Devenu très vite incontournable sur la scène esportive mondiale, le broadcast (ou cast dans le langage courant) commence à se faire une place de choix dans les compétitions belges. Parfois méconnu du grand public, nous allons tout vous expliquer grâce à notre partenaire LouvardGame.

Afin d'avoir une vision la plus complète possible de ce qu'est le broadcast, nous sommes partis à la rencontre de plusieurs acteurs majeurs du milieu. Nous allons aborder ensemble les principes généraux du broadcast en compagnie d'Amaury Colaux, créateur du Spawn Studio et responsable du broadcast pour la LouvardGame.

Nous verrons ensuite ce que cela implique pour un événement tel qu'une LouvardGame, tant au niveau des enjeux que de la logistique exigée. Pour terminer, nous en apprendrons un peu plus sur le métier de caster grâce à Ahmad "Hiipo" Kassem et Nathan "KitchAAAA" Reniers, tous deux commentateurs pour le Spawn Studio.

Qu'est-ce que le broadcast ?

C'est la retransmission commentée de compétitions de jeux vidéo. Cela s'apparente énormément à ce qui se fait depuis des années au niveau du football par exemple. Le terme employé est d'ailleurs le même dans les deux milieux et on l'abrège très souvent en "cast".

Les casters, ou commentateurs, font vivre leur passion et l'intensité d'une rencontre au travers de leurs commentaires. Cela dans le but que les spectateurs puissent s'imprégner complètement du jeu et des enjeux de la partie.

Mais plus que de simples commentaires en direct, le sport électronique nécessite très souvent de devoir étoffer cela avec des analyses, entre deux parties ou directement pendant un match.

Il y a deux grandes familles de commentateurs. Ceux destinés aux spectateurs présents sur place, bien souvent installés dans la même salle que les compétiteurs, et qui ont besoin de commentaires pour comprendre ou vivre plus intensément la partie. Dans ce cas-là, le commentateur est chargé d'une mission supplémentaire et se mue alors en chauffeur de salle et animateur afin de ne pas faire retomber l'ambiance.

Alors que les commentateurs s'occupant de la retransmission au travers d'un média (télévision, internet, radio, …) doivent modifier légèrement leur manière de commenter afin d'apporter des analyses sur ce qu'il se passe réellement. Le spectateur à distance ne voyant que ce que la production lui permet de voir, certaines informations peuvent ainsi tout de même être communiquées à ces derniers. Il va de soi que ces casters doivent également vivre intensément la partie sous peine de voir partir les spectateurs partir vers d'autres cieux.

C'est pour ces raisons que dans les grosses compétitions, on retrouve un ou plusieurs commentateurs destinés aux spectateurs sur place, et un ou plusieurs autres casters pour la rediffusion en direct via les médias adaptés. La particularité en Belgique est qu'il est essentiel de se munir de francophones et de néerlandophones pour la retransmission par média, et très souvent d'un anglophone pour les commentaires sur place.

Du broadcast oui, mais à quel prix ?

Il faut, bien entendu, faire la différence entre du cast professionnel et du cast amateur. En effet, il est tout à fait possible de commenter des matchs en direct à partir de sa chambre avec un micro, une webcam et une bonne connexion internet. Nous sommes donc là en présence d'un budget très abordable pour qui voudrait se lancer dans le grand bain.

© Spawn Studio

Pour Amaury Colaux et le Spawn Studio, c'est plutôt l'axe professionnel qui a été choisi. Un studio mobile a été construit pour l'occasion et des locaux spéciaux ont été complètement transformés afin d'accueillir les casters dans les meilleures conditions possibles : éclairage, insonorisation, décor, matériel audio, matériel vidéo, régie, connexion internet via fibre optique, …

Un investissement de plus de 50.000€ a été consenti pour la mise en place du Spawn Studio. Ce qui n'est évidemment pas à la portée de tout le monde mais qui est le prix à payer pour intégrer les hautes sphères de la retransmission d'événements.

Il faut également tenir compte de toutes les personnes qui travaillent dans l'ombre afin de produire le contenu final. Le réalisateur à la régie, les personnes qui montent et démontent le studio mobile, les casters, les journalistes, … Tout ce microcosme est essentiel pour fournir un broadcast de qualité.

Ne confondez pas le broadcast de compétition avec le streaming récréatif !

Le streamer récréatif va, en général, se filmer en train de jouer ainsi que le jeu en lui-même. Il va alors joindre les deux prises de vues sur un seul écran et le proposer à ses spectateurs. Cela lui permet ainsi de montrer tant des vidéos de gameplay sur un jeu qu'il affectionne ou qui vient de sortir que ses réactions face à ce qu'il est occupé à faire. Cela permet également au streamer de pouvoir changer de thématique quand il le souhaite, et diffuser plusieurs jeux sur une même soirée. Nous sommes donc moins dans l'aspect compétitif, ou tout du moins pas automatiquement.

