Il était l’un des derniers à l’avoir revue. Aucun Red Lion n’a pourtant montré plus d’émotion que Victor Wegnez (26 ans) lors de la victoire de la Belgique en finale des Jeux olympiques de Tokyo. "Je dois l’avoir regardée en novembre, je crois" , explique-t-il.


Et avez-vous été submergé par l’émotion ?

"Impossible d’oublier ce qui m’est passé par la tête. C’est l’accomplissement d’une vie. Comme gagner la Coupe du monde au foot. Par contre, j’avais oublié plein de choses du match."

Et vous souvenez-vous de la fête ?

"C’était entre nous vu le huis clos. On a juste bu des bières avec les Indiens, les Néerlandaises et les Argentines. Malheureusement, on n’a rien vu de Tokyo."

Pensez-vous mériter ce titre plus qu’un autre ?

"Non. Chacun son parcours et sa route. La mienne est différente. Le stéréotype de l’équipe nationale, c’est venir d’une famille de hockeyeurs et jouer depuis le plus jeune âge. Moi, c’est tout l’inverse. D’où l’émotion sur le podium. Je sais d’où je viens."

© GUILLAUME JC

Avez-vous profité de votre parcours pour vous épanouir sans pression ?

"Le travail bat le talent. Personne n’est programmé pour réussir, il faut bosser. J’ai eu des soucis, je n’accrochais plus avec le hockey. Je ne me sentais pas assez fort pour atteindre le haut niveau. J’ai finalement eu la chance de tomber sur de bonnes personnes qui ont cru en moi et qui ont osé me lancer."

Votre histoire peut aussi inspirer les jeunes qui galèrent à canaliser leur énergie à l’école…

"Le sport m’a clairement sauvé. J’ai raconté mon histoire à des jeunes à qui je donne des stages et ils me disent parfois : ‘moi aussi je suis super excité, j’ai plein d’énergie à l’école et je n’ai pas de bons points.’ "

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Êtes-vous capable de rester une semaine sans rien faire à la plage ?

"Je l’ai fait l’année passée car j’avais une attelle. Mon corps avait besoin d’une semaine de repos. Mais si je suis opérationnel, on fait du foot sur la plage, du tennis, etc."

Pensez-vous que, plus jeune, vous auriez eu des problèmes sans le hockey ?

"Le hockey m’a permis de changer de fréquentations mais mon changement d’école a aussi aidé."

À quel niveau ?

"J’avais pas mal de mauvaises fréquentations. J’ai quitté Molenbeek pour Auderghem avec une heure de trajet le matin et pareil après l’école. Au final, je n’avais plus le temps de traîner avec mes anciens potes car j’avais aussi mes entraînements le soir. Cela s’est fait assez naturellement."

Votre mère a bien réussi à créer une bulle autour de vous…

"Elle voyait qu’entre 12 et 14 ans, je partais en sucette. Je la remercie d’avoir tout fait pour me sortir de là."

De quel genre de conneries parle-t-on ?

"Nous étions un petit groupe et en attendions d’autres pour nous battre. Je rentrais à la maison avec des bleus. Sinon, on volait dans les magasins. Pour moi, c’était normal car j’ai grandi là-dedans. Je considère qu’il faut faire des bêtises mais sans franchir, comme je l’ai fait, une limite. J’étais aussi impoli avec maman."

Vous n’avez jamais eu de souci avec la police ?

"Je me suis déjà fait arrêter et plaquer au sol par la police mais je n’ai pas de casier."

Et certains de ces policiers vous reconnaissent maintenant ?

"Non, mais des entraîneurs ou des profs m’ont revu et dit que ce n’était pas gagné à l’époque."

Cette école de la débrouille vous aide maintenant que vous êtes adulte ?

"Cela forge le caractère. Je pars du principe que rien n’est donné et qu’il faut se battre pour obtenir ce que tu veux. L’enfance que j’ai eue me permet d’être qui je suis. Mon caractère s’est forgé grâce à ce que j’ai vécu. Et je suis content d’être qui je suis."

Au début, vous sentiez-vous différent des autres Red Lions ?

