Ce jeudi 23 décembre sera une journée très importante pour 66 sportifs de haut niveau appelés à signer leur contrat pour l’année 2022 avec l’Adeps. Même s’ils sont nombreux à être reconduits, cette formalité n’en est pas une pour eux car tous ont dû répondre à des critères lors de leur évaluation annuelle.

Récemment approuvée par la ministre des Sports, Valérie Glatigny, la liste des "heureux élus" comprend donc 66 sportifs émanant d’une vingtaine de disciplines. "En outre, avec 28 sportives sous contrat, nous sommes en hausse par rapport à l’an dernier (42 % pour 36 %), tout comme nous retrouvons également nos meilleurs représentants handisports  !" se réjouit la ministre.

Côté pratique, ce sont les représentants des fédérations francophones qui ont soumis les dossiers de leurs sportifs à l’équipe de l’Administration générale du sport, dont le directeur du haut niveau, Jean-Michel Garin, nous explique le processus de décision, et ce, en toute transparence…

Jean-Michel, avant d’évoquer les contrats proprement dits, parlons du statut des sportifs. Ils sont quand même près de deux mille à l’Adeps…

"En effet  ! De la base au sommet de la pyramide, nous en avons exactement 1 947 sous statut sportif, des jeunes talents au haut niveau, en passant par les espoirs. Nous suivons leur progression. Le contrat est, avant tout, une aide au sportif à s’exprimer pleinement dans sa discipline. Beaucoup sont encore aux études, souvent en étalement, et l’idée est de les soutenir financièrement dans cette étape de leur vie. Au-delà d’un revenu, un contrat garantit aussi un statut social. Il est signé par une tripartite composée du sportif, de sa fédération et de l’Adeps qui met tout en œuvre pour le suivre pendant sa carrière, mais également après avec notre cellule "Projet de vie". Il est important d’envisager cette convention comme un tout. Un chiffre à ce propos : la réussite scolaire de nos sportifs en centres de formation est de 97-98 % et il n’y en a pas, à notre connaissance, en recherche d’emploi actuellement."

De combien de contrats disposez-vous exactement  ?

"Tout d’abord, il faut savoir que ce sont des contrats classiques, de type Rosetta (-26 ans), APE (+26 ans) en Wallonie et ACS à Bruxelles, que nous pouvons attribuer à plein-temps ou à mi-temps. Nous disposons, en équivalent plein-temps, de 26 Rosetta, 20 APE et 9,5 ACS, soit un total de 55,5 exactement, étant entendu que certains sportifs peuvent également émarger au plan-programme de leur fédération."

Vu cette “enveloppe”, vous ne pouvez satisfaire tout le monde. Il y a forcément des heureux et des déçus… Comment, dès lors, s’effectue le choix  ?

"Avec mon équipe, nous recevons tous les représentants des fédérations, avec qui nous procédons à une analyse aussi objective que possible. Et nous établissons un classement. Il faut savoir qu’il y a trois priorités : 1. les sports olympiques ou paralympiques ; 2. le projet "Be Gold", du COIB, consistant en la découverte de jeunes talents susceptibles d’atteindre un top 8 aux JO ; 3. les sports non-olympiques, pour lesquels il faut un top 3 mondial. Par rapport à ces trois priorités, nous dressons alors un classement des performances."

Pour l’année 2022, vous avez attribué 66 contrats, ce qui est moins que l’an dernier. Certains noms ont disparu, comme celui du perchiste Arnaud Art…

"Pour obtenir un contrat, mais aussi pour le conserver, le sportif doit remplir des critères de performances et celles-ci sont évaluées chaque année lors de notre réunion. Il y a trois cas de figure… Si le sportif remplit ses critères, il est logiquement reconduit. Sinon, il se voit octroyer une deuxième chance, qu’il doit saisir, sous peine d’être recalé l’année suivante. C’est ce qui est arrivé à Arnaud qui, en se présentant, se doutait qu’il ne serait pas reconduit vu ses performances. Un contrat se mérite  ! Ceci dit, j’ai beaucoup apprécié la réaction de l’athlète qui a remercié l’Adeps pour ses dix années de soutien, tout en annonçant déjà son retour. Quelle mentalité  !"

