Freddy Loix n'est pas d'accord avec sa mise à pied

KARLSTAD Alors qu'il aurait dû voler de Suède en Sardaigne pour participer à ses premiers essais sur terre avec la 307 WRC, c'est depuis sa résidence de la Côte d'Azur que Freddy Loix nous a confirmé la mauvaise nouvelle: comme nous vous l'annoncions en primeur hier, notre compatriote ne sera pas au départ du prochain Rallye du Mexique, mi-mars. Pire, il ignore aujourd'hui quand il pourra reprendre le volant en course. Fort déçu, le Limbourgeois en avait gros sur le coeur après avoir reçu la plus grosse gifle de sa carrière. Et avec son honnêteté habituelle, il a accepté de se confier. De commenter une décision qu'il a du mal à accepter tant elle est dure et précipitée. «Je ne comprends pas. C'est incroyable ! Lors du débriefing dimanche matin, j'ai expliqué pourquoi je n'étais pas vite en Suède, raconte un lutin encore sous le choc. C'était très bizarre. Dès la spéciale d'essai, je me suis plaint du moteur. Et les premiers chronos ont confirmé mon impression. J'attaquais, et les temps ne suivaient pas. Le 2e jour, il a commencé à ratatouiller à bas régime, puis il a cassé. Ce n'est pas normal mais cela prouvait au moins que j'avais raison. Mon ingénieur a confirmé ma version. Mais la direction m'a dit que j'aurais pu rouler mieux le premier jour. Je leur ai répété que non, mais visiblement ils ne m'ont pas cru.»

Car quelques heures plus tard, le pilote belge reçut un coup de téléphone de Jean-Pierre Nicolas, directeur sportif du team. «Il m'a annoncé que je ne serais pas du voyage au Mexique. Il était désolé. Je lui ai dit que je n'étais pas trop d'accord, mais ce n'est pas lui qui a pris cette décision irrévocable...»

Même Corrado Provera, le beau parleur en chef de Peugeot Sport, aurait été mis sous pression par sa direction. M. Saint Geours, le roi Lion, ne doit pas voir d'un bon oeil les succès à répétition de Citroën. Il a réagi en panique, sans faire de sentiments. Et l'homme au cigare n'a plus eu qu'à obéir.

Au bout de la chaîne des pouvoirs au sommet de laquelle on retrouve une certaine presse française ne cessant depuis le début de critiquer le choix de notre représentant, c'est Freddy qui a été sacrifié et sert de dindon de la farce. Car le garder, ce serait avouer que sa voiture a bien connu un souci, que la 307 n'est pas encore au point. Et que s'ils s'en sortent pas trop mal c'est uniquement grâce au talent d'équilibriste de Marcus Grönholm. «Au- jourd'hui, j'ignore quand je roulerai à nouveau, sans doute pas avant Chypre, poursuit Freddy. On m'a promis que je disputerai encore 8 courses cette année. Je connaîtrai la suite de mon programme plus tard. Pour l'instant, ils veulent surtout que je sois pilote d'essai, ce qui ne m'arrange pas. Mais je n'ai pas le choix. Je refuse d'entrer en guerre avec eux en brandissant mon contrat. Je croyais être bien intégré dans l'équipe, qu'on me faisait confiance, mais ce n'est pas le cas. J'ai déjà vécu cette situation chez Mitsubishi et je ne veux pas me battre contre cela, contre la politique. Ma plus grande déception est humaine. Mais il y a des choses plus importantes dans la vie,» philosophait-il en entendant crier de joie son fils Tomas.

Colin McRae ne souhaitant plus travailler avec une marque française, Peugeot refera donc appel à Harri Rovanpera, le Finlandais mis à pied en novembre dernier. Un pilote ayant remporté une seule course en 3 ans aux commandes de la 206 WRC. Mais qui possède trois avantages. Il est le seul à avoir déjà disputé le nouveau Rallye du Mexique qu'il a gagné. Toujours payé par Peugeot, il ne coûterait rien. Enfin, il entretiendrait une relation très étroite avec l'ingénieur de la 307 WRC de Freddy, Emilie Lefur...

© Les Sports 2004