Eva Bonnet, la petite sirène estinnoise, confirme sa progression stupéfiante.

Tout va très vite en ce moment pour Eva Bonnet. Débarquée seule à Narbonne le 30 août dernier pour rejoindre le team de Philippe Lucas, la jeune nageuse de 16 ans démontre qu’elle possède des qualités mentales et sportives exceptionnelles. Au début du mois de mars, elle avait déjà marqué les esprits en s’emparant du record national sur le 1.500 libre, détrônant la légendaire Isabelle Arnould, détentrice de la référence depuis... 1993.

La semaine dernière, lors des championnats de France qui ont eu lieu à Montpellier, elle a fait mieux encore. Beaucoup mieux même, puisqu’elle a non seulement explosé de 13 secondes son chrono sur 1.500 mais également obtenu son billet pour l’Euro seniors de Londres sur la distance, mais aussi sur le 800. "Je suis vraiment satisfaite. Je peux même dire que les résultats dépassent mes espérances..." indiquait-elle ce lundi.

Quand on sait qu’en arrivant à Narbonne, Eva proposait des temps de 17:42 sur le 1.500 et de 9:18 sur le 800, on mesure mieux la progression réalisée en quelques mois. "J’avoue que j’ai mis un peu de temps à m’adapter à ma nouvelle vie. Mais désormais, cela va beaucoup mieux. Je vis seule ici et je dois donc cuisiner et faire mon ménage. Mais surtout veiller à bien récupérer entre mes séances. Cela me laisse peu de temps pour découvrir la région."

Car le programme de Philippe Lucas est plutôt corsé. "Tout est bien plus intensif que ce que j’avais connu auparavant. On nage régulièrement entre 80 et 90 kilomètres par semaine, en extérieur, par tous les temps, même quand la température est de 5 degrés. Le climat est généralement agréable, mais le vent accentue la sensation de froid. Je côtoie des filles comme Aurélie Müller, Sharon Van Rouwendaal et Femke Heemskerk."

Eva a tout quitté pour vivre son rêve. "Je suis des cours par correspondance et ma famille me manque évidemment, mais je mesure aussi la chance que j’ai d’être ici, même si c’est parfois très dur." Quand les résultats suivent, la douleur s’estompe plus aisément. "Je sens que j’évolue, que je progresse. Ce que je réalise actuellement, je le dédie à ma famille, qui consent d’énormes sacrifices pour moi, et à mon entraîneur."

Avec une grosse pensée aussi pour ceux qui lui ont donné de très solides bases, comme Jacques Henrard, son coach à Mons Hainaut Natation, qui fut un réel détonateur pour elle, ou Frédéric Van Lancker, qu’elle a connu à l’Hélios Charleroi, et qui lui a appris la rigueur. Dotée d’une endurance hors du commun, Eva va goûter à de nouvelles sensations prochainement. "Je vais m’aligner sur le 10 km à Setubal (Portugal) en juin. Ce sera ma première expérience en eau libre."

Une place dans le Top 9 lors de ce rendez-vous lui assurerait une qualification pour les Jeux de Rio. Du 9 au 22 mai, elle sera donc présente à Londres, en compagnie notamment de celle qu’elle admirait petite, Fanny Lecluyse. "Avec le minima pour Rio sur le 800 en tête (NdlR : 8:33.97). J’espère aussi décrocher un titre aux CEJ en Hongrie, début juillet." Des échéances de taille donc pour cette grande fan de Laure Manaudou, qui a pris soin de noter ses objectifs personnels sur... la porte de son frigo.



Philippe Lucas : "Je la garde avec moi !"

"Son papa m’a envoyé un mail pour me demander si sa fille pouvait effectuer un test chez moi.
J’ai rapidement vu qu’elle ne nageait pas mal. (sic) Et puis, elle est née en 2000, ce qui offrait une belle marge de progression." Philippe Lucas, entraîneur et personnage hors du commun, ancien mentor de Laure Manaudou, apprécie en tout cas la mentalité de son élève. "C’est une fille très courageuse, qui bosse à fond. En fait, je n’ai pas été étonné par ses résultats à Montpellier. Elle a validé ce qu’elle réalise à l’entraînement, sans pression. Cela dit, il faut pouvoir le reproduire en compétition, et elle l’a fait. Maintenant, elle n’a jamais nagé que 8:40 hein, faut pas s’enflammer non plus !" (re-sic)

Il faut dire que ce façonneur de pépites hors-pair en a vu d’autres. "Si elle continue à travailler sérieusement, elle arrivera, malgré son relatif déficit de taille. Mais des filles qui émargent au top et qui ne sont pas très grandes, cela existe aussi !"

Lorsqu’elle est arrivée dans le sud de la France, il avait été prévu qu’une évaluation serait réalisée en fin de saison, mais Philippe Lucas a déjà pris sa décision. "Je la garde avec moi ! Elle est très agréable à entraîner et elle s’investit à fond, c’est ce que j’apprécie. Elle vit seule, elle se fait à manger, cela lui fait du bien. Elle apprend à se gérer en fait. On travaille tout ensemble : sa vitesse, son endurance. Eva s’entraîne dans un bon groupe, avec des filles costaudes. Je lui en demande beaucoup, mais elle sait aussi que je suis là quand elle a besoin de soutien."

Car, derrière les énormes exigences du coach se cache aussi un homme, qui sait mieux que quiconque trouver les mots justes pour pousser ses ouailles à se dépasser. "Il est sévère quand nous sommes dans l’eau, mais il peut aussi se montrer très attendrissant en dehors", précise Eva. "Il est à mille lieues de l’image que les médias lui donnent. Il nous prend souvent à part pour nous motiver et il effectue un gros travail mental avec ses nageurs. Parfois, il me dit que je n’ai rien dans le citron, (...) mais il m’appelle aussi sa chérie ou sa cocotte à d’autres moments. Je savais comment il était avant de venir ici."

En la lançant en eau libre, Philippe Lucas repousse encore ses limites. "Elle va tenter une nouvelle expérience. Elle n’aura rien à perdre, mais ce sera sans aucun doute compliqué. Nager en mer, ce n’est pas évident ! L’eau est très froide, notamment. Elle devra être solide."

Comme elle l’est depuis qu’elle a réorienté sa carrière en ralliant l’Espace Liberté de Narbonne.