Avec les Red Panthers, Raoul Ehren marche sur les pas de Shane Mcleod

En 18 mois, Raoul Ehren a transformé les Red Panthers en guerrières ambitieuses. Retour sur le parcours de ce fils de Den Bosch.

Avec les Red Panthers, Raoul Ehren marche sur les pas de Shane Mcleod
©BELGA

En octobre 2015, les Red Lions ont eu la chance de croiser la route d’un sorcier néo-zélandais, Shane McLeod. En six ans, il a gommé les derniers doutes d’un noyau pétri de talent pour le mener à la conquête de l’Europe, du monde et des Jeux olympiques. Raoul Ehren est tout doucement en train de prendre le même chemin. Avec la même trajectoire ? Seul l’avenir apportera la réponse.

Quand Raoul Ehren a débarqué dans le staff de Niels Thijssen juste avant les championnats d’Europe en 2019, il n’a reçu que peu d’attention médiatique. Son CV mentionnait pourtant une flopée de titres en Hoofdklasse. Son jardin, c’était Den Bosch.

Ses joueuses, il les considérait comme ses filles. L’histoire a été magique. Elles lui ont donné des trophées et surtout la certitude qu’il était un très grand gestionnaire. Raoul Ehren a trouvé aux Pays-Bas son ADN de jeu et son approche psychologique des groupes féminins.

Son enfance

"Samedi le foot, dimanche le hockey"

Son histoire a démarré à Den Bosch dans les années 70. Il suivait son papa qui tantôt arbitrait, tantôt se rendait disponible bénévolement pour son club. Enfant, le petit Raoul avait surtout un ballon de football au pied. Le samedi, il taquinait le cuir. Le dimanche, il accompagnait son papa avec un stick et une balle pour passer la journée au club. Après l'école, il était aperçu sur des terrains de football, de hockey ou de basket-ball. "Le sport a toujours fait partie de ma vie", assure celui qui pratique aussi le running.

Il étudiait ses cours avec un stick en main en train de jongler. Durant ses pauses, il prenait cinq minutes pour mettre quelques paniers ou buts. "Je faisais du sport dès que j'en avais l'occasion. J'étais un fanatique."

À 10 ans, il a pris le chemin du hockey. Petit de taille, il était le plus rapide et le plus polyvalent sur le terrain. "Je débordais sur les flancs assez facilement pour marquer des goals. Je ne supportais pas la défaite. Je devais gagner, gagner et encore gagner."

Son début de carrière

"Moins rapide, plus intelligent"

Durant l'adolescence, il a grandi très vite au point de devenir le plus grand de l'équipe. "J'ai perdu une partie de ma vitesse. Je devenais même l'un des plus lents", se souvient celui qui a rejoint l'équipe A de Den Bosch comme défenseur. Sa vision du jeu était déjà légendaire. "Comme les autres étaient plus rapides, je devais être plus intelligent. J'en ai profité pour développer mon profil de coach."

Il n'a jamais rejoint l'équipe nationale des Pays-Bas. "Je n'étais pas assez fort, mais je lisais pas mal les tactiques."

En parallèle, il a commencé à travailler dans le monde de l’économie durant quelques années, mais l’appel du stick était trop fort. Dès qu’une porte s’est ouverte, il s’y est engouffré. Il a démarré par une pige comme T1 des messieurs de MOP. Il a surtout rejoint le staff des dames à Den Bosch en 2003 avant d’être T1 dès 2008. Celui qui avait joué notamment avec Marc Lammers et Jeroen Delmee en Hoofdklasse a surtout brillé avec les neuf titres nationaux chez les dames et les sept en Europa Cups.

Son arrivée en Belgique

"C’est Niels Thijssen qui m’a fait venir"

En 12 ans, il avait fait le tour de la question à Den Bosch. Fort de son expérience, il se sentait prêt pour relever un challenge international. "J'ai reçu une chance inouïe de la fédération belge."

Quand il est arrivé sur la pointe des pieds en 2019, il a d'abord travaillé dans l'ombre de Niels Thijssen. "C'est Niels qui m'a fait venir en Belgique, confie l'entraîneur actuel des Red Panthers. J'ai pu assister à quelques entraînements en Belgique."

L'aventure venait de démarrer. La débâcle de l'Euro 2019 mettait Niels Thijssen sur un siège très éjectable. Mais Raoul Ehren était encore coach à Den Bosch. "Je n'avais pas le temps d'être plus qu'un T3 car je travaillais toujours à Den Bosch."

