Médaillée d’argent de l’heptathlon avec 6677 points, Nafissatou Thiam a cédé sa couronne mondiale à la Britannique Katarina Johnson-Thompson (6981 pts) ce jeudi, à Doha. La Namuroise, très émue et de toute évidence inquiète pour l’état de son coude droit, est revenue quelques instants sur sa compétition.

« D’abord, je rappelle que la première journée était la meilleure que j’ai jamais connue en championnats », souligne-t-elle. « Ce jeudi, à la longueur, j’ai fait de bons sauts mais malheureusement je n’avais pas ma planche. C’est vraiment dommage surtout au vu du dernier où je fais 6,40m. Puis après c’est vrai que quand on voit comment ça se passe au javelot, on n’a pas trop de regrets parce que… je savais déjà après la longueur que ce serait difficile, voire impossible de rattraper Katarina. J’y suis allée à fond pour n’avoir aucun regret, mais c’est juste difficile de … (elle se met à pleurer) terminer encore dans la douleur. C’est comme ça. »

A quel moment avez-vous ressenti la douleur ?

« Je ne l’ai pas sentie au premier essai mais au deuxième, je l’ai senti tout de suite. J’y ai été fort, à fond, parce que je voulais aller jusqu’au bout - on ne sait jamais ce qui peut arriver tant que ce n’est pas fini. Je suis rentrée à l’intérieur pour être au calme cinq minutes mais, comme à Talence, je ne savais plus plier le bras autant que je le voulais. Je dirais que c’était un championnat un peu à l’image de ma saison. Après ça ne change rien pour la médaille. De toute façon, après la longueur, ce n’était plus possible de la rattraper. C’est plus mentalement que c’est difficile. C’est comme ça. »

Le 800m vous a ensuite permis de confirmer la médaille d’argent.

« Oui, c’est ça. Bon, je suis triste pour mon coude mais je suis quand même contente pour cette médaille d’argent en championnats du monde. C’était une compétition d’un niveau incroyable. Donc je n’ai aucun regret, et puis vu les deux jours qu’elle a connus, Katarina mérite sa médaille d’or. Elle a fait la compétition de sa vie ! 6981 points, c’est incroyable comme total, à peine à 32 points de mes 7013 points. Comme je l’ai dit en arrivant, ce sont des championnats du monde. Elle a atteint un niveau incroyable pendant cette compétition, moi j’ai eu un bon niveau et ce n’était pas suffisant. Je me suis battue toute cette saison, je me suis battue pendant tous les championnats. C’est plutôt mentalement que j’ai du mal, par rapport à mon coude."

Après la première journée, estimiez-vous qu’il était encore possible de gommer ces 96 points de retard ?

« Oui, je pense que j’aurais pu revenir. On était dans le même scénario qu’à Berlin l’an dernier. Ce n’est jamais impossible et je me bats toujours jusqu’au bout. »

Pouvez-vous revenir sur ce qui s’est passé à la longueur ?

«C’est une question de marques, pas une question de fatigue. C’est un hepta, tu n’es pas à ton maximum à chaque épreuve, il y a des jours avec et des jours sans. Et ce n’était même pas un jour sans, j’étais bien physiquement. Certains jours, tu as la planche parfaite comme à Rio, et d’autres, comme celui-ci, où tu n’as pas de chance. »

Katarina Johnson-Thompson vous a-t-elle surprise ?

« Non, pas vraiment. Le potentiel, elle l’a toujours eu. Et quand je viens en championnats, je n’ai pas d’attente par rapport aux autres. Je fais mon truc à fond, c’est ce que j’ai fait ici. (émue) Et je suis fière d’avoir été au bout de cette saison et au bout de mes championnats... »