Caster Semenya est actuellement empêchée de courir par un règlement absurde de l’IAAF contre lequel le monde sportif ferait bien de se révolter !

À trois jours de l’ouverture des championnats du monde d’athlétisme au Qatar, on ignore évidemment les noms des lauréats. En revanche, on connaît déjà ceux des déçus parmi lesquels figure l’athlète sud-africaine Caster Semenya. Elle est actuellement interdite de courir en raison d’un problème de procédure. En clair, elle était sous le coup d’une exclusion prononcée par l’IAAF pour cause d’hyperandrogénie.

Au début du mois de juin, la justice suisse avait suspendu la peine en attendant un jugement sur le fond. Deux mois plus tard, un juge helvétique mettait un terme à cette suspension, ce qui revenait en somme à exclure la championne. Vous n’y comprenez rien ? C’est normal ! Au fil des années, cette affaire est devenue un véritable sac de nœuds. Essayons de démêler cette pelote.

Un règlement fait sur mesure

Caster Semenya est donc cette athlète sud-africaine de 28 ans, la meilleure du monde dans sa discipline, le 800 mètres, où elle possède un palmarès déjà riche de deux titres olympiques et de trois victoires aux championnats du monde. En raison de sa voix grave et de son corps musculeux, on l’a soupçonnée un temps d’être un homme égaré dans les compétitions féminines. En 2009, une enquête de l’IAAF a permis de démontrer qu’il n’en était rien. Caster Semenya était bel et bien une femme sur le plan génital. Mais elle était atteinte d’"hyperandrogénie", c’est-à-dire qu’elle produit de la testostérone à l’égal des hommes. En aucun cas, il ne s’agit de tricherie. Cette surproduction est naturelle chez elle. Il n’empêche ! La fédération internationale a trouvé que cela lui procurait un trop net avantage en compétition et elle a pondu un nouveau règlement pour l’exclure du jeu. Ce règlement vise les athlètes concernées par des "différences de développement sexuel". Comme Semenya. De plus, il ne s’applique qu’aux courses sur les distances comprises entre le 400 mètres et le mile (1 609 mètres). Précisément celles où excelle Semenya.

Que dit ce règlement ? À l’avenir, les compétitrices sur ces distances ne pourront pas afficher un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L sous peine d’être reversées en catégorie masculine. En cas de dépassement naturel du seuil, ces jeunes femmes sont tenues de suivre un traitement anti-androgène.

Comme il fallait s’y attendre, Semenya a contesté la validité de cette règle devant le tribunal d’arbitrage du sport et devant la justice suisse. D’où les tergiversations actuelles. À présent, l’affaire Semenya divise profondément le monde sportif. Elle ne devrait pas ! Qu’une production accrue d’androgène lui procure un avantage ? Cela ne fait aucun doute. Cet avantage existerait d’ailleurs si elle avait porté son dévolu sur d’autres disciplines comme le sprint, les sauts ou les lancers. La question n’est donc pas de savoir si elle est avantagée par son hyperandrogénie mais si ce bénéfice est indu. Clairement, la réponse est non.

Semenya ne triche pas. L’atout qu’elle tire de cette physiologie hors norme est de même nature que celui que le basketteur roumain Gheorghe Muresan a tiré d’une tumeur sur l’hypophyse qui avait engendré une surproduction d’une hormone de croissance, ce qui lui avait permis d’atteindre la taille de 2,31 mètres. Ou encore comme celui dont jouissait le skieur de fond finlandais Eero Mäntyranta (trois médailles d’or aux Jeux) qu’une particularité médicale originale amenait à produire énormément de globules rouges. On peut aussi donner l’exemple du meilleur nageur de tous les temps, l’Américain Michael Phelps, atteint du syndrome de Marfan qui explique sa grande taille et cette souplesse articulaire qui l’ont sûrement aidé dans la conquête de ses 23 médailles d’or olympique. En cherchant un peu, on trouverait encore des milliers d’exemples de champions connus ou moins connus qui tirent profit de particularités biologiques personnelles. Pourquoi faire une différence pour l’hyperandrogénie de Caster Semenya ?