En badminton, Elias Bracke et Clara Lassaux n’ont pas non plus été reconduits. Pourquoi  ?

"Ils ont obtenu un contrat alors qu’ils ne figuraient pas dans le projet "Be Gold". Ils n’ont, hélas, jamais atteint les critères pour y rentrer. Nous avons mis fin à leur contrat."

De même, les trois boxeurs Ryad Merhy, Anas Messaoudi et Francesco Patera, ne bénéficient plus d’un contrat…

"Ils sont professionnels et, surtout, n’entrent pas ou plus en ligne de compte pour une sélection olympique, notre première priorité."

Encore un mot sur le "cas" Amal Amjahid.

"Que voulez-vous que je dise  ? Amal n’a jamais signé son contrat ACS. Et elle n’est même plus affiliée à la fédération francophone…"

En revanche, dans la liste des "heureux élus", figure toujours le skieur Armand Marchant…

"Tout à fait  ! Malgré sept opérations en deux ans, nous l’avons toujours soutenu et je pense que nous pouvons en être fiers. Nous avons tenu compte des circonstances exceptionnelles et je suis sûr qu’Armand nous le rendra avec de bons résultats."

Combien gagne un sportif de haut niveau sous contrat  ?

"Le salaire est établi essentiellement en fonction du diplôme et de la situation familiale. Pour un contrat de type Rosetta, la base est de 1 600 euros pour un plein-temps et de 900 pour un mi-temps. Pour un APE, on tourne autour de 1 800 euros. Je pense que ces sommes permettent de répondre à nos objectifs."

Un dernier mot sur ceux qui ont mis fin à leur carrière sportive comme Anne-Sophie Jura ou Mourad Laachraoui. Au-delà du contrat, vous avez encore des projets avec eux, n’est-ce pas  ?

"Tout à fait  ! Et c’est important d’en parler. Notre cellule “Projet de Vie” est très active avec nos sportifs retraités. Avec Anne-So, nous organisons des conférences dont le thème actuel est le rôle des parents dans la carrière de leur(s) enfant(s). Vu son parcours et ses études, Anne-Sophie Jura est on ne peut mieux placée pour évoquer cette problématique. Et puis, certains émettent également le souhait d’intégrer le cadre fédéral comme entraîneur. Ce fut le cas de Maxime Richard qui conseille désormais Léo Montulet en kayak. C’est aussi celui de Mourad Laachraoui, dont nous sommes persuadés qu’il aidera à lever plusieurs générations en taekwondo. Dans le sport francophone, il y a beaucoup d’exemples de ce type. Voyez Roger Lespagnard. Après sa propre carrière sportive et olympique, il a guidé Ronald Desruelles aux JO, en 1984, à Los Angeles, et est encore aujourd’hui aux côtés de Nafi Thiam. C’est bien évidemment une richesse  !"

Umayev, Montulet, Drion et Detilleux : quatre nouveaux contrats !

Si on excepte Jaouad Achab et "les siens" (Badr, son frère, Indra Craen et Raheleh Asemani) en taekwondo ainsi qu’Arnaud Dely en duathlon, arrivés en cours d’année 2021, sept nouveaux contrats ont été attribués par l’Adeps pour 2022. Parmi ceux-ci, trois hockeyeurs viennent en remplacer trois autres. En accord avec la fédération, il faut, en effet, jouer dans un club francophone pour se retrouver sous contrat. C’est le cas de Tanguy Cosyns, Charlotte Englebert et Emma Puvrez.

À ces trois noms, s’en ajoutent quatre, dans des sports individuels, ceux de Malik Umayev (judo), Léo Montulet (kayak), Maximilien Drion (ski alpinisme) et Émeline Detilleux (VTT) qui, dès le 1er janvier, bénéficieront d’un mi-temps. "Nous croyons beaucoup en eux et en leur marge de progression. Malik et Émeline émanent du projet "Be Gold", du COIB. Léo est en courbe ascendante et, selon Maxime Richard, son coach, est capable de viser un top 3 au Mondial. Quant à Max, il a signé d’excellents résultats en 2021 et a la perspective des Jeux d’hiver, en 2026  !" commente encore Jean-Michel Garin.