Dénoncé par Stoffel Vandoorne, l'Allemand s'était fait remplacer par un « gamer » à l'insu de tout le monde

L'histoire commence à faire du bruit et prend des proportions étonnantes. Le week-end dernier se déroulait l'E-Prix virtuel de Berlin réunissant la majorité des vrais pilotes de Formula E. En cette période de confinement, tous les grands championnats ont mis sur pied leur version sur simulateurs. C'est bien sûr le cas de la formule électrique avec le Race at Home Challenge au sein duquel Stoffel Vandoorne représente Mercedes, tant dans la réalité que devant son écran à la maison.

Et c'est notre compatriote qui a donné l'alerte samedi dès la pole signée par Daniel Abt. « Je n'y crois pas Daniel, » a déclaré en direct sur Twitch le pilote belge qui a directement essayé de téléphoner au pilote allemand. « Bien sûr, il ne répond pas... »

En course, alors qu'il menait l'épreuve, Stoffel s'est fait toucher par la voiture de « Abt » et Oliver Rowland en a profité pour s'imposer devant notre représentant furieux à l'arrivée.

« Je ne suis pas content du tout car je me suis fait toucher par quelqu'un qui n'est pas Daniel Abt, j'en suis persuadé. Je connais son niveau en Esport et il n'est pas aussi rapide. Cela m'étonnerait qu'il se soit amélioré à ce point en une semaine... »

Troisième à l'arrivée, le « Abt » en question n'avait pas actionné sa caméra et n'a pas répondu à la traditionnelle interview des trois premiers.

Face à ces accusations et ce doute, les organisateurs ont mené l'enquête et vite découvert la supercherie. En vérifiant les adresses IP, ils ont constaté que le simracer Lorenz Hoerzing avait en effet utilisé le nom et mot de passe de Abt pour rouler sous son identité.

Les sanctions ne se sont pas faites attendre : disqualification et perte de tous les points pour le pilote allemand prié de verser 10.000 euros d'amende à une oeuvre caritative et exclusion de toute course de Formula E virtuelle pour Lorenz Hoerzing.

Mais cela ne s'est pas arrêté là. Malgré les excuses officielles de l'Allemand actif en Formula E depuis les débuts en 2014, auprès des organisateurs, des autres concurrents et des fans, Audi Sport a décidé de le suspendre... dans la réalité « avec effet immédiat ». Sa place au sein du team Audi Abt géré par son père Hans-Jurgen pourrait être prise par le champion du DTM René Rast.

« L’intégrité, la transparence et le respect continu des règles sont les priorités d’Audi. Cela s’applique à tous les secteurs d’activités de la marque, sans exception, » a déclaré Audi dans un communiqué.

Abt n'est pas le premier pilote à perdre, même provisoirement, son volant suite à une participation à des jeux de simulation. Voici quelques semaines à peine, l'Américain Kyle Larson a été viré du Chip Ganassi Racing, de chez Chevrolet, de la Nascar et a perdu ses sponsors McDonald et Credit One Bank après avoir traité son « spotter » de « nègre » sur Twich alors qu'il commentait sa course à Monza.

« Ces propos sont offensants et inacceptables. Nous suspendons actuellement Kyle sans salaire et nous allons étudier la situation », a commenté la Chip Ganassi Racing.

Lors des 500 Miles d'Indianapolis virtuelles, le comportement du vrai vainqueur de l'édition 2019 Simon Pagenaud a lui aussi été très critiqué. Après s'être fait pousser dans le mur involontairement en vue de l'arrivée suite à une manoeuvre de Lando Norris, le Français a déclaré publiquement à la radio : « Je vais l'attendre et le virer ». Ce qu'il a fait un tour plus tard en mettant le pilote McLaren dans le mur alors qu'il était en passe de remporter l'épreuve.

En débarquant en masse durant cette période de confinement sur les courses virtuelles jusque la réservées essentiellement aux « gamers », les vrais pilotes ont d'abord dû accepter de subir la loi de ces pros de la simulation connaissant toutes les finesses et astuces de ces jeux. Mais en adoptant parfois une attitude anti-sportive, en ayant des mots déplacés ou en trichant, ils ont aussi parfois oublié qu'ils avaient un nom et restaient en toutes circonstances les représentants d'une marque, d'un team, d'un sponsor.

Il peut sans doute paraître excessif de recevoir une amende ou de se faire remercier suite à une participation à une course virtuelle, mais il ne faut pas oublier qu'en cette période ces épreuves sont suivies par des milliers voire des dizaines de milliers de fans.

Comme tout représentation publique, elle peut faire ou défaire votre réputation. Cela révèle parfois les véritables personnalités. Nous sommes plus choqués par l'entourloupe de Abt qui triche pour un jeu où il n'y a rien à gagner en outre, que par la décision de lui infliger une amende ou de le suspendre pour faire respecter une certaine intégrité.

Bravo à Audi. Le Simracing n'est pas un défouloir où l'on peut faire n'importe quoi. Que cela serve d'exemple pour les autres pros. Si vous ne vous sentez pas à la hauteur derrière un écran ou si vous y perdez le contrôle, mieux vaut attendre le retour sur les vrais pistes sous peine de risquer de perdre votre vrai volant !