Autres sports

Après avoir couru plus de 25 h, entre Londres et Douvres, et nagé près de 14 h, à travers la Manche, le Bruxellois a été contraint à l’abandon alors que se profilait la côte française. Récit et vidéo d’un incroyable défi.

"Le miracle n’est pas que je termine… Il est que j’ai le courage de démarrer !"

Le lundi 21 octobre, à 1h20 (heure anglaise), après plus d’un mois d’attente en raison des conditions météo dans la Manche, Arnaud de Meester s’élançait à l’assaut de l’Enduroman. Le Bruxellois de 48 ans quittait Marble Arch, à Londres, pour rallier l’Arc de Triomphe, à Paris, en courant (140 km), en traversant la Manche à la nage (entre 35 et 65 km) et en roulant (290 km). Le lendemain soir, peu avant 22 h (heure française), l’ultra triathlète était contraint à l’abandon après avoir couru plus de 25 h et nagé près de 14 h alors que se profilait la côte française. Terrible désillusion d’un rêve inachevé…

"À environ 3 km de la côte, Arnaud est tombé sur la barrière du Cap Gris-Nez, un courant le repoussant vers le large et il n’avait, semble-t-il, plus la force pour passer. Il aurait dû remonter vers Calais et nager encore 10 km, mais l’organisateur, Edgar Ette, lui a conseillé d’arrêter ! Dommage...", explique Patrice Chassery, spécialiste de la Manche, dont le propre fils, Arnaud, a dû renoncer, début juillet, après avoir rencontré des vagues de trois mètres. "Il faut savoir qu’en 75 ans, le taux de réussite de la traversée à la nage est de 20 % à peine alors qu’il y a 200 tentatives par an, de préférence entre mi-juin et mi-octobre, chaque nageur étant accompagné par l’un des 15 bateaux homologués. Et encore, tous n’ont pas couru 140 km avant, comme ce fut le cas d’Arnaud dans le cadre de l’Enduroman. Mais il n’en était pas loin..."

Il était, en effet, écrit que cette extraordinaire épreuve ne serait pas du tout comme les autres pour Arnaud de Meester, le premier à démarrer aussi tard dans la saison avec des conditions de froid plus intenses. Pire, le Bruxellois a dû accomplir son parcours à pied, entre Londres et Douvres, sous une pluie incessante, rendant son épreuve plus ardue encore. Vent de face, la dernière côte séparant Folkstone de Douvres fut terriblement éprouvante, mais Arnaud arriva dans la ville côtière au bout de 143 km à pied, l’ultra triathlète s’étant bien involontairement offert un… détour de trois kilomètres en se trompant de chemin dans un carrefour ! Mais il était bien parvenu à Douvres, à 3h06 (heure anglaise), après 25h46 d’efforts.

Il s’était, alors, reposé quatre heures dans la ville côtière, mais n'y avait dormi qu’une heure. À 7h06, en effet, Arnaud s’était élancé depuis Shakespeare Beach dans cette Manche, surnommée, l’Everest des nageurs. Avant le lever du soleil, il avait déjà parcouru un bon bout de chemin au rythme de 54 mouvements de bras par minute, une cadence qu’il diminua par la suite à 48 pour pouvoir tenir la distance. À midi, le soleil, masqué jusque-là par les nuages, était venu un peu le réchauffer dans cette eau froide. Mais Arnaud gardait le cap avec une estimation d’arrivée vers 23 h (heure française).

Suivant les précieux conseils du capitaine du bateau qui l'accompagnait, le Bruxellois avait dessiné un superbe S dans la Manche. Une trajectoire idéale jusqu’à ce qu’il tombe sur cette fameuse barrière du Cap Gris-Nez, évoquée par Patrice Chassery. Arnaud s’est battu comme un lion, espérant bénéficier d'un courant plus favorable, comme ce fut le cas pendant presque toute sa traversée. Mais les crampes, dues à la fatigue, rendirent ses efforts vains. En apprenant qu’il avait encore… neuf heures de nage pour gagner la côte française, il décida, la mort dans l’âme, de renoncer et de monter dans le bateau qui l'accompagnait pour rallier Calais.

Ce qui n’enlève rien à l’héroïsme de son parcours…