Bob Kersee impressionné par Nafi Thiam avant le Mémorial Van Damme: "Elle est capable de battre le record du monde"

Le coach américain, qui a notamment mené sa femme Jackie Joyner-Kersee a de nombreux succès, est présent pour le Mémorial Van Damme. "Je pense que Nafi Thiam peut battre le record du monde".

Bob Kersee impressionné par Nafi Thiam avant le Mémorial Van Damme: "Elle est capable de battre le record du monde"
©BELGA

Sa parole est rare et, forcément, précieuse. Bob Kersee en a donc surpris plus d’un, à commencer par l’ancien directeur du Mémorial Van Damme Wilfried Meert qu’il tient en haute estime, en répondant ce mardi, pendant quarante minutes, aux questions de Kim Gevaert, qui dirige aujourd’hui le meeting, puis à celles de la presse belge. Actif depuis plusieurs décennies, l’entraîneur américain a dirigé la carrière de quelques grands noms de l’athlétisme mondial, de la sulfureuse Florence Griffith-Joyner à Allyson Felix en passant par Gail Devers et bien sûr Jackie Joyner, la légende de l’heptathlon qu’il a épousée en 1986.

"C’est une bénédiction d’avoir pu coacher autant d’athlètes si talentueux", estime Bob Kersee, en précisant qu’il ne sait pas combien d’hommes et de femmes il a façonnés sur la piste ni combien de médailles ceux-ci ont remporté. "Et je crois que je ne les ai pas trop bousillés (rires) ! Je reste d’ailleurs en contact avec bon nombre d’entre eux. Vous savez, un coach est un peu un membre de la famille. On évolue ensemble, on noue des relations humaines, on voyage dans différents pays, on essaie de devenir de meilleures personnes. La rivalité entre Jackie et Heike Dreschler ne les a pas empêchées de se parler et d’être toujours amies aujourd’hui. Qu’ont tous mes athlètes en commun ? Je dirais leur capacité de résilience. Si vous regardez bien, ils avaient tous une histoire un peu triste ou ils étaient marqués par un échec. Le fait de se dire ‘Je veux revenir, et revenir plus fort’, puis d’y arriver, démontre que l’athlétisme est une bonne école pour la résilience, pour dépasser ses échecs ou ses déceptions. Si on ne renonce pas, on peut toujours se relever."

Adepte des entraînements à la dure et des méthodes fortes, selon la réputation qu’on lui prête, Bob Kersee affirme ne pas avoir réellement changé d’approche avec les années. Les résultats plaident bien sûr pour lui. "Certains disent que mon attitude a changé, que je suis devenu plus doux, mais vraiment je ne sais pas (rires). Pour le reste, j’ai évolué en même temps que mon sport, avec l’apparition de nouvelles pistes, de chaussures plus performantes, de nouvelles techniques d’entraînement, etc. En tant que coach, il faut se remettre en question sans cesse, c’est indispensable. Je dois me réinventer chaque année et essayer de devenir encore meilleur, comme mes athlètes ! Nous avons cette responsabilité."

C’est d’ailleurs ce qu’il a fait lorsqu’il a entamé sa collaboration avec Sydney McLaughlin, "un talent phénoménal". Et un diamant brut que notre homme a réussi à polir pour en faire la championne olympique et du monde du 400 m haies, épreuve dont l’Américaine de 23 ans détient aujourd’hui le record du monde avec un chrono étourdissant de 50.68. Et s’il assure que l’on n’a pas encore "tout vu", Bob Kersee ne sait pas combien de temps il accompagnera encore McLaughlin, qui découvrira plus en profondeur le circuit européen dès l’an prochain en prévision des Mondiaux de Budapest. "Je veux la faire encore progresser mais je ne veux pas mourir en coachant !", lance Bob Kersee, qui avait passé quelques jours aux soins intensifs l’an dernier après des problèmes de pancréas. "J’ai eu peur et Dieu merci, ce n’était pas un cancer et je vais bien aujourd’hui. Mais c’est une expérience que je ne veux plus revivre."

Impressionné à Eugene

Présent dans les tribunes d’Hayward Field, au mois de juillet, à l’occasion des championnats du monde, le mari de l’actuelle détentrice du record du monde de l’heptathlon a, par ailleurs, assisté au second sacre mondial de Nafi Thiam. Une athlète pour qui il éprouve beaucoup de respect.

"J’étais très impressionné par ce qu’elle a réalisé, oui, et Jackie se réjouit souvent de la vitalité retrouvée des épreuves combinées. J’espère que des athlètes américaines pourront amener encore davantage de rivalité dans les années à venir. Thiam est-elle capable de battre le record du monde (NdlR : 7 291 pts) ? Oui, absolument. Aucun record ne dure éternellement. Si l’opportunité se présente, si tous les ingrédients sont réunis, que la motivation reste présente, bien sûr que c’est possible. Je dis souvent qu’il y a deux certitudes dans les épreuves combinées : premièrement, quelque chose ne se passera pas comme prévu et deuxièmement, vous allez vous blesser un moment. Les choses ne sont jamais parfaites. Mais si on le veut vraiment, et si on travaille dur, on peut y arriver."

Quant à un troisième titre olympique, Bob Kersee se veut prudent. "Ce n’est pas impossible mais ce sera certainement très difficile. Dominer l’heptathlon pendant aussi longtemps, ce n’est pas rien ! Surtout chez les femmes. Dans le cas de Jackie, elle a échoué en 1984 parce qu’elle n’était pas prête mentalement, puis en 1996 parce que le physique n’a pas suivi. Tout s’est bien mis, en revanche, en 1988 et en 1992. Il y a tellement d’éléments à réunir. Mais cette génération d’athlètes a beaucoup de talent."

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