La perchiste américaine Sandi Morris visera le record du stade ce vendredi.

À 24 ans, l’Américaine Sandi Morris est l’un des nouveaux visages de la génération de perchistes s’attaquant à la succession de Yelena Isinbayeva, dont les 5,06 m constituent l’actuel record du monde. Deuxième performeuse de l’histoire en extérieur (elle occupe le troisième rang en salle), cette diplômée en journalisme radio et télédiffusion à l’Université de l’Arkansas, coupée dans son élan en plein milieu de la saison alors qu’elle avait battu son record à trois reprises (fracture du poignet à Ostrava), vient de conquérir à Rio une médaille d’argent ayant beaucoup de valeur à ses yeux.

"Six semaines avant les sélections américaines, j’ai eu cet accident lors duquel ma perche s’est brisée et je me suis fracturé le poignet gauche", raconte la sympathique jeune femme. "J’ai craint de ne pas pouvoir participer aux Jeux ! Les médecins m’ont dit que j’allais pouvoir reprendre la perche seulement une semaine avant les trials et c’est ce qui s’est passé. Je n’ai eu qu’une seule session de sauts, qui m’a permis de me rassurer un peu. Dans ces conditions, me qualifier fut un accomplissement énorme. Alors, remporter une médaille olympique ensuite, c’est plus que je ne l’espérais. Même si ma dernière tentative à 4,90 m est passée tellement près que j’ai cru l’emporter… Comment pouvais-je être déçue avec une médaille d’argent aux JO après tout ce que j’avais vécu ?"

Sa foi l’a, dit-elle, aidée à relativiser sa défaite (aux essais) face à la Grecque Ekaterini Stefanidi. "En tant que chrétienne, je pense que l’homme là-haut a un plan et j’ai peut-être de meilleures chances de gagner l’or à Tokyo à présent, juste parce que j’ai presque pu goûter à l’or à Rio. Je pense que c’était un message. Cette expérience va en tout cas me motiver pour les prochaines compétitions, dès celle de vendredi. Le record du stade d’Isinbayeva est de 4,93 m, soit exactement mon record des États-Unis. Ce serait magique de franchir 4,94 m à Bruxelles !"

Vice-championne du monde en salle, Sandi Morris, qui jouit de sa "célébrité locale" aux États-Unis, cultive autant le goût du risque ("J’ai toujours aimé sauter dans l’eau depuis des falaises") que ses passions plus personnelles pour les animaux ou pour la musique. "On me dit bonne chanteuse ? Vous pourrez en juger ce vendredi si je franchis 4,94m ou davantage : promis, si je réussis, je vous chanterai une petite chanson !"


Dure avec son ancienne idole, Isinbayeva

Présentée par Wilfried Meert comme "la nouvelle Isinbayeva", Sandi Morris écarquille les yeux. "Entendre cela semble irréel, parce que j’ai grandi en idolâtrant Yelena, en m’identifiant à elle, en m’inspirant de son histoire, de ses qualités et de sa technique au travers de vidéos. Menacer à présent ses records, c’est un honneur", explique-t-elle. On s’en souvient, la Russe, privée des Jeux en raison de la suspension de sa fédération, avait réagi de manière virulente, parlant de "pseudo-médailles" gagnées en son absence. "J’espère que la barrière linguistique a engendré une mauvaise communication et que ses propos ont été mal interprétés. Parce que son discours faisait vraiment mal ! Elle doit en vouloir aux gens qui l’ont empêchée de sauter à Rio, pas aux athlètes. Ses propos m’ont, en tout cas, donné envie de sauter encore plus haut et c’est aussi une motivation pour lui prendre ses records. Je n’aurai jamais eu l’opportunité de sauter dans le même concours qu’elle mais, pour être honnête, je m’en fiche ! C’était un rêve mais plus depuis qu’elle a tenu des propos blessants. Et iI est temps pour une nouvelle génération de perchistes de se lever…"