Après les annulations de Sebring puis de Portimao, la saison du Championnat du Monde d'Endurance (WEC) s'ouvre ce samedi à Francorchamps.

Toute une semaine dédiée à l'endurance GT et protos débutant, ces lundi et mardi, par le Prologue.

Sous le soleil et un ciel bleu, trente-cinq voitures ont pris la piste aujourd'hui. Mais trois n'ont quasi pas roulé. Les deux Aston Martin Vantage GTE-AM des teams TF et D'Station ont été fortement accidentées au Raidillon par Ben Keating et Satoshi Hoshino provoquant deux drapeaux rouges, tandis que la Toyota GR10 Hypercar N°7 est quasi tout le temps restée dans son stand.

La grande nouveauté de cette édition, c'est bien sûr le lancement de la nouvelle catégorie Hypercar intéressant tant de constructeurs pour le futur (six ont déjà confirmé leur présence en 2023) et redonnant des couleurs à une discipline au creux de la vague suite aux retraits successifs de Peugeot, Audi puis Porsche. Suite au forfait de Glickenhaus dont le proto 007 n'est pas encore totalement prêt pour la course, seul Toyota aligne pour l'instant deux protos.

Engagée dans la catégorie Hypercar, l'Alpine A480 n'est en fait que la Rebellion R13 LMP1 de 2020 lestée de 100 kilos, dont la puissance du moteur V8 Gibson a été réduite d'une centaine de chevaux et obligée de rouler avec la configuration aérodynamique Le Mans toute la saison (donc très peu d'appui) pour ne pas risquer de voler la vedette au seul grand constructeur actuellement engagé dans la catégorie de l'avenir.

Le problème est que pour l'instant, la nouvelle Toyota LMH n'a pas encore tourné assez vite. Manque de développement pour un proto encore très jeune ? Choix stratégique (pour beaucoup Toyota cacherait son jeu) afin qu l'ACO coupe encore plus les ailes de leurs concurrents ? Ou catégorie trop lente ? Difficile de juger à l'heure actuelle.

Mais au terme de la première journée d'essais à Francorchamps, les LMP2 se sont montrées les plus rapides. Malgré 65 chevaux de moins, le kit aéro Le Mans rendu obligatoire en WEC et des pneus Goodyear moins performants que les Michelin équipant les Toyota, la meilleure P2 (la United #22 de Filipe Albuquerque) a tourné en 2.04.822, à trois secondes de la pole de la catégorie l'an dernier, deux dixièmes devant l'Oreca WRT de Robin Frijns, Charles Milesi et Ferdinand Habsburg, auteur du 3e chrono. Septième ce matin sur la LMP2 Jota 2.06.475, Stoffel Vandoorne n'a pas tourné durant l'après-midi, son proto s'immobilisant après seulement quatre tours.

Mais du côté de Toyota dont la meilleure perf du jour est un 2.05.4, on a perdu près de six secondes par rapport à la pole LMP1 de 2020. On sera bientôt dans la cible de 5 secondes plus lente pour les Hypercar sur des circuits « normaux » et dix secondes au Mans.

Aujourd'hui, l'équilibre entre protos Hypercar, LMP2 et ex-LMP1 bridée est quasi parfait. Mais si on ne veut pas prendre le risque de voir une Oreca LMP2 l'emporter ou du moins jouer avec les Hypercar, il va encore falloir les ralentir. Ce qui ne va pas faire plaisir du tout aux teams présents et composant l'ossature du plateau protos. Et que faire avec l'Alpine actuellement toujours plus rapide que les « Japonaises » malgré son fardeau et son moteur rendu anémique ?

Logiquement, les organisateurs voudraient voir les nouvelles vraies Hypercar devant l'Alpine juste autorisée en 2021 pour « faire le nombre » (et éventuellement intéresser le constructeur à continuer ensuite avec une vraie Hypercar) et les LMP2 juste derrière.

Si l'on ajoute l'aspect fiabilité avec des nouvelles Hypercar poussées au max des performances possibles face à des LMP2 éprouvées et dégonflées, on peut imaginer à l'heure actuelle que l'on verra souvent des P2 monter sur le podium absolu et que les 24H du Mans pourraient revenir cette année à un proto United, Jota ou... WRT ! Or ce n'est pas du tout ce qui a été vendu à Toyota. Le responsable de la BOP a donc du boulot pour encore déséquilibrer tout cela et redonner l'avantage au fidèle constructeur nippon et surtout sa nouvelle catégorie de pointe.

On n'a heureusement pas ce problème pour la dernière année sans doute du GTE avec trois usines (Porsche, Ferrari et Chevrolet Corvette) se tenant en huit dixièmes même si l'on regrette qu'Aston Martin se soit retiré après leur sacre la classe Pro et ne s'engage plus qu'en Amateur.