Pascal Kina, ex-coach des Red Panthers: "Aujourd’hui, je prends enfin du plaisir à les voir jouer"

Pascal Kina, sélectionneur des Red Panthers entre 2011 et 2015, n’avait pas un noyau élargi et fit, ce qui avait limité ses ambitions il y a sept ans.

Pascal Kina, ex-coach des Red Panthers: "Aujourd’hui, je prends enfin du plaisir à les voir jouer"
©BELGA

Les Red Panthers ne sont pas nées en un jour. Il y a vingt ans, l’équipe n’affiche pas encore de hautes ambitions. Les préparations pour les tournois se limitent à quelques matchs amicaux. Le staff est peu garni. Les joueuses ne sont pas prêtes à tout sacrifier pour leur stick. Empêtrées dans les championnats de seconde zone, elles ne progressent pas réellement jusqu’en 2008. Un tournoi a changé leur histoire. À Kazan, elles disputent leur premier tournoi pré-olympique. Personne ne les suit. À tort. Elles sont proches de prendre tous les médias belges de court. En une semaine, elles déjouent une à une les embûches au point de se retrouver à un match d’une qualification olympique. En finale, elles perdent de peu contre les USA.

De cette déception est née l’ambition. En 2009, le noyau prend alors conscience de son potentiel et surtout du chemin à parcourir pour disputer une Coupe du monde ou des Jeux olympiques. Il faut d’abord sortir des Championnats d’Europe B, ce qu’elles font en 2009 en remportant l’épreuve à Rome. Les entraînements deviennent plus intenses. La concurrence n’existe pas encore.

L’exemple Barbara Nelen

"À Rome, nous étions vraiment bien préparées grâce notamment à une série de matchs amicaux. On essayait de remonter depuis dix ans. À partir de ce moment-là, nous avions deux ans pour nous donner les moyens de nos ambitions : une qualification pour les JO de Londres 2012", se souvient Charlotte De Vos, une pionnière du hockey moderne en Belgique.

Les Red Panthers se découvrent un grand appétit. En 2011, leur stage en Afrique du Sud se passe mal. Murray Richards démissionne. Pascal Kina arrive avec ses certitudes et une vision à long terme. Son voyage démarre au printemps 2011 pour s'achever lors d'une sombre soirée d'octobre 2015. L'équipe actuelle a été construite grâce au travail remarquable de l'actuel entraîneur de la Gantoise. "J'ai dirigé cette équipe pendant cinq ans, se souvient ce personnage emblématique du hockey belge. J'ai arrêté après la non-qualification pour les Jeux olympiques de Rio. Nous avions perdu aux shoot-out les deux matchs à ne pas perdre."

Il ne garde pas un souvenir amer de cette période. Derrière la brutalité de ces 35 secondes de trop de ce match contre la Corée du Sud se cache beaucoup de travail et de plaisir. Pascal Kina a attaqué le challenge en partant de la base : le physique. "Il y a dix ans, je ne pouvais pas faire de sélection car je n'avais pas un noyau assez large. Je devais donc prendre les mêmes filles alors que toutes n'étaient pas fit. Je n'avais pas la carotte pour les stimuler. Une partie du noyau avait déjà la volonté de progresser physiquement. La moitié de l'équipe était frustrée car l'autre moitié ne trimait pas assez." Il prend en exemple Barbara Nelen, qui a toujours été en avance sur son temps. "Elle a toujours été fit, mais aujourd'hui, elle est encore trois fois plus forte qu'en 2015."

Malgré tout, il a frôlé la qualification pour les Jeux. L’histoire des Red Panthers a encore été tourmentée après son départ. L’équipe a joué aux montagnes russes avec de grandes joies, notamment avec leur médaille d’argent puis de bronze aux championnats d’Europe de 2017 et de 2021. Mais les larmes de tristesse ont coulé lors du fiasco de Changzhou en match de barrage qualificatif pour les JO de Tokyo. Elles avaient remporté 0-2 la manche aller. À cinq minutes de la fin du match retour, elles possédaient toujours un avantage de deux buts qui s’est envolé aux 56 et 57e minutes d’un véritable cauchemar. À nouveau, les shoot-out ont été fatals.

