Tarik Moukrime interpelle la ministre des Sports Valérie Glatigny : "Les exigences sont disproportionnées par rapport aux moyens mis à disposition"

Dans son courrier, l’athlète fustige le "manque de professionnalisme" de la fédération, "l’utopie de la politique sportive" et les "pressions psychologiques" reposant sur nos sportifs.

Tarik Moukrime
©PHOTO NEWS

Son témoignage à chaud le 15 août dernier, à l'issue des séries du 1500m des championnats d'Europe de Munich , avait fait le tour des réseaux sociaux et touché au coeur une large frange du public. Il avait valu à Tarik Moukrime, auteur d'un formidable retour au premier plan après avoir vaincu le cancer, de nombreuses marques de soutien, à la fois du monde sportif mais aussi de simples citoyens étrangers à ce milieu.

Aujourd'hui, l'émotion a fait place à la raison et à... l'action. Dans un courrier adressé le 1er septembre à la ministre des Sports Valérie Glatigny, ainsi qu'aux différentes instances sportives (COIB, Adeps, LBFA), l'athlète âgé de 30 ans revient sur son expérience munichoise, partage ses "frustrations" et met en lumière différents problèmes liés notamment au (manque de) soutien envers les athlètes de haut niveau.

De la joie d'être qualifié à un sentiment de tristesse, d'amertume et de désespoir

"Je suis désemparé de voir comment notre service des sports de haut niveau se comporte avec des sportifs en Fédération Wallonie-Bruxelles ou au niveau national, de voir l'utopie de notre politique sportive, de voir nos sportifs lutter avec panache avec si peu de moyens et parvenir encore à faire de très beaux résultats. Imaginez-vous, s'ils étaient soutenus et conseillés avec considération, soutien financier et reconnaissance, les exploits qu'ils pourraient accomplir !" écrit Tarik Moukrime.

Tarik Moukrime interpelle la ministre des Sports Valérie Glatigny : "Les exigences sont disproportionnées par rapport aux moyens mis à disposition"
©BELGA

Et de revenir sur sa qualification pour l'Euro de Munich, un "sentiment de joie et de fierté" qui allait se muer rapidement en un "sentiment de tristesse, d'amertume et de désespoir" .

"À commencer par le manque de professionnalisme de la fédération si je considère les éléments suivants. Comment se fait-il que nous ne soyons avertis de notre sélection officielle que 7 jours avant le début du championnat ? Comment se fait-il qu’il nous soit demandé de nous rendre à Bruxelles pour récupérer nos tenues 3 jours avant le départ tout en sachant que nous avions besoin de concentration et de sérénité avant un aussi grand événement ? Comment se fait-il qu’à notre arrivée à Munich, aucun team-building ne fut organisé afin de rencontrer les chefs de délégation ainsi que les membres du staff, et afin de savoir comment la compétitition allait se dérouler ? Peut-on m’expliquer pourquoi M. Lefebvre, président de la LBFA, n’est jamais venu à notre rencontre?"

Mais ce n'était encore rien face au désarroi vécu par Tarik Moukrime lorsqu'on lui a annoncé qu'aucune aide ne lui serait octroyée s'il ne parvenait pas à se hisser en finale européenne. "À cet instant, je me suis senti seul, sans soutien, comme écarté du groupe" , explique le Verviétois. "J'ai perdu cette flamme ardente qui se voit dans les yeux d'un sportif prêt à tout pour sa nation. (…) Après cette course subie de bout en bout, je me suis rendu compte que je faisais partie de ces athlètes belges qui mettent fin à leur carrière à contre-coeur suite à l'indifférence de nos instances sportives."


"Inadmissible"

S'appuyant sur sa volonté de faire "changer les choses" et proposant aux instances sportives une "prise de conscience" de ces différents problèmes, Tarik Moukrime pointe également "les pressions psychologiques dues au fait que les exigences mises en place par la fédération sont disproportionnées par rapport aux moyens mis à disposition (infrastructure, aide financière, encadrement, suivi…)."

"J'estime inadmissible de savoir que nous avons des athlètes qui se donnent corps et âme afin de représenter leur pays à l'échelle internationale, sans un minimum d'aide du système sportif belge" , écrit l'athlète. "Il est certes plus simple de rester derrière un bureau tout en banalisant les résultats de nos athlètes qui ne font pas de médailles et d' établir des tableaux de performances absurdes, plutôt que de descendre sur les pistes au plus près de nos athlètes afin de les encourager, de connaître leurs véritables besoins et de se rendre compte de la réalité du terrain !"

Gageons que cette invitation au dialogue, souhaité par Tarik Moukrime, débouchera sur des solutions concrètes....

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