"Un titre mondial, le meilleur salaire"

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L'ingénieur carolo Christian Loriaux peut décrocher sa 8e couronne

DUBLIN Gamin, le petit Christian Loriaux rêvait de devenir rallyman en allant voir passer près de chez lui le Bianchi ou en assistant à la Course de Côte du M de Bomerée dont le départ était donné en face de chez sa grand-mère. Trente ans plus tard, il a dessiné et imaginé la Ford Focus WRC championne du monde au volant de laquelle Marcus Grönholm pourrait décrocher, ce dimanche en Irlande, son 3e titre mondial. Une huitième couronne pour l'ingénieur carolorégien, véritable génie dans son art.

"J'ai vite compris qu'il serait difficile pour moi de succéder à Duez et je me suis donc concentré sur mes études d'ingénieur industriel", raconte un compatriote ayant gardé l'accent d'origine malgré un long exil outre-Manche. "Une fois sorti de l'université de Mons, j'ai fait une spécialisation en Angleterre à Canterbury. Puis j'ai rédigé la seule lettre de candidature de ma vie à l'adresse de Prodrive. David Richards y a senti toute ma motivation et ma passion car il m'a embauché de suite en 1991. Je n'avais alors que 24 ans."

Grimpant très vite dans la hiérarchie, le Belge, récemment élu Meilleur ingénieur designer de l'année par un jury britannique de professionnels, resta dix ans chez les Bleus avec à la clé cinq titres mondiaux à l'époque de Richard Burns et de Colin McRae. "L'Impreza 2000 fut ma première véritable création", précise-t-il fièrement tel un grand couturier automobile.

Fin 2001, il s'apprêtait à entrer en F1 quand Malcolm Wilson lui proposa de rejoindre M-Sport pour concevoir la Focus WRC 2003 puis la version 2006, championne du monde l'an dernier et sans doute cette année. "Je ne suis pas un dieu oeuvrant seul. Derrière moi, il y a une équipe d'une vingtaine de personnes dont huit dessinateurs et sept ou huit ingénieurs. Je crée toujours. La géométrie des voitures, les épures de suspensions, c'est ma spécialité. Je soigne aussi l'aérodynamisme et j'accorde une grande importance à l'abaissement du centre de gravité. Sur les rallyes, je supervise. Je deviens ingénieur d'application, je parle beaucoup avec les pilotes. Marcus Grönholm est quelqu'un de très humain qui sait prendre et assumer ses décisions."

Un véritable boulot de fou. "Pour réaliser la Focus 2006 à 99 % nouvelle, on a bossé jusqu'à 22h- minuit durant neuf mois. A titre de comparaison, Citroën a mis plus de trois ans à sortir sa C4. Et nous allons encore les battre. Et j'en suis très fier car l'an dernier, soi-disant on a battu qu'une petite équipe belge. Or tout le monde savait que c'était faux."

"Plus riche en tenant une friterie"

Pour autant, Christian Loriaux ne gagne pas de l'or en barre. "Je suis payé correctement, mais il y a des centaines d'ingénieurs de piste gagnant autant que moi en F1. Je serais plus riche si je travaillais le même nombre d'heures dans une friterie sur la place de Charleroi. Mais ce serait moins valorisant. Et puis, il n'y a pas de championnat du monde des fritkots. Voir ta voiture gagner, il n'y a pas meilleure récompense. On évolue sans cesse dans ce métier, avec la technologie. Tant que ton auto n'explose pas en mille morceaux après le podium d'arrivée, c'est qu'il y a encore moyen de gagner quelque part."

Et de c onclure : "Le plus excitant, c'est la recherche de la performance. J'ai parfois pêché et perdu des titres par manque de fiabilité. Car j'étais trop radical. Heureusement, en vieillissant, on s'assagit..."



© La Dernière Heure 2007

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