META revient sur le choix des équipes pour la prochaine saison de sa Belgian League : "La performance des équipes n'est pas un facteur décisif en la matière"

Après l'annonce officielle des six équipes qui évolueront la saison prochaine en Belgian League, la société belge META nous a accordé une interview exclusive afin de lever le voile sur les différentes zones d'ombre que cela a engendré.

META revient sur le choix des équipes pour la prochaine saison de sa Belgian League : "La performance des équipes n'est pas un facteur décisif en la matière"
©META

Quelques heures seulement après avoir dévoilé le nom des six structures qui prendront part à la prochaine saison du championnat de Belgique de League of Legends, la Belgian League, la société belge META a été la proie de nombreuses critiques concernant ses choix.

Provenant principalement du côté francophone du pays, la colère provoquée par cette annonce a soulevé de vives protestations de la part de certains joueurs et acteurs de la scène esportive belge. En cause, l'éviction du Sporting d'Anderlecht et des Brussels Guardians de la compétition, seules équipes francophones jusque-là.

L'arrivée de nouvelles structures, parfois créées juste pour l'occasion, a également rajouté de l'incompréhension dans une situation déjà très trouble.

Afin de tenter d'éclaircir tout cela, nous sommes partis à la rencontre de Moritz van der Lugt, Esports Project Manager en charge de la Belgian League chez META. Il répond sans langue de bois à nos questions et éclairci quelques zones d'ombre pour la saison à venir.

META revient sur le choix des équipes pour la prochaine saison de sa Belgian League : "La performance des équipes n'est pas un facteur décisif en la matière"
©Belgian League

Revenons tout d'abord à la genèse de la compétition. Comment vous-êtes vous retrouvés aux commandes de la plus prestigieuse compétition de League of Legends du pays ?

Au cours de l'année 2019, il est devenu évident que la licence ERL (ndlr : European Regional League) pour la région du Benelux serait disponible pour la saison 2020 et au-delà. Vers la fin de l'année 2019, c'était donc à Riot Games de sélectionner un nouveau TO (ndlr : Tournament Organizer) comme détenteur de la licence pour la région.

Nous avons dû passer par un processus d'appel d'offres et, heureusement pour nous, nous avons obtenu la licence, probablement parce que Riot Games était d'accord avec nos plans et notre vision pour la région et la façon dont nous prévoyions de l'élever au niveau supérieur.

Est-ce que le fait d’être un partenaire de confiance d’un géant de l’esport tel que Riot Games est une consécration pour une société telle que la vôtre ?

Bien sûr ! Nous avons déjà travaillé avec Riot Games sur le contenu et les produits liés à League of Legends dans le passé, mais le fait de pouvoir faire passer cette relation à un niveau supérieur et d'ajouter les ERL à notre portefeuille a été un développement formidable. Qui ne voudrait pas être associé à Riot Games et à ses jeux et productions ?

Cette confiance réciproque pourrait-elle vous amener vers d’autres disciplines dans le futur telles que Valorant par exemple ?

Le fait d'avoir établi cette bonne relation avec Riot facilite certainement le passage à d'autres titres de l'éditeur. En même temps, nous voulons nous assurer que chaque fois que nous choisissons d'élargir notre offre à un nouveau titre, nous avons tous les outils et les ressources nécessaires pour le faire bien et le faire sortir du lot.

Pour l'instant, nous ne pouvons pas faire de promesses sur VALORANT ou tout autre titre Riot, mais qui sait ce que l'avenir nous réserve...

La saison 2020 de la Belgian League s’est très bien déroulée et a proposé du spectacle de qualité. J’imagine que vous devez être très satisfaits de l’année écoulée !

Absolument ! La première année a été une réussite retentissante sur la scène et nous espérons qu'elle a été aussi bien accueillie que nous le pensons en interne. Il est toujours possible de s'améliorer, mais les premières étapes ont été franchies pour faire passer l'écosystème régional de LoL au niveau supérieur.