Lors d'un cast, c'est de la compétition à l'état pur ! On assiste à un spectacle, on ressent de l'adrénaline, il y a un réel enjeu compétitif derrière.

La différence entre les deux pourrait se résumer ainsi : on vient voir un cast pour l'événement en lui-même, vivre une aventure, connaitre le vainqueur ou simplement supporter son équipe favorite. À l'inverse, on se dirige plus vers un streamer pour sa personnalité, sa manière d'animer, l'amusement qu'il procure. Ce sont deux concepts totalement différents !

Une audience belge en pleine croissance

Selon le fondateur du Spawn Studio, il faut bien entendu comparer ce qui est comparable. L'affluence en termes de spectateurs sur les casts belges est très loin des compétitions internationales réunissant des millions de personnes autour d'un événement.

Néanmoins, la croissance du public belge est bien présente. Malgré l'absence de superstars dans nos compétitions majeures, qui boosteraient évidemment l'audience comme chez nos voisins européens, on peut se rendre compte de l'attrait du public belge lors des grands événements comme l'ESL Proximus Championship où près de 4.000 personnes ont suivi la finale CS:GO de la première saison. C'est d'autant plus vrai dans le nord du pays, où les spectateurs sont en général beaucoup plus nombreux.

Ce n'est que le commencement…

L'objectif du Spawn Studio est de se professionnaliser encore plus en se rapprochant de sociétés européennes renommées dans le milieu audiovisuel. Cela permettra de jouir de conseils de professionnels reconnus mais évitera dans le même temps des investissements encore plus colossaux pour renouveler le matériel, la régie, …

C'est un projet de longue haleine qu'Amaury Colaux peaufine depuis plus d'un an. Le but étant de rattraper nos voisins français en termes de qualité et de professionnalisation des retransmissions commentées.

© Spawn Studio

Il nous livre d'ailleurs en exclusivité le nom de l'entreprise avec laquelle le Spawn Studio va s'affilier. Il s'agit du groupe Euro Media, actif sur la Coupe du monde de football, l'Europa League, le Tour de France et globalement tous les événements sportifs majeurs de la planète. C'est donc un pas de géant que le studio carolo s'apprête à faire !

Un tournoi sans broadcast, est-ce encore envisageable aujourd'hui?

Philippe Bouillon, fondateur de la LouvardGame, nous rappelle la base sur laquelle il s'appuie dans ces événements. Pour qu'un tournoi soit réussi, il faut réunir trois axes principaux : les joueurs amateurs, les joueurs semi-professionnels ou professionnels et le broadcast.

Sans ces trois fondements, il est très difficile dans le sport électronique moderne d'évoluer correctement. C'est la base essentielle au bon développement d'un jeu ou d'une compétition esportive.

Le broadcast fait donc, de ce fait, partie de la pierre angulaire de tout bon tournoi. Les joueurs ainsi que les passionnés ont longtemps réclamé des retransmissions commentées des parties lors des LouvardGame. C'est ainsi qu'est né le partenariat entre le Spawn Studio et la LouvardGame, qui donnera naissance finalement au groupe Imperium.

Au fil des années, la présence de joueurs de renommée sont passés à la LouvardGame : Kevin "Ex6TenZ" Droolans, Adil "ScreaM" Benrlitom, Mathieu "ZywOo" Herbaut, … Après les joueurs amateurs, ceux-ci allaient former la deuxième branche de la base et rendre le broadcast incontournable aux différentes éditions de la compétition.

Philippe Bouillon nous affirme que la LouvardGame a atteint une autre dimension depuis l'intégration systématique du Spawn Studio, l'événement gagnant alors encore en crédibilité aux yeux de la communauté mais également des investisseurs.

Les événements s'adaptent à l'intégration du broadcast

La place que le cast a pris sur la scène esportive, et par conséquent dans les événements qui la font vivre, a demandé pas mal d'adaptations de la part des organisateurs.

© Spawn Studio

La première est bien entendu logistique. La retransmission en haute définition nécessite une connectique et une ligne internet à très haut débit et sans fluctuation de celui-ci. Cela entraine évidemment un coût supplémentaire, surtout si l'on veut doubler cette ligne afin d'assurer ses arrières…

La deuxième contrainte vient du fait qu'il faut aménager un espace dédié, ce qui nécessite une ou plusieurs pièces réservées uniquement au cast. Ce n'est pas toujours facile de libérer un tel espace, parfois au détriment d'équipes supplémentaires qui auraient pu s'installer là. Heureusement, dans le cas de la LouvardGame, les Business Seats du Stade du Pays de Charleroi fournissent l'aménagement nécessaire afin de mettre les casters dans les meilleures conditions possibles.

