Que sont-ils devenus?: Georges Jobé

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David Lehaire

Publié le

<i>Que sont-ils devenus?</i>: Georges Jobé
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«Six mois par an, je suis à l'étranger». L'ancien champion du monde de motocross court plus qu'avant

RETINNE Les dix hectares de terrain situés entre la demeure paternelle et sa propriété ne sont plus recouverts de neige. «Hier encore, tout, ici, était blanc», indique le maître de maison. Par l'immense baie vitrée qui longe le salon, on aperçoit, dans le fond, des traces de pneus dans un champ. On est bien chez un inconditionnel de motocross.

Disponible et souriant, Georges Jobé vient de nous ouvrir les portes de sa maison. Pendant plus d'une heure, il parlera de lui, de sa famille, de son quotidien, mais surtout de sa passion. Le regard aussi déterminé qu'à l'époque où il accumulait les victoires en Grand Prix, il ne sera interrompu qu'une fois par la sonnerie du GSM. «Normalement, il n'arrête pas de sonner.»

C'est que le portable fait partie intégrante de la vie d'un père de famille devenu homme d'affaires au fil des ans. «Lorsque j'ai arrêté la compétition en 1992, après cinq titres mondiaux, je me suis un peu demandé ce que j'allais faire. Il n'était pas question que je m'arrête de bouger.» Le Liégeois a tenu parole. À tel point qu'à 43 ans - il les a fêtés mardi -, il éprouve le besoin de souffler.

«Mes affaires me conduisent très souvent au Moyen-Orient, où il m'arrive de me rendre plusieurs fois par mois. Et comme je vais également voir ma fille, Maïté, qui étudie à Los Angeles, je prends l'avion comme certains prennent le train. C'est agréable mais ces voyages m'ont fatigué si bien qu'en novembre et décembre, j'ai pris des vacances à la maison. J'avais vraiment besoin de souffler. Je pense que je diminuerai la cadence en 2004.»

Georges Jobé a tout juste dit cela qu'il nous annonce son départ en milieu de semaine pour Dubaï. «Ils veulent y construire un circuit de motocross.» Un domaine que ce spécialiste connaît mieux que quiconque puisqu'il gère le circuit de Spa-Francorchamps, organise le GP du Qatar et fait la promotion de son sport outre-Atlantique. «Aux Etats-Unis, les gens pensent que le motocross est le sport numéro un en Belgique! Or, on est très loin du compte.»

Lorsque Georges Jobé parle de sa passion, le débit de parole s'accélère. Il a tant de choses à dire sur le sujet. «Ce sport n'est pas mis en avant comme il le mérite. J'ai l'impression que l'on ne se rend pas compte que la Belgique en est la première nation au monde depuis plus de vingt ans. C'est unique. Je suis convaincu que si Stefan Everts (sept fois champion du monde) n'avait pas battu le record de Joël Robert, il demeurerait dans l'ombre au niveau médiatique. Lors de la remise de trophées, le motocross sert un peu de roue de secours. Ceux qui votent pour le Sportif de l'Année se disent qu'ils pourront toujours se rabattre sur Everts au cas où ils ne savent pas qui élire.»

Georges Jobé éprouve un profond respect pour la carrière de son cadet. «Outre un inestimable talent, Stefan s'appuie sur un travail hors norme. Il est encore de la vieille école. C'est-à-dire qu'il n'a pas peur de se mouiller.» Qu'est-ce à dire? Que ces successeurs mettent moins d'ardeur au travail? «Non, mais on les place dans des conditions plus confortables. Ceci peut les rendre moins durs au mal. Je vais vous donner un exemple. Ce dimanche, je suis allé rouler à Dunkerque. Je me suis changé à l'extérieur de ma voiture comme je l'ai toujours fait. A quelques mètres de moi, un garçon de 12, 13 ans qui venait s'entraîner a paru tout étonné parce que lui sortait... d'un mobilhome. Je ne suis pas certain que cette méthode d'apprentissage est la bonne.»

Intarissable, Georges Jobé pourrait encore parler de ce qu'il a de plus cher au monde, «à part mes enfants bien sûr». «Ce sport m'a donné tellement de choses que je serais incapable de la délaisser.» Et de se remettre en mémoire un moment inoubliable de sa carrière: «Mon quatrième titre mondial, en 1991, fut sans doute le plus beau de tous car, l'année d'avant, j'avais terminé quatorzième dans la hiérarchie et tout le monde m'avait enterré.»

Aujourd'hui, le Liégeois est plus serein que jamais. Dans son immense demeure, il jette de temps à autre un regard fier vers les innombrables trophées qui ornent la cage d'escalier. Du moins, quand il n'est pas aux quatre coins du monde.


"Des choses à faire le dimanche"

RETINNE Comme tous les pilotes de motocross, quand il roulait, Georges Jobé passait ses dimanches à rivaliser avec ses adversaires. Aujourd'hui, tout a bien changé. Lorsqu'il n'est pas à l'autre bout du monde, le Liégeois profite de ce jour un peu spécial à ses yeux. «Je ne le conçois pas spécialement comme une journée de repos. Mais - surtout quand mon fils est à mes côtés - je fais des choses différentes de celles de la semaine. Je suis très famille. Donc, j'essaye de profiter un maximum des gens qui comptent à mes yeux.» Aujourd'hui, Georges Jobé n'en est pas moins à Dubaï. Pour le travail!




Le Dakar avec son fils

RETINNE Lorsqu'il en parle, les yeux de Georges Jobé scintillent de bonheur. Ses deux enfants sont toute sa vie. Maïté, dix-huit ans, étudie aux Etats-Unis. Vic, de quatre ans son cadet, vit en alternance chez sa mère et chez son père. Qui ne manque pas de lui enseigner les rudiments de la moto. «Je roule en moyenne deux fois par semaine. Et parfois, nous faisons des sorties avec mon fils.» Ce dernier marcherait-il sur les traces de son paternel? «Il est tôt pour le dire. Ce que je sais c'est que lui et moi venons de relever un pari un peu fou: dans cinq ans, à sa majorité, nous ferons le Dakar ensemble.» D'ici-là, le rejeton suivra peut-être une autre voie. «S'il veut faire du motocross, je le mettrai dans les meilleures conditions possibles. Mais s'il ne me le demande pas, je n'insisterai pas car ce sport est ingrat.»

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