Vous souhaitez passer un cap dans votre carrière de joueur et tenter enfin d'en vivre pleinement? Notre partenaire LouvardGame, au travers de son CEO Philippe Bouillon, vous donne de précieux conseils pour y parvenir et quelques étapes clés à ne surtout pas oublier !

Ces dernières semaines, avec le confinement obligatoire et la multiplication des nouvelles compétitions à gros enjeu, de nombreux joueurs se sont mis à rêver de pouvoir, peut-être un jour, vivre du sport électronique.

Et même s'il y a beaucoup d'appelés pour très peu d'élus, nous allons essayer dans cet article de vous donner les clés afin de mettre toutes les chances de votre côté pour tenter de toucher votre rêve du bout des doigts !

© Riot Games

1. Les différentes catégories de joueurs

Selon Philippe Bouillon, on peut classer les joueurs de jeu vidéo dans plusieurs catégories différentes :

  • Le joueur récréatif
  • L'esportif semi-professionnel
  • L'esportif professionnel
  • Le joueur "streamer"

Ce classement, inspiré par le sociologue français Nicolas Besombes, regroupe la grande majorité des pratiquants de jeu vidéo et vous permet d'ores et déjà de vous situer dans cette échelle récapitulative.

Intéressons-nous maintenant particulièrement au joueur professionnel. Philippe Bouillon nous donne sa définition : "C'est avant tout une personne qui vit pleinement du sport électronique ! Il touche donc un salaire et éventuellement quelques compléments au travers des cashprizes remportés. Il ne vit donc que de ça, sans activité annexe lui permettant de boucler ses fins de mois.".

À cela, nous pouvons bien entendu rajouter d'éventuelles primes de sponsoring et/ou représentation ainsi que le streaming (que nous aborderons plus loin dans notre analyse).

Cette définition fait évidemment tâche dans le microcosme belge puisque de nombreux joueurs se déclarent comme étant professionnels alors que c'est très rarement le cas. Seule une poignée de pratiquants vivent pleinement de l'esport en Belgique et sont bien souvent liés à des clubs de football, seules structures aujourd'hui à pouvoir libérer un tel budget.

Philippe nuance alors sa définition pour ce type de personne : "Dans ce cas-là, on pourrait alors dire que l'implication du joueur (qui ressemble parfois à un horaire de travail normal), ses résultats en tournoi et son niveau de jeu supérieur à la moyenne, en font un joueur professionnel". Mais attention aux amalgames qui pourraient donner de faux espoirs aux jeunes pousses de demain !

Pour résumer, en Belgique, l’acronyme de "joueur professionnel" va plus se baser sur le niveau de jeu que sur le côté financier (quasi inexistant).

© Getty Images

2. L'importance du streaming pour un joueur professionnel

Le sport électronique, en Belgique, est très rarement rentable pour un joueur, à moins de s'exiler à l'étranger. En revanche, le streaming sur Twitch est de plus en plus lucratif pour les joueurs. De nombreux professionnels se mettent d'ailleurs, à la demande de leur structure ou de leur propre initiative, à streamer de manière régulière. Parfois même jusqu'à basculer complètement de ce côté de la barrière en arrêtant le côté compétitif pour se consacrer à plein temps au streaming.

Cela permet d’asseoir une certaine notoriété sur la scène locale et internationale, de se créer une image et une visibilité constante, ce que ne permet pas toujours l'esport. Mais l'intérêt premier de ces joueurs-streamers est bien évidemment d'ajouter une nouvelle source de revenus (parfois conséquente) à leur bagage.

C'est bénéfique également pour les structures qui ajoutent une nouvelle corde à leur arc marketing en offrant un nouvel axe de visibilité et un nouveau public à ses différents sponsors.

En Belgique, nous pouvons par exemple prendre le cas du champion national en titre de FIFA20, Quentin "ShadooW" Vande Wattyne (Standard de Liège) qui vient d'ajouter du streaming et une chaîne YouTube à sa panoplie de joueur professionnel.

© Quentin "ShadooW" Vande Wattyne

3. Devenir joueur professionnel en Belgique

Selon Philippe Bouillon, il est aujourd'hui tout à fait possible de vivre de sa passion en Belgique. Mais seulement depuis peu et presque exclusivement au travers des clubs de football professionnel. Ces entités investissent de saison en saison à leur manière, mais sont en Belgique les seules structures à avoir les reins assez solides que pour pouvoir se payer une équipe ou un joueur professionnel !