Sa philosophie

"La structure, c’est la base de tout"

Témoin privilégié aux entraînements, il observait beaucoup. Il commençait à créer une complicité avec les Red Panthers. "Au début, j'ai tout de suite vu un groupe qui avait un bon équilibre entre l'expérience et la jeunesse. Niels a rajeuni cette équipe."

Mais, selon l'actuel T1, les jeunes se cachaient derrière les cadres durant les matchs. "Quand le match était compliqué, je voyais que les jeunes faisaient un pas en arrière. Il fallait montrer que les jeunes étaient capables d'assumer leurs responsabilités. Dans le projet, tout le monde est important."

Depuis une dizaine d'années, les Red Panthers travaillent de plus en plus pour se bâtir un corps d'athlète de haut niveau. "Si tu n'es pas fit, tu n'as aucune chance d'être Red Panther. Les entraînements sont intenses. Physiquement, elles sont fortes."

Il regrettait d'entendre que le noyau se cachait derrière des excuses pour justifier une défaite ou une contre-performance. Il était prêt à leur apporter une mentalité à la néerlandaise. "Elles n'étaient pas assez fit. Elles n'étaient pas assez bonnes techniquement. Elles devaient être plus intelligentes sur le terrain. Il leur manquait une leader."

En décembre 2020, il a pris ses responsabilités en acceptant le rôle d’entraîneur principal. Cette fois, il avait les mains libres pour mener un plan très ambitieux. La phase d’observation avait été précieuse car il a gagné le respect de toutes les Red Panthers.

Pendant que les meilleures nations du monde préparaient avec excitation les Jeux olympiques de Tokyo, lui trimait dans l'ombre. Sans média. Avec ses certitudes. "Être entraîneur, c'est composer avec des caractères différents pour atteindre un objectif commun."

Au fil des jours, ce fin stratège doublé de hautes facultés en psychologie disposait ses protégées sur l'échiquier. "La base, c'est de mettre la bonne personne à la bonne place en fonction des objectifs, explique Raoul Ehren. Nous avons posé une structure avec un système clair des moments où nous avons la balle ou non."

Il est parti des qualités de chacune en insistant sur la nécessité de mettre une pression agressive à chaque instant. Le Néerlandais venu de Den Bosch a réussi un coup de maître. En 18 mois, son système fait des merveilles à tous les étages du terrain. Jamais, dans l'histoire du hockey belge, les Red Panthers n'avaient récupéré autant de balles. "Cette récupération est capitale pour multiplier les occasions de but. Je leur demande d'être rapides et créatives. Avant, elles donnaient trop d'occasions de but à l'adversaire."

Son petit plus : la psychologie

"Je parle beaucoup de leur vie avec elles"

Le passé a longtemps été un poids trop lourd à porter chez les Panthers. Brasschaat et Changhzou ont ouvert des plaies douloureuses. Entre les anciennes qui ont souffert durant les années 2010 et les jeunes qui apportent leur fraîcheur, 'Mijnheer' Ehren a multiplié les heures de… papotes. Il a tissé des liens. Avec sincérité. "Je leur parle beaucoup pour savoir comment elles vont ou pour qu'elles racontent ce qui les tracasse ou réjouit. J'aime savoir ce qui se passe dans leur vie."

Un climat de sécurité règne désormais chez des Panthers qui peuvent être 100 % authentiques dans le groupe. Aucun jeu de rôle. Aucune façade. Chacune vient comme elle est. "Elles viennent avec leur puissance."

Et la certitude qu'elles ont le guide qui peut les mener très haut. Il n'a pas eu peur de leur parler du top 6 mondial alors qu'elles calaient aux portes du top 10. "Je crois qu'elles valent la sixième place. Elles peuvent s'y installer dans la durée. Nous bosserons pour les mener aux médailles."

Malgré un passé très douloureux, il refuse que les Belges se contentent de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris. "Nous nous battrons pour ramener une médaille. Nous ne devons plus avoir un complexe d'infériorité. L'équipe peut rivaliser avec les meilleures nations. Cela ne signifie pas que nous gagnerons tous nos matchs. Nous tâcherons de rendre la vie plus difficile à tous nos adversaires. Aujourd'hui, les Pays-Bas restent l'équipe à battre. Derrière, beaucoup d'équipes se valent comme l'Argentine, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne et peut-être l'Irlande." La Belgique fait partie de ce groupe.

Face à l'Afrique du Sud, les Red Panthers n'ont pas eu peur de montrer un visage ultra-offensif à l'approche du dernier quart alors qu'elles ne menaient que d'un but. "Nous avons fait beaucoup de pas en avant dans la gestion mentale. Tout a été mis en place. L'envie est grande." Les attentes aussi.

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