"Un jour, on a fait un team building chez un équipier quand j’étais en U21 et je me suis dit que ce n’était pas possible de vivre là-dedans. On habitait une vieille maison mitoyenne et eux avaient des villas avec des piscines. Je savais que je n’appartenais pas à ce monde mais je m’en approche doucement. J’ai déménagé à Uccle. Je m’habille autrement qu’en training (rires)."

Mais vous ne partagez pas le même genre de souvenirs…

"J’allais en vacances à la mer du Nord… Et rien d’autre. Mais je m’en fous de partir loin. Ce sont les souvenirs qui comptent. À part le jet-ski, il n’y a pas de différence entre le Mexique et la mer du Nord (rires)."

En tant que Molenbeekois, êtes-vous parfois choqué de la réputation de la commune ?

"Non. (il laisse un blanc) Après, certaines choses sont exagérées. Ce n’est pas Bagdad non plus."

Vous êtes très ouvert sur votre jeunesse, la violence dont vous avez été victime. Est-ce lié à un besoin d’en parler ?

"Non mais je pars du principe que je n’ai pas de tabou. J’en parle si on me le demande. Je n’en ai pas parlé du fait que mon père me battait avant mes 20 ans. Quand je suis arrivé en équipe nationale, ça commençait à me ronger. J’en ai parlé avec Shane McLeod, l’ancien coach, qui m’a proposé d’en parler à un psy. J’y suis allé et ça m’a fait du bien. Et petit à petit, les gens se sont intéressés et j’ai tout expliqué. Je considère que si je peux aider avec mon histoire, d’autres se diront que les choses peuvent finir par tourner dans le bon sens. Je n’en parlais à personne à l’époque. Je me disais : ‘pourquoi moi ? Je voyais les familles heureuses autour de moi et je me disais : ‘pourquoi je n’ai pas ça ?’ Désormais, j’arrive à voir le côté positif de chaque situation. Je sais aussi ce qu’il faut faire pour être un bon père. J’avais deux rêves : la médaille d’or aux JO et fonder une belle famille en étant un bon père. Et je sais que je ne ferai pas les mêmes erreurs que le mien."

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Le pote d’Arnaud Bodart

J’aurais bien aimé être footballeur."

Victor Wegnez ne le cache pas : il aurait bien troqué son stick pour des crampons. "Mais ma mère n’aimait pas l’ambiance autour des terrains et nous a poussés à faire du hockey. J’ai, à un moment, pensé, à changer de sport mais elle n’a pas voulu."

Le jour de notre rencontre, Wegnez s’est entraîné avec la vareuse du Standard. Un pari avec les autres joueurs du Racing mais surtout un plaisir d’afficher ses couleurs.

Forcerez-vous vos enfants à être supporters du Standard ?

"Non mais on ira au stade et ils le deviendront d’eux-mêmes. Ce n’est pas à Anderlecht qu’ils trouveront de l’ambiance. (rires)"

D’où vient cet amour du foot ?

"Mon oncle m’amenait voir les matchs à Sclessin. Et l’ambiance au Standard, c’est un truc à part même si niveau foot, ça ne va pas trop. À Anderlecht, ce n’est pas pareil. À l’époque, les Mauves gagnaient tout mais je ne suis pas un supporter de la victoire."

Racontez-nous le coup d’envoi que vous avez donné…

"Je l’ai déjà fait trois fois. Mais le dernier, avec la médaille olympique, était spécial. Il n’y avait que 7 000 personnes mais ils faisaient un bruit monstre. Les gens m’ont tellement bien accueilli. Je me sens bien là-bas."

Avez-vous des potes dans le vestiaire ?

"J’ai de bons contacts avec Arnaud Bodart. J’ai son maillot chez moi et il a le mien. Il m’a envoyé des messages durant les JO."

Son chien a un compte Instagram

Un an sans publication et pourtant Kiwi, le shiba inu de Victor Wegnez a toujours plus de 1 200 followers. "Ce compte, c’était une idée de mon ex-copine. Je n’ai d’ailleurs plus les codes d’accès. Mais c’est mon chien et il vit toujours avec moi. Cela avait bien décollé au début. Des potes me disaient qu’ils avaient moins de followers que Kiwi. J’ai même eu un sponsoring. Il a reçu des croquettes gratuitement (rires)."

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