Bonjour François-Xavier Dénièle. Avant de commencer, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre future Coupe du monde?

La Coupe du monde de Rainbow Six est la nouvelle étape et le nouveau niveau de compétition que nous ajoutons à notre écosystème esportif. Cela fait cinq ans maintenant que nous avons lancé l'esport sur Rainbow Six Siege, juste après la sortie du jeu. Un esport qui, jusqu'à présent, n'était pas basé sur le côté national mais plus sur les clubs, structures et organisations.

Je me souviens, j'étais au Brésil il y a trois ans pour une compétition et j'y ai vu apparaître des drapeaux nationaux ainsi que des joueurs représentant leur pays en plus de leur club. On s'est donc dit qu'il y avait peut-être quelque chose à faire avec ce sentiment national, le fait de soutenir et représenter son propre pays.

Suite à cela, nous avons pris le temps, plus de trois ans, pour construire cette Coupe du monde de Rainbow Six. Il fallait tout un écosystème autour, on ne pouvait pas la créer comme ça.

Je suis en tout cas très heureux et impatient que cela commence !

Concrètement, comment et à quel moment cette Coupe du monde s'est-elle intégrée dans votre stratégie esportive?

Concrètement, cela a été à partir du moment où nous avons eu des bases solides, avec un écosystème qui fonctionne et qui s'auto-alimente. On a la chance de faire partie des jeux esportifs du top tiers mondial et on peut voir un écosystème représentatif, tant au niveau amateur que professionnel. C'est ce dont nous avions besoin pour lancer un tel projet.

Aujourd'hui, on peut voir des compétitions de Rainbow Six tous les jours, que ce soit au niveau local, régional voire départemental. Mais nous avons également des compétitions internationales telles que le Championnat d'Europe.

© Ubisoft

Grâce à tous ces niveaux de compétition qui s’imbriquent ensemble et qui s'alimentent régulièrement de nouveaux talents, nous avons pu créer un niveau supérieur avec la possibilité de représenter, pour la première fois, son propre pays.

Il était également important pour nous d'avoir un niveau de compétition homogène à travers le monde. Si nous avions lancé cette Coupe du monde trop tôt, nous aurions eu des pays qui auraient "surperformé" par rapport à d'autres. Au contraire, aujourd'hui, je crois que c'est très compliqué de savoir qui va gagner ! (rires)

Qui dit Coupe du monde, dit sélection nationale. Comment celles-ci vont-elles se dérouler?

C'est une idée sur laquelle nous avons longtemps travaillé parce que nous voulions quelque chose qui soit juste et pertinent dans un monde esportif qui n'a pas encore vraiment de règles préétablies, et c'est d'ailleurs plutôt positif.

Nous allons mettre en place un comité de trois managers par pays. Ce sont eux qui définiront les cinq joueurs qui feront partie de leur équipe nationale de Rainbow Six. Ce que j'ai voulu dès le départ, c'est que ces trois managers soient représentatifs de notre écosystème esportif. C'est-à-dire ne venant pas uniquement du monde professionnel afin de sortir un peu de l'esport que l'on connaît.

Un de ces managers sera sélectionné par le bureau national d'Ubisoft, un autre sera élu en faisant voter les joueurs et coachs de la scène nationale et un troisième viendra directement de la communauté du pays. Nous aurons ainsi une alchimie entre ces trois managers afin de sélectionner les joueurs, non seulement pour leur niveau de jeu, mais également pour ce qu'une telle sélection représente pour eux.

© Ubisoft

Est-ce que cette Coupe du monde est la conclusion du programme esportif entamé par Ubisoft il y a quelques années?

Je ne dirais pas que c'est une conclusion parce que cela voudrait dire que nous avons atteint tous nos objectifs. Ce n'est évidemment pas le cas, nous avons encore beaucoup de choses à faire ! L'esport se renouvelle en permanence, c'est ce qu'il y a de passionnant !

C'est surtout une possibilité d’amener une nouvelle audience dans l'esport. On le sait, ce n'est pas simple de suivre l'actualité esportive tous les jours. Elle est parfois composée de clubs que l'on connaît moins, avec des règles propres à ce milieu. Un championnat basé sur son propre pays est l'occasion pour certaines communautés, joueurs de Rainbow Six ou non, de s'intéresser et de comprendre la compétition.

