Nous avons le plaisir de vous présenter, en exclusivité belge, l'interview du directeur et du manager senior du pôle esport chez Ubisoft. Nous avons fait le point ensemble sur la scène compétitive actuelle de Rainbow Six Siege. Ils reviennent également pour nous sur le futur esportif du titre.

François-Xavier Deniele est le directeur de la branche esportive chez Ubisoft. Ayant débuté sa carrière chez eux en 2009, il a gravi les échelons jusqu'à développer en janvier 2017 le département "esport" pour Ubisoft Europe. C'est en grande partie grâce à lui que le géant français s'est autant investi sur la scène compétitive internationale.

© Ubisoft

De son côté, Jérémy Somville est manager senior du département esport chez Ubisoft. Ancien dirigeant de la structure "mythiX" sur Rainbow Six Vegas (1 et 2), il aura notamment révélé des joueurs d'exception comme Corentin "Gotaga" Houssein.

Arrivé chez Ubisoft il y a six ans, il s'est d'abord intégré à l'équipe en charge du développement de la marque en France, notamment Rainbow Six Siege, avant de rejoindre l'équipe de développement du jeu en tant que manager esport. Il est aujourd'hui en charge de l'Europe et de la zone Asie-Pacifique.

© Valentin Nauton

Bonjour messieurs. Tout d’abord, comment se sent-on à l’aube d’une nouvelle ère esportive majeure pour la licence Rainbow Six ?

François-Xavier Deniele : Impatients ! L’annonce de ce nouveau programme est l’aboutissement de plus d’un an et demi de travail pour toutes les équipes "Esports" d’Ubisoft. Nous sommes donc très impatients à l’idée de présenter ce nouveau programme compétitif aux joueurs et fans d’esports Rainbow Six Siege.

Vous êtes tous deux actifs au sein de la branche esportive d’Ubisoft, notamment pour Rainbow Six Siege. Depuis les débuts difficiles jusqu’à la réussite que le titre connait aujourd’hui, êtes-vous satisfaits du chemin parcouru par R6S sur la scène esportive ?

François-Xavier Deniele : Il est vrai que le jeu a parcouru un sacré chemin depuis la première compétition officielle début 2016. Nous sommes particulièrement fiers du fait que notre scène "esport" a su évoluer au même rythme que le jeu.

En année 1, les Pro Leagues concernaient deux régions (Amérique du Nord et Europe), sur Xbox One et PC, avec des finales organisées en studio.

En année 2, nous avons intégré deux nouvelles régions, l’Amérique latine et l’Asie-Pacifique, et avons commencé à accueillir des spectateurs lors de nos finales.

Enfin, au cours des années 3 et 4, nous avons intégré les Six Majors, agrandi considérablement la taille de nos événements et surtout mis en place le Pilot Program, notre système de partage de revenus avec les équipes esportives dans l’optique de construire un modèle pérenne.

Aujourd’hui, nous avons été reconnus comme un jeu Tier 1 Esports par The Esports Observer sur Q1 2020, et c’est une vraie fierté. Nous sommes convaincus que les nouveaux programmes régionaux, jumelés à notre nouveau studio de broadcast, marqueront l’entrée de l’esport Rainbow Six dans une nouvelle ère, et ce n’est que le début. Nous allons continuer à enrichir notre programme et à le faire grandir.

© Ubisoft

Vous êtes très à l’écoute de votre communauté de joueurs, quelle influence leurs retours et leurs souhaits ont-ils sur le développement ou les mises à jour d’un tel jeu ?

Jérémy Somville : Le développement du jeu et son écosystème esportif sont intimement liés car ils s’influencent mutuellement, c’est pourquoi nos départements "esport" et l’équipe de développement du jeu travaillent en étroite collaboration.

Dès que l’on intègre un nouvel élément dans le jeu ou que l’on effectue un changement dans l’équilibrage, cela affecte la manière dont les joueurs compétitifs vont appréhender le gameplay et les maps. À l’inverse, les joueurs pro et leur approche du jeu peuvent aussi influencer et inspirer les développeurs, qui sont d’ailleurs en écoute constante des retours et avis des joueurs, pros ou amateurs. Nous organisons très régulièrement des sessions de tests sur du contenu en développement afin de recueillir les retours des joueurs.

Rainbow Six Siege a été classé par nos confrères de « The Esports Observer » parmi les quatre jeux vidéo ayant le plus d’impact sur la scène esportive en ce début d’année (ndlr : au même titre que League of Legends, CS:GO et Dota2). Est-ce enfin la consécration tant attendue pour vous et vos équipes ?

François-Xavier Deniele : Comme je le disais précédemment, c’est l’aboutissement du travail effectué au cours de ces quatre dernières années. Pour autant, nous ne voulons pas nous reposer sur nos acquis. L’industrie du jeu vidéo, et l’esport encore plus, sont des environnements qui changent très vite.

Nous sommes déterminés à montrer que nous ne sommes pas arrivés là par hasard et allons continuer à améliorer notre écosystème esportif pour que nos joueurs et fans soient toujours aussi fiers de faire partie de cette communauté.

