Maltraitance des enfants ou adolescents dans le sport : "Quelle que soit la violence, il faut vraiment en parler !"

Agent de liaison de l'Adeps, Olivier Courtin évoque la maltraitance des -18 ans... Et les actions soutenues par l'institution au niveau sportif.

Sad pupil sitting in front of his classmates.
©D.R.

La publication récente d’une étude européenne sur la maltraitance des enfants dans le sport a conforté l’Adeps dans l’idée de mettre tout en œuvre en matière de prévention et de protection au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Menée par l’Université d’Anvers auprès d’un public de 1 500 adultes, âgés de 18 à 30 ans, ayant pratiqué un sport organisé avant leurs 18 ans, cette étude a révélé de nombreux enseignements sur la "violence", ce terme englobant des comportements, tels que le harcèlement, l’intimidation, voire pire.

Pour le milieu sportif, cinq formes de "violence" ont été relevées : la négligence (ex. ne pas être correctement équipé ou soigné…), la violence psychologique (ex. être critiqué, voire humilié sur l’apparence physique), physique (ex. être puni par des exercices trop pénibles), sexuelle sans contact (ex. être regardé de manière insistante, inappropriée) et avec contact (ex. être forcé à embrasser).

"Commençons par dire que le premier enseignement de cette étude est, malgré tout, assez positif !" lance Olivier Courtin, l'agent de liaison de l'Adeps en matière de maltraitance. "86 % des personnes interrogées déclarent, en effet, que leur expérience globale du sport avant leurs 18 ans est bonne, voire très bonne. Cela renforce, bien entendu, la contribution positive du sport au développement général des enfants, mais il est nécessaire de sensibiliser à la manière dont il peut aussi contribuer à la protection des enfants."

Et quelques chiffres concernant les jeunes sportifs francophones interpellent.

> 2/3 disent avoir subi des violences psychologiques.
> 1/2 parlent de violence physique.
> 1/4 déclarent avoir subi des violences sexuelles avec contact.
> 2/5 expliquent avoir été négligés.

L'exposition à la violence interpersonnelle provient souvent d'un coéquipier ou d'un entraîneur et elle augmente avec le niveau de compétition. Mais, surtout, la majorité des sondés reconnaît ne pas en avoir parlé.

L’Adeps n’a pas attendu cette étude pour entreprendre des actions en matière de prévention et de protection de la jeunesse. Depuis 2018, l’institution régissant le sport en Fédération Wallonie-Bruxelles s’est, en effet, associée à Yapaka, le programme de prévention de la maltraitance du Ministère.

"Yapaka est né en 1998, au lendemain de l'affaire Dutroux, avec la volonté d'inscrire la maltraitance dans un programme au sein du Ministère et de travailler avec l'ensemble des secteurs, dont le sport. Le domaine de la maltraitance d'enfants est une matière qui nous met au travail en permanence avec des réalités sociales et familiales complexes évoluant au fil du temps et dont il faut tenir compte…", explique Claire-Anne Sevrin, coordinatrice d'une équipe forte de sept personnes gérant le programme transversal en proposant des outils d'information et de sensibilisation visant à améliorer les pratiques.

Informer, sensibiliser, former : tel est le leitmotiv de l’Adeps vis-à-vis de tous les acteurs du monde sportif, lieu de développement et d’apprentissage, où il faut identifier d’où vient cette violence pouvant traumatiser.

"Les coéquipiers, les entraîneurs, mais aussi l'entourage sont concernés. Il ressort d'une récente étude sur la pratique sportive en Fédération Wallonie-Bruxelles que les jeunes sont motivés prioritairement par le fait de s'amuser. Ce qui peut entrer en conflit avec l'esprit de compétition. Il faut donc se poser les bonnes questions. Par exemple, doit-on mettre à l'écart un jeune joueur moins performant que son partenaire pour espérer gagner un match ?" demande Olivier Courtin, qui préconise de pratiquer plusieurs sports, plutôt qu'un seul, pour éviter de voir le jeune quitter le monde sportif en cas de problème.

tupeuxledire.be

Parmi les actions soutenues par l'Adeps, il y a le projet PARCS (pour des activités récréatives dans un cadre sûr) de l'ONG DEI (Défense des enfants - International) avec la campagne de communication "Tu peux le dire", lancée fin 2021 en même temps que deux sites internet : tupeuxledire.be et chartedelabienveillance.be.

Le premier est dédié aux enfants avec pour objectif qu’ils puissent exprimer leur sentiment sans crainte. S’ils ne se sentent pas bien, des alternatives leur sont proposées en les orientant vers les personnes à qui parler.

Le deuxième site est dédié aux clubs en leur proposant de signer une charte de la bienveillance. Un guide pratique les aide à faire vivre cette charte et a été co-construit grâce à des projets pilotes.

"La prévention de la maltraitance et la protection de l'enfance, c'est l'affaire de tous. En particulier, de tous les adultes, qu'ils soient engagés dans le sport ou dans un autre secteur !" conclut Olivier Courtin.

Protection de l’enfance dans le sport : un plan d’action 2021-2024

CSIS pour "Child Safeguarding In Sport" ou, en français "Protection de l’enfance dans le sport" est un projet européen dont la mise en œuvre a commencé le 1er mars 2020. Ses principaux objectifs sont de guider et accompagner les pays partenaires, dont la Belgique, dans l’élaboration de politiques efficaces de protection de l’enfance afin de garantir des environnements sportifs sûrs, positifs et stimulants pour tous les enfants. Ceci est réalisé grâce à la fourniture de feuilles de route nationales "sur-mesure" pour le développement de politiques de protection de l’enfance. La Fédération Wallonie-Bruxelles a présenté sa feuille de route.

Le comité de pilotage en charge de sa mise en œuvre est composé de l’Adeps, l’ONE, Yakapa et les fédérations de football et de hockey qui ont expliqué les cinq blocs stratégiques de leur plan d’action 2021-2024 avec un focus sur leurs ambitions en matière de formation des entraîneurs et dirigeants. Cette feuille de route qui s’appuie sur le réseau existant de prévention et de prise en charge de situations de maltraitance propose d’y ajouter des fonctions de "référents maltraitance" en sport.

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