En remportant son premier Masters et en pulvérisant le record du tournoi (-20 en quatre tours), Dustin Johnson a frappé un grand coup et s’est clairement positionné comme le nouveau patron du golf mondial. À 36 ans, le géant de Columbia (Caroline du Sud) n’a jamais semblé aussi fort, dans son swing et dans sa tête. À sa frappe de balle supersonique, il ajoute désormais un petit jeu très pointu, un grand sens tactique et une parfaite gestion de ses émotions. Bref, il mélange les atouts de deux générations : celle des jeunes frappeurs d’aujourd’hui et celle des vétérans stratèges d’hier. C’est le cocktail idéal !

Professionnel depuis 2007, D.J. a quasiment intégré immédiatement l’élite mondiale, remportant son premier tournoi sur le PGA Tour dès 2008. Mais il a longtemps traîné derrière lui une étiquette de “loser” dans les tournois du Grand Chelem. Nul n’a oublié l’épisode de l’USPGA de 2010 sur le parcours de Whistling Straits. Alors que la victoire lui semblait promise, il fut pénalisé sur le dernier trou pour avoir mal interprété une règle locale. Dur, dur ! Sa réputation d’éternel dauphin fut encore confortée par des deuxièmes places au British Open de 2011 et à l’US Open de 2015. Il fallut attendre 2 016 et l’US Open d’Oakmont pour que Dustin Johnson exorcise enfin ses démons, s’offrant son premier Major après un festival de coups gagnants.

Un vrai déclic qui servit de nouveau départ et d’acte de rédemption. En 2014, les plus folles rumeurs avaient, il est vrai, circulé dans les coulisses du PGA Tour. Officiellement en burn-out, Dustin avait pris six mois de congé sans solde pour de mystérieuses raisons personnelles. On évoqua, à l’époque, son addiction à l’alcool et à la cocaïne. On parla même d’une suspension déguisée. Il admit d’ailleurs plus tard avoir commis des excès. Lorsqu’il revint sur le circuit, il repartit en tout cas du bon pied, collectionnant les succès pour accéder au trône de n° 1 mondial début 2017. Mais, là encore, il se fit rattraper par le mauvais sort. Donné grand favori du Masters, il tomba dans l’escalier à la veille du tournoi et fut obligé de déclarer forfait. C’est dire si son titre de dimanche dégage, à ses yeux, un parfum très particulier.

Et maintenant ? S’il parvient à conserver son état de forme, le n° 1 mondial peut clairement étoffer son palmarès. Au sommet de son art, en pleine confiance, Johnson est sans doute l’un des joueurs les plus complets de l’histoire du golf. Il n’a aucun point faible. “Ce succès à Augusta est très particulier. C’est le plus beau tournoi du monde. J‘ai souvent été en tête le dimanche dans des Majors. Mais là, j’ai assuré sans me poser de questions. Je savais que je pouvais le faire et je l’ai fait !”

Hier, la presse américaine n’avait d’yeux que pour son exploit. Fût-il de tempérament discret, D.J. est une vraie star aux States. Grâce à ses exploits sur les greens, bien sûr, mais aussi pour le couple glamour qu’il forme avec la sculpturale Paulina Gretzky, fille de Wayne, légende du hockey sur glace. Sur le dix-neuvième trou, dimanche, le bisou du vainqueur à sa dulcinée était loin de respecter la distanciation sociale d’usage à Augusta National !