N'oublions pas qu'une équipe League of Legends ou CS:GO, par exemple, représente 5 à 6 salaires minimum à temps plein (joueurs + staff). En fin d'année, cela engendre des dizaines de milliers d'euros d'investissement pour une structure, sans forcément avoir un retour conséquent.

C'est notamment la raison pour laquelle la Belgique subit une fuite de ses talents vers l'étranger où la législation est parfois mieux adaptée et où le sport électronique est pris plus au sérieux que dans notre pays !

© © Colin Young-Wolff | Riot Games

4. Quel statut pour un joueur professionnel?

Qui dit revenu, dit statut légal ! La majorité des joueurs professionnels de la planète sont indépendants et fonctionnent au travers de leur propre société.

Cela offre plus de flexibilité aux structures en matière de contrat (et de rupture...) et permet parfois de court-circuiter le manque de statuts légaux concernant la profession.

En Belgique, par exemple, le statut d'esportif professionnel n'existe tout simplement pas ! Aucune société ne pourrait vous faire signer un contrat avec cette dénomination. Les joueurs atterrissent alors souvent dans un nébuleux poste au service marketing de l'entreprise afin de pouvoir être engagés officiellement. Des contrats "étudiant" sont également mis en place lorsque les conditions sont remplies.

Toutes ces contraintes freinent évidemment certains à tenter l'expérience, ou certaines sociétés à se lancer dans l'aventure.

Dans certains cas, selon les disciplines, l'éditeur du jeu peut intervenir dans la masse salariale des joueurs, allant même jusqu'à les employer. C'est par exemple le cas de Riot Games avec League of Legends. En contrepartie, ces joueurs ne peuvent, par exemple, pas participer à des tournois organisés par des tiers.

© Michal Konkol/Riot Games

5. Les étapes indispensables pour devenir professionnel

La première étape peut paraître basique mais elle est indispensable : il va vous falloir jouer, jouer et encore jouer. Plus vous acquerrez de l'expérience en jeu, plus vous serez (théoriquement) performant et plus vous aurez de chances de vous faire repérer.

Durant cet apprentissage, vous évoluerez dans le classement du jeu et au fur et à mesure de votre évolution, vous serez amené à jouer contre des meilleurs joueurs. Vous apprendrez encore davantage et vous ferez connaître de certains d'entre eux. Avec un peu de chance, ceux-ci feront alors appel à vous pour un dépannage, voire plus si affinités...

Une fois ce processus bien établi, il vous faudra participer à un maximum de tournois compétitifs, en LAN et en ligne ! D'abord à l'échelle locale, afin de se faire connaître dans son propre pays, mais également pourquoi pas de temps en temps participer à un tournoi chez nos voisins européens, afin de goûter à de nouvelles expériences également.

Pour devenir un joueur professionnel, il faut du talent mais aussi un brin de chance. Être au bon endroit, au bon moment, en compagnie des bonnes personnes.

Et le dernier point, tout aussi important que les précédents, est tout ce qui concerne ce qui se passe en dehors du jeu. Votre communication, via les réseaux sociaux ou même en jeu, se doit d'être irréprochable !

Si une structure s'intéresse à vous, il ne faut pas oublier que vous la représenterez ! Une mauvaise image virtuelle ou une réputation laissant à désirer fera certainement fuir les écuries sérieuses ou les sponsors intéressants ! N'hésitez donc pas à vous faire aider sur ce point !

© Getty Images

6. La législation belge en matière de sport électronique

Après avoir été invité au Parlement européen ou auprès de certains ministres belges, Philippe Bouillon doit tirer un triste constat : aujourd'hui, le sport électronique ne se trouve dans aucun texte de loi allant dans le sens d'une professionnalisation.

Le phénomène touchant de nombreux domaines différents, il est même très compliqué pour le monde politique de le ranger dans une catégorie : ce n'est pas que de la culture, ce n'est pas que du numérique, ce n'est pas vraiment du sport, ... Bref, l'esport ne rentre dans aucune catégorie existante à ce jour !

D'où le fait que la Belgique ne possède toujours pas de fédération officielle du sport électronique, malgré plusieurs tentatives différentes au fil des années.

Et malheureusement, avec la crise mondiale actuelle, le sport électronique va mettre de longs mois avant d'éventuellement revenir sur la table du monde politique belge...