On a pu voir une nette domination des Sector One durant les deux Splits, avec un niveau de jeu impressionnant pour notre scène locale mais encore insuffisant pour l’échelon supérieur, les European Masters. La Belgian League va-t-elle permettre aux équipes engagées de gommer petit à petit cette différence selon vous ?

Une question difficile, mais il est fort probable que ce soit le cas. L'approche plus professionnelle et structurée permet aux acteurs et aux organisations de se rapprocher des normes professionnelles dont disposent déjà d'autres régions, des régions qui sont déjà bien avancées dans les EU Masters.

Le fait que de nombreux joueurs du Benelux aient des opportunités à l'étranger, dans d'autres régions, montre que le talent est là, et si les circonstances s'y prêtent, nous pourrions voir un jour une équipe de la Belgian League remporter les EU Masters.

On a souvent entendu certaines voix s’élever durant la saison concernant les différences d’audience des deux côtés de la frontière linguistique. Comment expliquez-vous que la partie néerlandophone du pays semble accrocher beaucoup plus à la compétition que le sud du pays ? Comment remédier à cela ?

C'est un sujet assez complexe qui va au-delà de la seule Belgian League. En général, les Belges francophones ont un lien étroit avec la France en ce qui concerne la consommation des médias (TF1, les stars des médias sociaux, ...). Même si nous avons aussi, nous-mêmes, regardé Les Chevaliers du Zodiaque et Dragon Ball Z sur le Club Dorothée !

Dans League of Legends, de nombreux joueurs francophones et le public francophone de Belgique gravitent également vers la scène française en raison de ce lien historique.

La France est également une région plus développée que la Belgique avec ses LFL (ndlr : Ligue Française de League of Legends) et OTF (ndlr : Open Tour France), ce qui est un écart que nous essayons de combler, mais cela prendra du temps.

Pour les fans néerlandophones, il n'y a pas de plus grand événement similaire à la LFL en dehors de notre Belgian et Dutch League. Donc comparativement, il sera généralement plus probable que les fans néerlandophones soient majoritaires.

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Vous venez d’annoncer le nom des six équipes qui évolueront en Belgian League la saison prochaine.
Revenons tout d’abord sur l’éviction des Brussels Guardians, du RSCA Esports et d’Aethra Esports. Les troisièmes et quatrièmes de la saison précédente ne pourront donc pas défendre leur place cette année. Qu’est-ce qui explique de tels choix ?

La performance des équipes n'est pas un facteur décisif en la matière, mais il s'agit d'une série d'aspects qui doivent être pris en considération, des sujets qui faisaient partie du processus de candidature de chaque organisation.

Cela permet également aux nouvelles structures de présenter leurs arguments et éventuellement d'obtenir une place dans la ligue, et cela permet également aux organisations qui n'ont peut-être pas obtenu les résultats qu'elles espéraient ou souhaitaient obtenir de présenter également leurs arguments.

Nous comprenons parfaitement que cette incertitude annuelle n'est pas souhaitable et qu'elle peut être source de frictions et de désagréments, mais les choses pourraient changer un peu en 2022. Néanmoins, les choix effectués pour 2021 ont été faits dans le meilleur intérêt de la ligue, sur la base des informations fournies.

Le fait d’être passé par une période de recrutement et donc une saison sur invitations uniquement était-il une obligation posée par Riot Games ?
Pourquoi ne pas avoir organisé des qualifications ouvertes à toutes les équipes du Benelux afin d’avoir réellement la crème de la crème de la scène régionale ?

Lorsque nous avons obtenu la licence, il y a eu des conversations avec Riot sur la façon dont les ligues devraient fonctionner et la procédure de candidature actuelle est le résultat de cette conversation. Nous voulons élever la région dans son ensemble, ce qui signifie que les équipes, les joueurs et nous, en tant qu'organisateur, devons tous contribuer à l'augmentation de la structure et du professionnalisme requis pour y parvenir.

