Fille de Quirin, un ancien pilote passionné vu en F3 et même lors des qualifications des 24H du Mans, Sarah Bovy a, l'air de rien, déjà pas mal bourlingué ces dernières années en sport auto : de la Formule Renault 1.6 avec laquelle elle débuta à l'âge de 15 ans aux différentes GT3 en passant par le Procar, les protos avec même une expérience en LMP2 en Asie, le Lamborghini Super Trofeo ou plus récemment les F3-R de la W Series, Sarah a presque déjà tout essayé, même une voiture de rallye lors du Champion's Day. Il ne manque plus que la F1 totalement inaccessible et... les courses de camions auxquelles elle va bientôt pouvoir s'essayer.

"C'est arrivé un peu par hasard, » raconte-elle. « L'an dernier, je travaillais pour Total sur les 24H du Mans camions. Je réalisais des petits films et interviews comme je le fais déjà depuis quelques années dans les coulisses des 24H autos. A l'issue de ce reportage, j'ai pu effectuer un essai de quelques tours sur le circuit Bugatti. Cela s'est bien passé et le team Lion Truck Racing m'a donné rendez-vous à Nogaro pour une autre journée de tests. Bien conseillé par le triple champion de France Anthony Janiec , je me suis pas mal débrouillée. On a commencé ce jour-là à discuter du projet de me faire rouler en course en 2020."

Mais en janvier dernier, le décès brutal du patron de l'équipe Patrick Folleas a bouleversé l'équipe familiale.

"Son épouse Maryline m'a téléphoné une semaine après la disparition de son mari pour me dire qu'une de ses dernières volontés était de me faire rouler. Il essayait de motiver tout le monde et de trouver les solutions ce qui m'a fort touchée. Elle a repris les commandes de l'équipe et y est arrivée."

Ainsi, Sarah a reçu aujourd'hui la confirmation qu'elle participerait à au moins deux manches du championnat de France, la course du Castellet les 24 et 25 octobre puis les 24H du Mans camions reportées aux 6,7 et 8 novembre. Un défi directement accepté.

"Mon rêve a toujours été de disputer les 24H du Mans. Je ne savais pas que ce serait en camion," sourit-elle.

Mais ici, bien sûr, pas question d'une endurance mais bien de quatre manches d'une demie heure.

"Ce ne serait pas possible, notamment au niveau du refroidissement des freins par eau. Un système actionné par le pilote avec une réserve de 200 litres que nous devons gérer pour refroidir les disques."

Sarah n'est pas la première femme au volant d'un truck de course. L'Allemande Ellen Lohr s'était distinguée dans le championnat d'Europe à l'époque après une carrière en F3 et DTM. Notre compatriote va dompter un Man (cela ne s'invente pas!) de 5 tonnes et plus de 1200 chevaux avec un couple de 5000N/M et une vitesse limitée à 160 km/h pour des raisons de sécurité.

"Le plus dur est de gérer la boîte d'origine à 16 rapports," poursuit Sarah ravie de rejoindre les gros bras de la discipline. "Je ne viens pas pour enfiler des perles. L'esprit de compétition est bien là dès que vous mettez votre casque."

Rien à voir bien sûr avec sa monoplace de 600 kilos de l'an dernier. "C'est hyper différent bien sûr, déjà avec la position de conduite. Au lieu d'être quasi couchée à ras du sol dans la F3, je me retrouve assise perchée à quasi 2 mètres de hauteur . Je vois les vibreurs d'en haut ce qui est plus facile en fait. Après, j'ai été étonnée de constater comme cela prend peu de roulis. Cela ne tangue pas du tout. Et l'adhérence avec six pneus est bonne. On peut dire que cela se pilote réellement. J'ai vraiment hâte de me retrouver au sein d'un peloton d'une vingtaine de bahuts."

Et dans un paddock où l'on ne se prend pas la tête. "On y retrouve l'ambiance bon enfant du sport auto des années 80 ce qui me plait beaucoup", termine Sarah qui débutera sa saison sur le petit Le Mans, début août, mais dans une autre discipline. "J'ai l'occasion cette année de disputer également le championnat de France de Ligier Cup, une sorte de petite GT3 au look très sympa."

On se réjouit de suivre cela et de constater que la vraie passion a survécu au coronavirus...