© The Esports Observer

Attardons-nous maintenant sur le futur esportif de Rainbow Six Siege. On le sait depuis le Six Invitational, la scène esportive du jeu va désormais être régionalisée et les quatre zones créées (Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe et Asie-Pacifique) vont être autonomes dans le choix de leurs partenaires, le format des compétitions ainsi que la manière dont elles alimenteront la scène internationale.

Qu’est-ce qui vous a poussé à effectuer une telle restructuration ?

François-Xavier Deniele : Depuis que nous avons mis en place notre scène esportive, nous avons toujours fait en sorte d’être présents sur les scènes locales. Pour nous, elles sont essentielles à notre écosystème et la régionalisation de notre programme nous permet justement de nous adapter davantage aux spécificités de chaque région.

En Europe, par exemple, pour faire écho au grand nombre de pays de la région ainsi qu’à leur diversité culturelle (et de langage) nous avons poussé encore plus loin l’emphase sur les championnats nationaux. Aujourd’hui, remporter un championnat national en Europe permet une qualification directe à l’European Challenger League.

© Ubisoft

Une saison durera environ un an et enverra les meilleures équipes de chaque zone dans un tournoi « Major ». Chaque étape distribuera des points afin d’établir un classement général global qualifiant alors les seize meilleures équipes pour le Six Invitational.

N’avez-vous pas peur que la versatilité, volontaire ou non, du monde esportif (et notamment de certaines structures) fausse un peu ce système ?

Jérémy Somville : Notre scène "esport" est aujourd’hui mature. Ces dernières saisons, nous avons vu très peu de structures quitter l’écosystème en pleine saison.

Mettre en place des saisons d’un an est aussi pour nous une façon de stabiliser encore plus cet écosystème, d’autant que dans le même temps, nous mettons en place notre programme Phase 3, l’évolution directe de nos précédents Pilot Programs. Jusqu’à 44 équipes parmi les ligues régionales majeures en bénéficieront. Ce programme correspond à notre vision d’un esport durable et pérenne pour tous ses acteurs.

Ce format de ligue à long terme, n’est-ce pas un premier pas vers un système de franchises ?

François-Xavier Deniele : Si nous mettons en place des ligues plus longues, notre écosystème est ouvert et il suffit de s’y qualifier pour pouvoir y participer. Nous regardons évidemment toujours avec attention les différents modèles qui existent et l’évolution de l’industrie et de notre jeu, mais il n’est pas prévu de franchiser l’esport Rainbow Six à ce jour.

Une fois qu’une équipe arrive au plus haut niveau et intègre l’European League, elle doit performer et prouver qu’elle mérite d’y rester, puisque le système de relégation fait partie intégrante du programme. À la fin de chaque saison, la dernière équipe de l’European League sera automatiquement reléguée alors que l’équipe qui terminera 9ème devra participer à un barrage de promotion/relégation face aux deux meilleures équipes de la Challenger League.

© Ubisoft

Grâce aux différentes couches de compétition que ce nouveau système comporte, vous faites la part belle tant aux structures professionnelles qu’aux plus petites équipes évoluant dans des championnats nationaux.

Quelle a été votre réflexion concernant ce système de compétitions pyramidales et l’intégration presque au premier plan des championnats nationaux ?

Jérémy Somville : Nous avons toujours donné beaucoup d’importance aux tournois locaux, cela fait partie de notre ADN. Ces dernières années, ils se sont considérablement développés, notamment en Europe, et ont permis de révéler des joueurs de talent.

Aujourd’hui, nous avons atteint un tel niveau de qualité et de talent sur tous ces championnats nationaux que nous avons décidé de les intégrer au circuit mondial en octroyant aux champions nationaux un accès direct à l’European Challenger League.

Sur les 4 dernières années, nous avons vu à de nombreuses reprises des petites équipes créer l’exploit contre des favoris. C’est la force de notre écosystème ouvert.

Passer par les championnats nationaux puis l’European Challenger League aidera les équipes à se professionnaliser car pour espérer intégrer l’European League, elles devront se montrer capables de performer sur la durée, pendant plusieurs mois, en remportant leurs championnats nationaux, puis la Challenger League.

© Ubisoft

Par contre, si une petite équipe se révèle, nous voulons lui permettre d’accéder au circuit. C’est pourquoi nous organiserons un tournoi ouvert pour accéder à la Challenger League. Idem pour le Six Invitational. C’est pour cela que nous organiserons dans chaque région, en janvier, un tournoi ouvert à tous qui sera qualificatif pour le Six Invitational.

Doit-on s’attendre à de nouveaux changements en cours de route d’ici la fin de l’année ?

Jérémy Somville : Le bien-être et la santé de nos équipes, joueurs, communautés et partenaires est notre priorité, c’est pourquoi nous surveillons l’évolution du COVID-19 et pourrions être amenés à adapter nos plans à l’évolution de la situation. Nous sommes confiants sur le fait que ce format et ce programme pourront durer plusieurs années et permettront à notre scène européenne d’être encore plus stable et compétitive sur la durée.

Cela étant dit, il est également important pour nous de rester agiles et à l’écoute de la communauté pour faire évoluer et améliorer le programme si nécessaire.