Kim Gevaert est une fille en or

ENVOYÉ SPÉCIAL EN SUÈDE GUY BEAUCLERCQ
Kim Gevaert est une fille en or
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"La meilleure course de ma carrière !"

GÖTEBORG Les clameurs accompagnant chaque saut du Suédois Stefan Holm s'étaient à peine estompées que les huit finalistes du 100 m féminin se présentèrent sur le stade. À leur tête, Kim Gevaert, comme si notre compatriote voulait déjà en imposer à ses adversaires. Mais Kim n'en avait pas besoin tant elle avait dominé les séries, mardi, et les demi-finales, en début de soirée. Présentée comme la grandissime favorite, la Louvaniste devait, néanmoins, parachever son oeuvre. Ce qu'elle a réussi au-dessus de toute espérance. Dès le départ, Kim prit l'ascendant, survolant cette finale de bout en bout. "Je pense avoir réussi la meilleure course de ma carrière ! lança-t-elle, avec son drapeau noir-jaune-rouge sur les épaules. Le plus dur était de gérer la pression qui monte inévitablement entre les demi-finales et la finale. Je savais que je devais signer un départ parfait. Et ce fut le cas ! Une fois lancée, j'ai senti que j'étais devant et je n'ai plus lâché le morceau. J'attends cette victoire depuis trop longtemps. Je suis folle de joie."

De fait, son visage s'illumina une fois la ligne d'arrivée franchie. Et si on crut apercevoir quelques larmes, c'était des larmes de joie. Saisissant le drapeau belge que lui tendait un photographe, Kim posa de bonne grâce pour la postérité avant de tomber dans les bras de son entraîneur, Rudi Diels, puis de sa meilleure amie, Elodie Ouedraogo. Une fois encore, Kim laissa échapper quelques larmes. Elle entama, ensuite, un tour d'honneur mérité dans un stade Ullevi conquis par son charme. C'est que notre compatriote bénéficie d'une excellente réputation ici, en Suède, comme d'ailleurs un peu partout dans le monde. Loin de l'archétype des sprinteuses baraquées, Gevaert s'est imposée grâce à sa technique de course. Une technique qu'elle a façonnée patiemment avec son coach à qui elle a inévitablement pensé. "Je sais ce que ce genre de journée représente pour lui ! enchaîne-t-elle. Le stress qu'elle engendre. Ce titre, Rudi, aussi, le voulait plus que tout. Je suis heureuse pour lui, mais aussi pour mes parents qui sont ici. C'est un sentiment extraordinaire."

Ce mercredi, Kim Gevaert est donc entrée dans l'histoire de l'athlétisme belge, devenant, 35 ans après Karel Lismont, la première championne d'Europe. Elle est, du reste, la seule représentante féminine belge au palmarès des Championnats d'Europe où, depuis quatre ans, elle comptait déjà deux médailles d'argent, sur 100 et 200 m. Le 200, justement, dont les séries ont lieu, ce jeudi, et où elle se présentera encore comme la favorite... "J'assume ce statut ! Ma confiance est décuplée car j'éprouve vraiment d'excellentes sensations. Il est, néanmoins, encore trop tôt pour parler de doublé. Je dois d'abord veiller à bien récupérer." Il est vrai que, même allégé des quarts de finale sur 100 et 200 m, le programme de Kim est ardu. Ceci dit, même Muriel Hurtis, la Française championne d'Europe en titre du 200 m, la cite comme sa favorite sur la distance. On rêve !



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De Marlies Gohr à Kim Gevaert

Il y a vingt ans, à Stuttgart, l'Allemande de l'Est Marlies Gohr s'offrait, en 10.91, son troisième titre européen d'affilée sur 100 m. Vinrent ensuite sa compatriote Katrin Krabbe, la Russe Irina Privalova, la Française Christine Arron, la Grecque Ekaterini Thanou et, depuis ce mercredi 9 août, historique pour la Belgique, Kim Gevaert. Déjà double championne d'Europe sur 60 m, notre compatriote attendait ce sacre sur 100 ou 200 m depuis quatre ans. A juste titre ! Car quand on voit ce qui s'est passé avec les sprinters grecs, Kenteris et Thanou, avant les Jeux d'Athènes, on peut se poser la question de savoir si Kim n'a pas été grugée d'une médaille d'or, en 2002, à Munich. Qu'à cela ne tienne, il va de soi que notre compatriote est entrée dans la légende non seulement de l'athlétisme belge, mais aussi de l'athlétisme européen. En Belgique, seuls Gaston Roelants, en 1962, à Belgrade, sur 3.000 m steeple, et Karel Lismont, en 1971, à Helsinki, sur marathon, avaient réussi jusqu'ici à décrocher l'or. Trente-cinq ans après le brave Karel, Kim a donc gravé son nom au palmarès. Sur le plan européen, elle rejoint donc Christine Arron, son amie, Irina Privalova, celle qu'elle a toujours admirée, et Katrin Krabbe, dont le style a toujours plu à son entraîneur, Rudi Diels, avec qui Kim Gevaert collabore depuis plus de dix ans. Sans lui, Kim ne serait pas ce qu'elle est. Cette victoire est donc aussi la sienne !

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