Athlétisme

Le jeune prodige norvégien Jakob Ingebrigtsen, accompagné jeudi au meeting de Ligue de diamant d'Oslo par ses deux grands frères Henrik et Filip, rêve de contester la domination des coureurs africains sur demi-fond après avoir conquis l'Europe.

"On est une famille un peu cinglée, mais maintenant on est des cinglés avec de bons résultats, ce qui nous rend fréquentables", ironise le moustachu Henrik Ingebrigtsen (28 ans), souriant et look rock'n roll.

"On a eu des conflits avec notre club, avec la fédération, avec d'autres coureurs. Ils ne croyaient pas en notre façon de faire les choses. Ca a bien changé", note-t-il.

L'histoire des trois frères, sur une fratrie de sept, originaires de Stavanger (sud-ouest de la Norvège) paraît dingue en effet: entraînés par leur père Gjert, autodidacte et autoritaire, ils mettent régulièrement en avant les kilomètres cumulés et le travail de forçat abattu notamment par Jakob, le cadet, qui s'entraîne selon ses mots "comme un professionnel depuis (m)es huit ans".

Le grand Jakob (18 ans, 1,84 m), imperturbable au visage poupon, c'est le dernier étage de la fusée, dont la préparation aurait été affinée avec l'expérience d'entraînement de ses deux grands frères qui ont essuyé les plâtres. Après des années à affoler les chronos dans les différentes catégories de jeunes, il a ringardisé les seniors l'été dernier à Berlin avec deux titres de champion d'Europe, puis cet hiver à Glasgow à l'Euro en salle (or sur 3.000 m, argent sur 1.500 m).

"J'espère sincèrement que le Team Ingebrigtsen pourra casser la domination africaine", avait déclaré l'ambitieux au quotidien norvégien Dagbladet.

Il vise ainsi les deux compétitions les plus prestigieuses des prochains mois: les Mondiaux de Doha (27 septembre - 6 octobre) puis les Jeux olympiques de Tokyo, où les frangins rêvent d'un podium en famille.

Jakob Ingebrigtsen a bien commencé son entreprise en terminant 3e du 1.500 m de Stockholm dans le froid fin mai (3:37.30), dominant grâce à une dernière ligne droite époustouflante le recordman du monde en salle éthiopien Samuel Tefera et le champion du monde kényan Elijah Manangoi.

Jakob, qui vient d'en finir avec le lycée la semaine dernière et se concentre désormais à 100% sur l'athlétisme, avait simplement buté sur le vice-champion du monde Kényan Timothy Cheruiyot (3:35.79) et le Djiboutien Ayanleh Souleiman (3:37.30 également).

"A Stockholm, je récupérais tout juste d'un virus, mais ensuite je me suis senti de mieux en mieux donc je pense être en très bonne condition" pour le mile (1.609 m) prévu à Oslo en fin de programme, où il retrouvera notamment Souleiman, en compagnie de Filip, mais aussi notre compatriote Ismaël Debjani, alors qu'Henrik Ingebrigtsen s'aligne, lui, sur le 3.000 m.

Filip (26 ans) justement, connaît la marche à suivre: le grand blond, taiseux, a déjà remporté une médaille mondiale avec le bronze sur 1.500 m à Londres en 2017.

Quatrième meilleur performeur sur 1.500 m la saison dernière (3:31.18), il ne semble manquer à Jakob Ingebrigtsen qu'un finish dévastateur pour parvenir à ses fins sur une course de championnat souvent tactique, donc plus lente. Sa défaite au sprint face au Polonais Marcin Lewandowski cet hiver à l'Euro en salle de Glasgow lui a peut-être montré sa dernière limite.