Cette question se pose depuis de nombreuses années dans le monde du football. Les ressources de certains investisseurs semblant de plus en plus illimitées, quoi qu'en coûte la provenance, une compétition du "toujours plus" s'est installée petit à petit entre les clubs, joueurs et dirigeants.

Là où, auparavant, l'amour d'un blason poussait certains joueurs et présidents à effectuer la grande majorité de leur carrière dans une seule institution, il semble aujourd'hui qu'une partie de plus en plus large de ces derniers aille où l'argent la pousse. Il suffit de voir l'exil massif de joueurs et de coachs vers des championnats beaucoup moins huppés tels que la Chine ou le Qatar pour se rendre compte que la seule et unique raison de s'y rendre est financière.

Le problème est tellement récurrent dans certains championnats que les hautes instances sont obligées de tenter d'y remédier, notamment en imposant un "fair-play financier" aux plus nantis.

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Malheureusement, ce problème épineux commence tout doucement à s'installer dans le sport électronique, et ce, à tous les niveaux.

Commençons par les organisateurs de tournois et autres festivités liées à l'esport. Les joueurs se déplaçant de moins en moins pour l'unique plaisir de se retrouver autour de leur passion commune, les organes en charge de ces événements se doivent de proposer des cashprizes de plus en plus conséquents !

En Belgique, par exemple, la société LouvardGame proposait en 2016 un cashprize de 1.000€ pour sa saison Counter-Strike. En 2020, quatre ans plus tard, ce ne sont pas moins de 45.000€ qui ont récompensé les meilleures équipes du circuit CS:GO de l'organisation ! Afin d'arriver à une telle évolution et ainsi répondre aux attentes de plus en plus exigeantes des joueurs, la société a dû s'entourer de partenaires solides prêts à investir dans l'esport.

Cette hausse des cashprizes est principalement due à deux facteurs : la concurrence de plus en plus féroce entre les organisateurs de tournois (notamment avec le côté en ligne) et les exigences de plus en plus utopiques de certains joueurs et structures.

Ce problème fait d'ailleurs effet boule de neige puisque cette course à l'argent est également observée du côté des structures esportives. Une frange de la communauté, se calquant à tort sur la scène compétitive professionnelle, réclame de plus en plus aux structures dans lesquelles elle évolue. Il n'est en effet pas rare, aujourd'hui, de voir des joueurs amateurs réclamer un salaire à leur équipe tout aussi amateur !

Certains poussent même le vice jusqu'à s'entourer de managers et d'agents censés s'occuper de leur carrière (très souvent fantasmée). Cela amène évidemment une certaine dérive, notamment chez les plus jeunes, qui s'inventent alors une vie professionnelle de joueur/influenceur et sont prêts à tout pour avoir toujours plus d'abonnés sur leurs réseaux sociaux.

Cette problématique est également encouragée par des titres comme Fortnite qui offre la possibilité au plus grand nombre de toucher des gains de quelques centaines (voire milliers pour les meilleurs et les plus constants) d'euros chaque mois.

Cette exigence sans cesse à la hausse pousse donc les équipes à devoir également gonfler leur budget, en trouvant de nouveaux partenaires. Ce qui sature, à plus bas niveau, le marché de la demande et pousse parfois les structures aux mêmes excès que leurs joueurs.

Cela creuse également le fossé entre les organisations les plus aisées et celles qui ont moins de chance. Plus vous avez de budget, plus vous pouvez vous permettre de faire de choses, plus vous gagnez en visibilité et plus vous êtes donc intéressants pour les investisseurs ! C'est une boucle sans fin.

Cette recherche permanente de nouveaux sponsors et de nouvelles sources d'approvisionnement financier pousse joueurs, structures et organisateurs, à parfois franchir la ligne rouge. Certaines entités n'hésitent pas, par exemple, à gonfler leurs chiffres d'audience afin de présenter un dossier attractif aux investisseurs potentiels.

Les sociétés ciblées, bien souvent étrangères à l'esport et désireuses de s'y intégrer, n'y voient alors que du feu et investissent dans des projets sur base de fausses informations ou aux côtés de personnes peu qualifiées pour assumer le retour sur investissement contracté. Dans le pire des cas, ces sociétés, flouées, se retirent de la scène esportive peu de temps après y être entrées. Ce qui est évidemment très négatif pour l'ensemble de l'écosystème esportif.

Enfin, afin de terminer sur une note positive, l'argent peut également amener à de belles histoires. C'est notamment lui qui permet à certains de réaliser leur rêve et de faire de leur passion un métier ! Même si, pour reprendre l'analogie avec le football, il y aura toujours plus d'appelés que d'élus. C'est lui également qui sert à créer de formidables projets esportifs, tant éducatifs que compétitifs !

Géré de manière honnête et censée, l'argent fera évoluer la scène esportive au niveau local et amateur. Il suffit juste de ne pas tomber dans le cercle vicieux de ses excès...