Roger Habsch, recordman du monde du 100 mètres: "J’ai buggé pendant dix secondes puis j’ai compris"

Roger Habsch a battu lors des derniers championnats de Belgique le record du monde sur 100 mètres.

Roger Habsch, recordman du monde du 100 mètres: "J’ai buggé pendant dix secondes puis j’ai compris"

Revenu des Jeux paralympiques de Tokyo l’an dernier avec la fierté de porter à son cou deux médailles de bronze décrochées sur le 100 et le 200 mètres de sa catégorie (chaise roulante T51), Roger Habsch avait aussi dans un coin de sa tête la déception de ne pas avoir pu lutter à armes égales contre ses adversaires à la suite d’une affaire de sabotage et de ne pas être rentré au pays avec un métal plus précieux.

Ces frustrations, l’Andrimontois est parvenu à les évacuer en redoublant d’ardeur à l’entraînement avec une récompense tombée lors des derniers championnats de Belgique à Gand sous la forme d’un record du monde (19.68) sur le 100 mètres. Une performance arrivée un peu plus tôt que prévu dans la saison et dans des circonstances spéciales.

"J’ai connu des problèmes familiaux depuis début avril donc je vis une période compliquée avec mes deux enfants. Ce qui a eu des répercussions sur mes entraînements, a procuré une fatigue supplémentaire et du stress. Donc en me rendant aux championnats de Belgique, je ne partais pas du tout avec un objectif de performance. Pour tout vous avouer, je n’avais même pas envie d’y aller. On annonçait une mauvaise météo et j’avais deux heures de route pour me rendre à Gand. Finalement comme j’étais inscrit, j’ai tenu mes engagements et j’ai bien fait puisque j’ai battu ce record du monde sur une très bonne piste avec des conditions intéressantes puisque le vent était favorable sans être trop puissant."

Et c’est peut-être grâce à cette présence sur la ligne de départ sans pression particulière que le pensionnaire du RFCL a claqué la meilleure course de sa carrière sur l’hectomètre.

"J’ai trouvé mon départ fort lent puis après 20 ou 30 mètres j’ai affiché un très bon rythme. Une fois la ligne franchie, je m’arrête au niveau du chrono et je vois 19.68 et je me mets à râler. Dans mon esprit, je viens de faire 19.86 et pas 19.68, j’ai inversé deux chiffres. Donc je suis déçu car je suis en dessous des 20 secondes mais toujours au-dessus du record du monde de 19.71. Puis je vois ma coach, Pascale Henkinbrant, courir comme une folle et sauter de joie. Elle me dit tu l’as eu, tu l’as eu. Et moi je ne comprenais toujours pas. J’ai buggé pendant dix secondes puis j’ai enfin compris que je venais de battre le record du monde. Je vous avoue que même avec quelques jours de recul, je ne réalise toujours pas. Je ne pensais vraiment pas décrocher ce chrono maintenant. Pourtant c’est un objectif que je vise depuis des mois et des mois. Avec la période difficile que je traverse, je ne m’y attendais pas. J’ai perdu du poids ces derniers temps, cela a peut-être aussi favorisé la réalisation de ce record du monde."

Ce nouveau cap qui a été franchi est une bonne nouvelle en vue des Jeux paralympiques de 2024 à Paris où le Liégeois visera une ou deux médailles d’or avant de pousser la mécanique jusqu’en 2028 et les Jeux de Los Angeles.

"En espérant que la saison prochaine, on ne me change pas de classe après de nouveaux examens lors de la première compétition internationale car cela mettrait très certainement un terme à ma carrière. Si je me retrouve dans une catégorie supérieure, ce sera injouable pour moi avec mon handicap. En T51, mes plus grands adversaires resteront notre compatriote Peter qui a été opéré récemment du coude et le Finlandais Toni Piispanen. Il y a deux ou trois nouveaux mais ils ne sont pas encore à notre niveau. Aux Jeux paralympiques de Paris, on y sera, mine de rien, assez vite."

Mis sous les feux des projecteurs lors des derniers Jeux paralympiques de Tokyo, Roger Habsch a retrouvé petit à petit une vie normale et l’anonymat mais l’expérience japonaise lui servira dans le futur dans la gestion des grandes compétitions mais aussi la gestion des médias et des événements non sportifs.

"Après Tokyo, j’ai répondu à trop de sollicitations. C’était épuisant. J’allais partout où on me demandait. Je ne joue pas ma star car je n’en suis pas une mais la prochaine fois je pense mettre des limites et ne pas dire oui à tout. Je sais que toutes les demandes partent d’un bon sentiment et que cela permet en y répondant favorablement de mettre en avant le sport paralympique mais c’était vraiment fatigant."

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