Fred Lahaye-Goffart , l’itinéraire d’un parent gâté : “Petit, Tom montait sur les épaules des champions”

Derrière le Hutois Tom Lahaye-Goffart, il y a un père qui aurait pu aussi être olympien.

Verschueren Eric

Le film La Méthode Williams est sur les grands écrans. Will Smith y incarne Richard, père de Serena et Venus. Parti de rien, l'homme a propulsé ses filles vers les sommets du tennis mondial. En Belgique, l'exemple le plus proche est sans doute Jacques Borlée.

Frédéric-Lahaye Goffart (53 ans) est dans la même lignée. L’homme, doté d’une pile énergétique inépuisable, a piloté son fils Tom à travers les bosses et pièges du sport de haut niveau dans un domaine qui n’est pas naturel pour notre pays, à savoir le biathlon. Ce mardi, du côté de Zhangjiakou, les rêves du fils et la récompense du père vont se rejoindre lors du 20 km individuel des Jeux.

Fred, qui vit à Bessans, station de ski qu’il dirigea jusqu’il y a peu, ne sera pas sur place. Il le vivra de loin, intensément, se rappelant les souvenirs d’un temps jadis, du côté des années 1990, quand il fut le premier Belge à disputer des Coupes du monde en biathlon (5). Il se rappellera toutes les péripéties pour arriver à lancer le "biathlon" à la Fédération de ski belge…

Du ski dans les Fagnes et dans les rues de Liège

"C’est un de mes professeurs au collège Saint Servais, à Liège, qui m’amena pour la première fois vers le ski. En janvier, lorsqu’il y avait de la neige, on partait le mercredi après-midi dans les Fagnes. On allait à Mont-Spinette, chez Jean-Louis Claessen. À l’époque, il y avait de la neige dans les Fagnes. Un mètre de neige, ce n’était pas rare. Avec ce prof, j’ai même skié dans les rues de Liège. Il y avait aussi mon parrain qui était fana de montagne. C’est lui qui m’a acheté mes premiers skis de fond. J’avais 12 ou 13 ans."

Parallèlement, Fred Lahaye-Goffart pratiquait la planche à voile. Très souvent sur la Meuse, du côté de Huy, relié au début à la berge par une corde de 50 m, "parce que ce n'était pas toujours facile de manœuvrer et qu'il y avait pas mal de péniches." Là aussi, il participa à des Coupes du monde et fut sélectionnable pour les Jeux de Barcelone.

L’année 1992 fut également celle de son service militaire, comme élite sportive. C’est là qu’il découvrit le biathlon.

"En fait, j’ai passé 5 ans à l’armée comme instructeur sportif. Avec l’équipe nationale de ski de fond, j’ai participé à des Mondiaux militaires. J’ai joué une fois aux cartes avec Alberto Tomba, également militaire. C’est lors de ces rendez-vous que j’ai découvert le biathlon. J’ai de suite apprécié. Ce n’était plus simplement mettre ses tripes sur la piste. Il fallait réfléchir à son tir, arriver à faire baisser les pulsations…"

Passionné, il rentra très vite en contact avec la Fédération internationale de biathlon.

"J’avais envoyé un fax en disant que j’étais un petit Belge qui voulait percer en biathlon. Ils étaient tout contents parce qu’ils souhaitaient recruter beaucoup de pays pour être dans les bonnes grâces du CIO. Avec Michel Cerfontaine et Alain Poelmans, entre autres, on a créé cette section de biathlon. Je me rappelle que l’on avait été sur un rendez-vous mondial à Ruhpolding, en Allemagne. On n’osait pas s’asseoir à table. Puis, on s’est retrouvé aux côtés de trois des cinq meilleurs mondiaux. On est revenu de là avec une dotation de deux carabines et de plus d’un millier de cartouches…"

Frédéric s'est alors lancé à fond vers une qualification pour les Jeux de Salt Lake City (2002). Il travaillait comme délégué pharmaceutique chez Pfizer. Il skiait beaucoup l'hiver chez nous ("À l'époque, on pouvait skier 50 jours par an dans les Fagnes"). Mais ce ne fut pas assez pour toucher aux cinq anneaux.

Et Tom dans tout cela ?

"Toute la famille était impliquée : mon épouse, ma fille et Tom. Ils venaient parfois avec moi sur les compétitions à l’étranger. Petit, Tom montait sur les épaules des champions de l’époque. Et, à 5 ans, il battait des gosses du double de son âge en ski de fond. Ceci étant, je ne l’ai jamais poussé vers le haut niveau. Et quand nous sommes partis vivre dans le Queyras, ce n’était pas que pour lui. Mais quand il a voulu essayer de percer, je n’ai pas hésité à lui partager mon expérience et tous les contacts que j’avais dans ce milieu. Ce fut parfois compliqué (Arvieux-Chamonix aller-retour, deux fois par semaine, pour l’amener et le ramener en voiture d’un centre d’entraînement - soit huit heures de route), mais on a tenu…"

Tout cela pour un beau rêve blanc qui ne s’apparente désormais plus à une chimère…

Le déclencheur ? L’Allemand Michael Rösch !

Avec cinq sélectionnés sur un total de dix-neuf Belges envoyés à Pékin, le biathlon est le sport le mieux représenté du contingent noir-jaune-rouge. Étonnant quand on sait que notre pays n’avait jamais envoyé de biathlètes aux Jeux olympiques avant 2018.

L’élément déclencheur ? On peut clairement parler de l’Allemand Michael Rösch, champion olympique en relais aux Jeux de Turin, en 2006, qui demanda sa naturalisation et qui "porta" le projet du relais belge. Un Français (Florent Claude) l’a rejoint en 2017. Puis, tout s’enchaîna avec l’apport de Thierry Langer (Butgenbach), de Tom Lahaye-Goffart et de César Beauvais (né à Sallanches d’un père français et d’une mère belge). Des subsides de l’Adeps et des cantons de l’Est permirent de financer ce projet via, notamment, l’engagement, en tout cas pour cette échéance olympique, d’un entraîneur, d’une kiné et de deux techniciens, tous français.

Aujourd’hui, la Belgique est classée 20e au ranking mondial masculin de biathlon. Devant elle, aucun pays n’a un point culminant situé en dessous des 2 000 m…

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be