Cinq Belges prendront part aux championnats d’Europe de taekwondo, en cette fin de semaine, à Manchester. Parmi eux, Jaouad Achab (29 ans/-63 kg), leader naturel de notre délégation car le plus ancien, le plus titré. Depuis ses débuts sur la scène internationale en 2014, Jaouad a décroché de nombreuses médailles, tant au Mondial qu’à l’Euro. Champion du monde en 2015, il est également triple champion d’Europe (2014, 2016, 2019) et encore médaillé de bronze l’an dernier, à Sofia. Son plus mauvais résultat à l’Euro ? Un quart de finale en 2018 ! Alors qu’à ses côtés, on retrouve Si Mohamed Ketbi (-68 kg), son jeune frère Badr Achab (-74 kg), Raheleh Asemani (-57 kg) et Sarah Chaari (-62 kg), Jaouad sera le premier Belge à monter sur le tatami, ce jeudi, dix mois après la plus cruelle désillusion de sa carrière, à Tokyo, où il fut battu d’emblée.

Jaouad, comment vous portez-vous à l’aube de votre sixième participation à l’Euro ?

"Je me sens bien. J’ai effectué une bonne préparation. Après Tokyo, j’ai pris du recul par rapport à la compétition. Mais j’ai continué à m’entraîner. Ma défaite aux Jeux fut très dure à accepter car ce résultat ne reflétait toute l’énergie, physique et mentale, que j’avais investie pour ce rendez-vous olympique. Mais c’est le sport. C’est la vie. J’ai tourné la page. Et j’ai repris sérieusement en janvier parce que j’ai encore des ambitions."

Manchester est une ville qui vous a réussi par le passé avec une médaille de bronze mondiale en 2019…

"C’est vrai ! J’aime beaucoup Manchester. Outre ma médaille, je pense y avoir réalisé mes meilleurs combats lors d’un Grand Prix. Et puis, j’y compte de nombreux amis qui viendront me soutenir. C’est important."

L’Euro vous réussit plutôt bien avec quatre médailles en cinq participations !

"Oui. Vous savez, j’ai retrouvé quelques photos de mon premier titre et je m’en souviens comme si c’était hier. À l’époque, je rêvais d’une médaille. Je pensais, je croyais que j’en étais capable. Et je suis devenu champion d’Europe. C’était de la folie ! Et puis, je me suis dit : "Pourquoi pas deux ?" Ensuite : "Pourquoi pas trois ?" Je suis fier du parcours que j’ai accompli jusqu’ici. De tout. Des bons comme des moins bons moments."

Quelles sont vos ambitions pour cet Euro ?

"Écoutez, réussir une belle journée. Ma journée ! Celle que je n’ai pas encore connue aux JO, même si je n’en étais pas loin en 2016, à Rio, où j’ai terminé au pied du podium. De Tokyo, j’ai tiré les leçons comme, par exemple, celle que je n’avais pas assez de compétitions dans les jambes en arrivant au Japon. Entre le Covid-19 et les choix, celui-là ne fut pas le bon."

Le Turc Hakan Recber, champion d’Europe et médaillé de bronze olympique, est-il l’homme à battre ?

"Sans doute… Mais attention : après chaque Olympiade, arrive une nouvelle génération. Il y a beaucoup de jeunes dont je dois me méfier. J’espère continuer sur la lancée de mes podiums à Sofia et à Lommel."

Paris 2024, vous y pensez ?

"Oh, non ! À mon âge, je verrai année par année. Ici, je me concentre sur l’Euro, puis il y aura le Mondial, reporté de l’an dernier, en fin de saison. Le plus important pour moi est de me sentir bien. 2024, c’est à la fois trop loin et très près. Imaginez : la période de qualification pour ces Jeux de Paris a déjà commencé ! Mais, franchement, je ne suis pas occupé avec ça."

Comment vous sentez-vous dans votre nouvel environnement d’entraînement ?

"Je pense avoir effectué le bon choix en optant pour la structure francophone, à la tête de laquelle il y a Leonardo Gambluch. Tout le monde est très professionnel et je suis bien entouré avec, entre autres, Si Mohamed Ketbi et mon frère Badr. Nous sommes tous très motivés à nous tirer vers le haut."

Et puis, il y a aussi le Team Achab…

"Fin 2021, j’ai organisé mon premier stage et j’ai énormément apprécié le fait de pouvoir transmettre mes connaissances et mon expérience aux plus jeunes."