toujours onze de retard sur le déjà quadruple couronné Sébastien Ogier.

Mais en Pologne, on peut écrire que le Belge s’est imposé pour la cinquième fois de sa carrière en véritable patron. L’homme fort de cette saison 2017, c’est bien lui. Alors qu’Ogier a encore juste fait preuve de régularité pour hériter d’un podium qu’il ne méritait pas de son propre aveu et bien limiter ainsi la casse au championnat, le pilote Huyndai est le premier à s’imposer à trois reprises cette année. Et sans deux bévues alors qu’il avait course gagnée en début de saison, son score serait de 5 sur 8.

Cette fois, avec la maturité d’un (futur) champion, c’est lui qui a fait craquer son adversaire. Un sans-faute au terme d’un duel intense qui devrait encore renforcer sa confiance pour la quête du sacre en fin d’année.