Pour la saison dernière et cette saison, cela a abouti à une procédure de candidature à grande échelle avec des sujets tels que le statut/histoire, le développement, la durabilité, les plans futurs, la stabilité financière et la croissance. Tous ces facteurs ont été pris en considération. Si nécessaire, les organisations ont été invitées à fournir des informations de suivi pour s'assurer que leur demande était aussi complète que possible.

Les organisations feront l'objet d'un examen continu tout au long de l'année, avec une diligence raisonnable et une partie évaluation de ce processus, comme nous l'avons vu maintenant.

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©Belgian League

Intéressons-nous maintenant aux nouveaux arrivés : KRC Genk Esports, 4Elements Esports et ION SQUAD. Il s’agit de trois nouvelles venues sur League of Legends. Pourquoi avoir fait un tel choix par rapport à d’autres équipes déjà en place ?

Bien qu'elles soient nouvelles sur League of Legends, ces organisations ont toujours une base solide (qu'il s'agisse de sports traditionnels ou d'autres titres esportifs). Si l'on considère également les participants de 2020 pour la Belgian et Dutch League, on constate qu'un certain nombre de nouveaux venus ont fait un excellent travail en arrivant sur le jeu et en contribuant à développer la scène d'une manière ou d'une autre. Cela signifie simplement que le fait d'être nouveau n'est pas nécessairement une mauvaise chose.

Concernant ION SQUAD, il s’agit d’une toute nouvelle structure belge, qui serait détenue par Midfield BV, cette même société qui gère via une de ses filiales (eTalent) au moins trois talents également gérés par META (Colin « Koolein » Wijnholds, Robert Jan « Rj » Kortooms et Annelies « Bubblizzy » Maltha). Qu’auriez-vous à répondre à vos détracteurs qui mettent en doute votre impartialité ?

META a toujours essayé d'améliorer la visibilité de l'esport dans la région, ce qui signifie que nous avons travaillé avec beaucoup de gens. Nous avons lancé notre division de gestion des talents il y a une dizaine d'années en signant les Youtubers "Kastiop", "Unagize" et "ItsDennisFFS", et en l'élargissant en cours de route avec "JustJade". Nous nous sommes ensuite aventurés dans les castings d'esports, ce qui était logique car nous avions besoin de talents à l'écran pour nos nombreux événements et émissions.

Cependant, comme notre attention se porte sur des opérations à plus grande échelle, telles que les ligues, nos événements, les diffusions, nous n'étions plus en mesure de consacrer le temps nécessaire pour gérer et guider nos talents. Pour cette raison, ces personnes ont décidé de s'installer ailleurs pour poursuivre leur développement.

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©eTalent Management

Ces trois personnes ne font donc plus partie de META?

META ne fonctionne plus comme une agence de talents de cette manière. Les talents peuvent toujours travailler avec nous, mais ne sont plus gérés directement par META.

Riot Games considère la Dutch League et la Belgian League comme provenant de la même zone régionale, le Benelux. Ce qui amène quelques incohérences comme la possibilité à des équipes exclusivement belges de disputer la Dutch League et inversement. N’y perd-on pas quelque part l’identité de nos compétitions nationales?

Du point de vue de Riot, nous sommes toujours considérés comme la région du Benelux dans son ensemble. Cela signifie que nous ne pouvons pas faire de distinction entre un joueur belge, néerlandais ou luxembourgeois, car ils sont tout simplement considérés comme des joueurs du Benelux.

Inévitablement, cela signifie aussi qu'il est possible qu'une équipe de la Belgian League soit composée uniquement de joueurs néerlandais, et vice versa. Cette approche est une chose qui a été reprise par le Benelux, qui a été considéré pendant des années comme une seule région, tant du point de vue des étrangers que des résidents.

En dehors de cela, si l'on considère le football par exemple, il existe également des équipes sans représentation locale et leur popularité n'a pas diminué pour autant. En ce sens, un nombre fixe de joueurs locaux est en fait une bonne chose pour la scène locale de League of Legends.