Fortes de cette histoire, les Red Panthers ont mûri. La succession de Pascal Kina a été compliquée. Ageeth Boomgaardt a joué au fantôme, ce qui a fait perdre un an à l’équipe. Niels Thijssen, qui était son adjoint, a été promu T1 en faisant ce qu’il pouvait. Il a été remercié en décembre 2020 au terme d’un parcours en dents de scie. Il a poursuivi le travail de Kina, mais il n’a jamais réussi à créer une équipe de battantes comme aujourd’hui.

Raoul Ehren, qui avait déjà dirigé les meilleures joueuses du monde, débarquait dans un contexte délicat avec une équipe divisée entre deux générations et cassées par les échecs à répétition. En 18 mois, il a créé un noyau uni, fort, offensif et solide mentalement. Avec le Néerlandais, toutes les Reds ont appris à mettre des mots sur de hautes ambitions. À l'Euro 2021, elles ont remporté au mérite la médaille de bronze, qui a plus de valeur que la médaille d'argent de 2017. Ehren entrera dans l'histoire s'il parvient à réaliser un grand résultat à une Coupe du monde ou aux Jeux olympiques. "Aujourd'hui, les Panthers ont le droit de rêver comme les Lions. Elles sont crédibles. Quand elles étaient 12e mondiales et pas fit, elles n'avaient rien à revendiquer. Maintenant, la situation est différente. Quand je les vois jouer, je prends du plaisir. Raoul Ehren a amené ses qualités et son expérience."

"Les filles se remettent plus vite en question que les gars"

Expert en coaching messieurs et dames, Pascal Kina explique les (petites) différences.

Pascal Kina en connaît un rayon sur la gestion d’un groupe d’athlètes. Il a dirigé autant des groupes de joueuses que de joueurs avec une même philosophie. Exigeant, il ne change pas ses curseurs quand il travaille avec des filles. Sa quête de l’excellence est un fil rouge tant à Gand qu’avec les Red Panthers de 2011-2015.

"Il y a 10 ans, je n'étais pas autant occupé avec le people management, commence-t-il. Ces dernières années, ce paramètre a beaucoup évolué. Que j'entraîne des hommes ou des femmes, ils ont besoin pour rester d'avoir un bon contrat et un temps de jeu suffisant. Cela demande beaucoup de discussions. Moi, je cherche à les amener dans une culture de club."

Il ne voit pas de grandes différences entre les hommes et les femmes. "Non, c'est presque pareil." Il pointe une différence de taille. "Quand tu expliques à un groupe de mecs que le match n'était pas bon, il ne se sentira pas visé. Il pensera que je parle de son voisin. Pour les femmes, elles se remettront plus vite en question."

La gestion psychologique a pris une part importante dans la performance d'une équipe de haut niveau. À l'époque, Pascal Kina avait apprécié l'apport d'Alain Goudsmet et d'Ellen Schouppe dans ce domaine. "Ces deux personnes m'ont fait grandir."

Quant à penser qu'une fille a besoin de plus de réconfort, Pascal Kina dément catégoriquement. "Les mecs, aussi, ont besoin d'écoute, de réconfort, de temps et de compliments. Les mecs ont un égo plus poussé tout en ayant besoin d'une épaule attentive. Mecs et filles, c'est pareil."

Avant un match, ses speechs sont pareils. "D'office, je prononce les mêmes discours. Rien ne change. Il ne faut pas croire qu'un mec est plus dur qu'une fille. Les deux peuvent râler, applaudir ou poser des questions. L'essentiel est ailleurs : créer une culture d'équipe. Le sexe n'est pas un paramètre."

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