Par exemple, quand on suit la France contre le Brésil, même si l'on ne comprend pas forcément tout ce qui se passe dans le jeu, on s'intéresse et on encourage son pays. Il m'arrive d'ailleurs de regarder des sports que je ne comprends pas toujours mais que je suis parce que mon pays y évolue. C'est ce qu'on aimerait voir apparaître dans l'esport !

On va en tout cas tout faire pour que ce soit un beau moment de fédération pour le sport électronique !

Quatorze équipes, dont la France, l'Allemagne, l'Italie ou encore l'Espagne, ont déjà été invitées à participer à la phase finale de cette Coupe du monde. Mais pas la Belgique ! Pourquoi?

On a dû faire des choix. Effectivement, dans cette phase finale, nous aurons quatorze équipes invitées et six sorties de qualifications. L'Europe aura deux tickets parmi ces six places qualificatives, ce qui en fait une région plutôt bien lotie par rapport aux autres. Cela est dû au fait que la scène européenne est très professionnelle et très présente depuis quelques temps.

Nous avons effectivement dû sélectionner des équipes directement afin de coller à notre stratégie et au temps que cela aurait demandé. Ces pays sont très représentatifs de notre communauté et de sa scène professionnelle. De nombreux joueurs sont sortis au fil du temps de ces nations afin de rejoindre le côté professionnel du jeu.

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La Belgique en a sorti de très bons également comme Risze (ndlr : Valentin Liradelfo, joueur pour la Team Vitality) qui est un très très bon joueur. Je pense d'ailleurs que la Belgique a de très bonnes chances d'être dans les deux qualifiés européens, j'en suis sûr ! (rires).

Dans notre pays, pour notre championnat national, Ubisoft a tendance à réunir les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg dans une zone Benelux. Ce ne sera évidemment pas le cas pour cette Coupe du monde. Est-ce que finalement, ce n'est pas un peu contradictoire par rapport à la stratégie employée envers notre pays habituellement?

Pas vraiment parce que pour le Benelux, l'idée était d'avoir une masse critique d'équipes capables de jouer dans une ligue à l'année. C'est ce que je demande à tous les pays : créer une ligue qui perdure. Pour un pays comme le vôtre, nous n'aurions pas eu assez d'équipes pour rester et renouveler la compétition régulièrement.

C'est pour cela que nous avons décidé de réunir ces trois pays. On voit d'ailleurs que ce championnat est de très bonne qualité et cela a même amené un slot pour la ligue européenne à cette compétition !

Cette Coupe du monde sera basée sur les nationalités et il n'était donc pas possible de garder le Benelux tel quel. C'est d'ailleurs la même chose pour les pays nordiques avec le regroupement de la Finlande, de la Suède et de la Norvège.

Mais je reste persuadé qu'il y a suffisamment de bons joueurs en Belgique pour réaliser une belle performance en qualification !

Vous avez choisi Tony Parker comme ambassadeur de cette future Coupe du monde. Pourquoi lui?

Pour plein d'aspects ! La première chose, c'est que l'esport n'est pas du tout associé aux nations. Pour cette Coupe du monde, nous avons donc besoin d'amener une expérience et une légitimité basée sur le pays. Qui de mieux, dans ce cas, que Tony Parker pour parler de ça !

Il a démontré toutes ses qualités avec l'équipe française de basketball, il a toujours supporté son équipe et a toujours été là pour représenter son pays, même dans les mauvais moments.

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Tony Parker a été notre premier choix dès le départ parce que c'est pertinent pour l'ensemble de notre écosystème. Il est également très connu aux États-Unis et c’est quelque chose de très important pour nous.

Le fait d'apporter son expérience et d'expliquer aux joueurs l'importance de représenter son pays s'intégraient parfaitement dans notre processus et nos discussions concernant cette compétition.

Les joueurs savent ce que c'est de représenter un club, ils connaissent la pression des grands événements internationaux, de jouer devant des milliers de personnes mais ils ne savent pas encore ce que c'est de représenter leur pays. Nous avions donc besoin d'amener quelqu'un qui puisse les aider, avant l'événement mais également durant celui-ci !