Dans un sport assez conservateur, les organisateurs du meeting Diamond League de Stockholm savaient que leur décision de proposer un nouveau format pour les concours de longueur, hommes et femmes, n’allait pas faire que des heureux. Avant le meeting de dimanche, plusieurs voix, et non des moindres, s’étaient d’ailleurs élevées contre cette volonté de modifier le format classique à six essais pour le remplacer par une formule où les trois meilleurs concurrents après cinq sauts se disputent la victoire sur un seul bond (le sixième, donc), peu importe les performances réussies précédemment.

"J’espère que cette idée s’arrêtera après cette saison, a réagi le double champion olympique et quadruple champion du monde du triple saut Christian Taylor, à la tête de l’Association des Athlètes. J’aimerais que nous puissions parler avec les athlètes ou le groupe de travail qui pense que c’est une bonne idée. J’aimerais comprendre comment ceci pourrait être mieux que le format traditionnel."

Ce dernier, où la victoire est attribuée à celui qui saute le plus loin, est, en effet, parfaitement lisible du grand public mais il ne semble, hélas, plus correspondre aux besoins de la télévision et c’est là, sans doute, que le bât blesse car la tendance est à la réduction des épreuves et les athlètes se sentent régulièrement exclus des discussions menées par les instances et portant sur de possibles innovations ou évolutions. "Encore une fois, les sauts sont pointés du doigt. Ça ne fonctionne pas ! Quand je lis ça, j’ai envie de me taper la tête contre le mur", a écrit sur les réseaux sociaux le champion olympique 2012 de la longueur, le Britannique Greg Rutherford, tandis que l’Américaine Brittney Reese, quadruple championne du monde appuyait : "Laissez les concours tranquilles !"

Beaucoup d’observateurs étaient donc curieux de voir le déroulement des deux concours concernés à Stockholm. Et c’est ainsi que le Sud-Africain Ruswhal Samaai l’a emporté chez les hommes avec 8,09 m devant le Suédois Thobias Montler, 2e avec… 8,13 m (au 2e essai) mais crédité d’un saut à 8,06 m seulement lors du "jump-off".

"J’ai gagné une compétition basée sur un format injuste pour l’athlète qui a sauté le plus loin, a jugé le vainqueur du jour. Notre épreuve est pourtant simple à comprendre. Celui qui saute le plus loin l’emporte. J’ai vu la déception dans les yeux de Montler. Tout ceci n’apporte pas de l’excitation mais de la déception uniquement !"

Chez les femmes, l’Ukrainienne Maryna Bekh l’a emporté avec 6,85 m mais les positions de Caterine Ibarguen (6,61 m, 2e) et de Khaddi Sagnia (6,83 m, 3e) auraient été inversées en temps normal. Mais Sagnia a eu la mauvaise idée de ne faire que 5,73 m au dernier essai. "Terrible, a réagi Brittney Reese à la lecture des résultats. Notre sport continue à se diriger dans la mauvaise direction…"