Les administrateurs de tournois doivent également s'habituer aux exigences inhérentes au broadcast. Là où ils pouvaient enchainer les matchs auparavant, il leur faut aujourd'hui intégrer les interviews et analyses en plateau dans leur planning afin que les joueurs soient prêts au bon moment. Il y a donc une coordination qui doit se faire entre tous ces acteurs.

Des joueurs sensibles à la présence du broadcast

Tous ces efforts sont bien évidemment une réelle plus-value pour un tournoi tel que la LouvardGame. Cela rajoute un cachet particulier à l'événement, les joueurs étant impressionnés par la présence d'un studio professionnel sur place.

Ils sont aussi très friands d'une médiatisation accrue, que ce soit via les photos ou les interviews d'après-matchs. Cela compte dans une carrière et cela permet aussi de mettre en avant les couleurs du maillot de la structure, ce qui est positif pour tout le monde.

Le fait de retransmettre les parties d'un événement LAN est très apprécié des joueurs et de la communauté. Les passionnés peuvent désormais suivre la compétition, où qu'ils se trouvent sur la planète !

Qui dit retransmission, dit commentateur !

Intéressons-nous maintenant au métier à proprement parlé de commentateur (ou caster). Afin de nous aider, nous sommes partis à la rencontre des deux casters du Spawn Studio spécialisés sur Counter-Strike : Global Offensive. Ahmad "HiipO" Kassem et Nathan "KitchAAAA" Reniers nous ont ainsi livré la définition de leur passion commune.

© Spawn Studio

Pour eux, un caster esportif est très proche d'un commentateur sportif, peu importe la discipline. La petite différence venant peut-être du fait qu'aujourd'hui, il y a encore beaucoup de tournois esportifs qui sont commentés à distance, chacun chez soi récupérant le signal des parties et retransmettant tout cela sur internet.

Globalement, le caster va rajouter sa voix sur du contenu esportif et faire vivre au mieux la rencontre. Il va également tenter de faire passer des émotions aux spectateurs et rendre la partie la plus excitante possible.

Mais le caster (ou son binôme) va également amener des analyses sur ce qu'il se passe, soit directement, soit après coups. Le but étant de rendre le spectacle compréhensible du plus grand nombre tout en amenant une expertise supplémentaire.

Le caster a donc également un rôle pédagogique à tenir, surtout dans un milieu émergeant tel que le sport électronique. Il a un devoir de présentation et d'explication sur les tenants et aboutissants de ce qu'il commente.

C'était notamment le cas lors de l'ESL Proximus Championship. Le tournoi, retransmis à la télévision sur une chaîne du groupe, était susceptible d'être regardé par n'importe qui. Il était donc primordial de s'ouvrir au grand public en employant des termes compréhensibles et en expliquant un maximum de choses vues à l'écran. C'est aussi le rôle du caster.

C'est pour toutes ces raisons que des duos de casters sont souvent privilégiés lors des grandes compétitions. L'un s'occupant plus du divertissement et des actions, l'autre prenant plus le rôle d'analyste en expliquant plus calmement, après coups, les moments clés de la phase commentée.

Un binôme de commentateurs permet plus de choses et est en général beaucoup plus efficace et apprécié de la communauté. Cela amène aussi quelques fois des débats ou des réflexions cocasses, qui ajoutent du contenu intéressant à la retransmission.

C'est un métier !

Encore trop sous-estimée et peu médiatisée, la fonction de commentateur esportif est un métier à part entière. Cela ne s'improvise pas, il faut connaitre la discipline commentée sur le bout des doigts, parfois mieux que les joueurs eux-mêmes afin de pouvoir parer à toute éventualité, à tout style de jeu.

© Benjamin Meulemans

Cela demande de nombreuses heures de préparation et énormément de pratique. La plupart des casters sont d'ailleurs d'anciens joueurs. Ils possèdent donc une base solide de connaissances sur le jeu qu'ils commentent et peuvent même parfois se servir d'anecdotes personnelles afin d'agrémenter les commentaires.

Le commentateur se doit donc d'être passionné par ce qu'il fait et le jeu dont il s'occupe, afin de pouvoir partager cela avec son audience. Auquel cas cette dernière risque de très vite se désintéresser et changer de chaîne.