Mis à l'arrêt pour cause de coronavirus, l'athlétisme renoue enfin avec les grands meetings, ce vendredi à Monaco, où la Ligue de diamant va reprendre ses droits avec un protocole sanitaire très strict.

Noah Lyles, Armand Duplantis, Karsten Warholm, Yulimar Rojas, Sifan Hassan, Grant Holloway... La Principauté a réussi comme chaque année à battre le rappel des cadors de la piste et ce sont pas moins de 13 champions du monde en titre, un record, qui seront présents au stade Louis-II lors d'une soirée censée constituer une première étape vers un semblant de retour à la normale.

Privés de compétitions durant près de cinq mois, confrontés au report à 2021 des Jeux olympiques, à l'annulation des Championnats d'Europe et de six étapes (sur 15) de la Ligue de diamant, leur circuit majeur, les athlètes ont faim de piste et ce ne sont pas les quelques évènements à distance ou les exhibitions d'Oslo (11 juin) et de Zurich (9 juillet), lancées pour combler le vide du calendrier, qui ont pu les rassasier.

"Je suis très excité par cette première course", lâche ainsi l'Américain Noah Lyles, nouveau roi du 200 m, impatient également de découvrir la piste toute neuve de l'enceinte du Rocher.

"Pour moi et les autres athlètes, ça va être vraiment un moment très spécial, c'est le premier gros meeting de 2020", a expliqué de son côté son compatriote Donovan Brazier, médaillé d'or mondial sur 800 m.

Masques omniprésents

Difficile pour autant de faire fi du contexte particulier entourant l'organisation de ce meeting, qui s'apparente à un véritable défi.

"Il y a un côté bizarre avec le port du masque partout, la distanciation sociale imposée par exemple lors des repas à l'hôtel avec des tables séparées selon les groupes", a estimé Brazier.

Les deux coureurs US ont d'ailleurs eu un aperçu des nouvelles contraintes de l'ère Covid au moment de quitter leur pays: "une tonne de papiers" à remplir, selon Lyles, un test avant le départ puis un autre à leur arrivée à Monaco, masque obligatoire. Chaque athlète devra quoi qu'il arrive présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures au Covid-19 pour prendre part à la compétition.

Des obstacles qui ont fait une victime de taille en la personne de Conseslus Kipruto. Le champion du monde et olympique kenyan du 3000 m steeple a découvert avoir contracté le nouveau coronavirus dans le cadre d'un test obligatoire juste avant son départ du Kenya et a dû déclarer forfait.

Le challenge est encore plus corsé pour les organisateurs, soumis aux règles validées par les affaires sanitaires de Monaco et la Fédération internationale d'athlétisme et confrontés à une situation financière très délicate en raison de la crise sanitaire.

Deux espaces séparés

La jauge du stade a ainsi été fixée à 5.000 personnes, toutes masquées, alors que le stade Louis-II compte 16.000 places. Un rang sur deux ne sera pas utilisé, six entrées différentes ont été aménagées pour éviter une concentration de spectateurs au même endroit, les buvettes resteront fermées et du gel hydroalcoolique sera mis à disposition.

Il a aussi fallu trouver de l'espace pour réduire au maximum les interactions entre athlètes des différentes épreuves. Les lancers ont donc été abandonnés pour libérer la pelouse et y aménager la chambre d'appel d'un côté, la zone d'interviews de l'autre.

"On est parti sur la base de deux espaces complètement séparés: un espace compétition et un espace réception du public. On ne peut pas proposer le meeting habituel mais on a essayé de s'en rapprocher au maximum, a déclaré à l'AFP Rémy Charpentier, responsable de l'organisation. Cela engendre beaucoup de travail et d'ingéniosité. C'est la bérézina au niveau des partenaires, on s'est présenté avec un budget amputé de moitié (1 million d'euros en 2020, ndlr)."

Pour limiter les coûts, l'organisation a d'ailleurs jeté son dévolu sur un hôtel tout près du stade pour les concurrents, qui peuvent ainsi se rendre à Louis-II à pied.

"Les athlètes sont vraiment en manque de compétition", affirme Rémy Charpentier. Cela vaut bien quelques sacrifices.