Il semblerait que le règlement pour la saison 2021 n’ait pas encore été publié au moment des candidatures. Les équipes avaient-elles réellement toutes les clés en main pour proposer un dossier valable pour la saison à venir ?

Toute information nécessaire à une évaluation ou à une demande précise a été mise à la disposition des organisations. Les modifications apportées aux règles pour la saison 2021 n'ont eu aucune incidence sur les demandes.

Cette saison, la Belgian League semble s’ouvrir de plus en plus à l’étranger en autorisant trois joueurs extérieurs au Benelux par équipe. Cela signifie-t-il que le talent se trouve principalement hors de nos frontières ?

Les modifications apportées à l'exigence minimale des joueurs du Benelux sont également un changement provenant de Riot. Ce changement est notamment appliqué à tous les ERL, de sorte que chaque ERL n'exige qu'un minimum de deux joueurs régionaux pour jouer à tout moment (et au moins un remplaçant régional également).

Cela peut sembler préjudiciable au talent local, mais nous sommes convaincus que cela peut également être de bon augure pour nos joueurs. Nous avons beaucoup de joueurs talentueux dans nos ligues et cela leur donne aussi plus de possibilités d'obtenir des places dans d'autres régions, actuellement plus développées.

En outre, la règle ne signifie pas qu'une organisation ne peut pas s'efforcer d'utiliser autant que possible les talents locaux, comme l'ont déjà montré de nombreuses équipes.

Cela veut-il dire qu’il est aujourd’hui impossible de réunir six équipes belges ou néerlandaises composées exclusivement de joueurs du Benelux ? Notre scène locale est-elle en pénurie de projets et de joueurs ?

Nous avons vu beaucoup de joueurs talentueux se développer du Benelux vers d'autres régions, donc il n'y a pas de pénurie ici. En outre, comme nous l'avons déjà dit en partie, de nombreuses équipes ont adopté des équipes d'académie ou des trajectoires de développement pour les joueurs afin de les entraîner au sein de l'écosystème du Benelux. Avec le temps, nous pensons que la base de joueurs concernés ne fera que s'accroître.

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©Belgian League

La colère gronde du côté francophone concernant la présence exclusive de structures néerlandophones dans la Belgian League. N’avez-vous pas peur de perdre de ce fait une partie de votre communauté ? Que répondez-vous aux nombreux francophones du pays qui ne comprennent pas cette situation ?

Nous essayons de faire de notre mieux pour impliquer toutes les parties du Benelux dans la Belgian League, et certaines des structures sont plus orientées vers l'international que vers le côté néerlandophone.

Nous avons examiné chaque candidature et avons attribué des places en fonction du contenu du dossier.

En ce qui concerne le public, cela renvoie en partie à la corrélation entre les Belges francophones et l'ensemble du marché français. Il est plus difficile de les attirer en tant que téléspectateurs de la Belgian League, mais de solides émissions francophones, actuellement assurées grâce à notre partenaire Proximus, et une couverture nationale par les médias, comme l'a fait La DH, contribueront certainement à augmenter cette audience à l'avenir.

Question épineuse mais pourrait-on s’attendre à voir une partie de la saison 2021 jouée en LAN si les conditions le permettent à nouveau?

L'objectif est absolument de faire en sorte que les "Country Finals" en 2021, au minimum, soient une expérience hors ligne. C'est le summum, la vitrine par excellence de la Belgian League, pour que les fans la voient en vrai, lors d'un événement hors ligne. Nous avions espéré que cela soit encore possible en 2020, mais nous attendons avec impatience 2021 et une finale nationale à grand succès.

Que peut-on vous souhaiter pour la saison à venir ?

Je pense que tout le monde veut voir de bonnes parties, un bon contenu (tout le monde aime un bon "meme") et pas de problèmes techniques pour nos équipes et nos émissions. Aller sur le terrain et faire plus de choses avec et pour les équipes est aussi un point central, alors espérons que 2021 nous apporte cela.

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