C’est déjà arrivé à tout le monde ! Quoi ? De se retourner dans la rue quand il ou elle croise une personne souffrant d’un handicap physique. Quelqu’un qui marche avec une prothèse : on regarde. Une personne qui se déplace en chaise roulante : on regarde. Un malvoyant qui utilise une loupe pour lire l’horaire des trains : on regarde. Cet intérêt ou cette curiosité, le comite paralympique belge aimerait bien qu’il se poursuive dans un peu plus de quatre mois quand nos représentants tenteront de ramener des médailles des Jeux de Tokyo (24 août au 5 septembre).

C’est avec cet objectif en tête que la campagne de sensibilisation “C’est maintenant qu’il faut regarder” a été lancée. La mission est de faire comprendre au grand public l’importance de regarder au-delà du handicap afin d’observer le talent, le courage et la persévérance qui caractérisent les sportifs souffrant d’un handicap. Des athlètes qui s’entraînent très dur pour atteindre leurs objectifs, comme les participants aux Jeux Olympiques. Pourtant, en rue, on félicite et adule les athlètes valides tandis que les paralympiens restent encore trop souvent dans l’ombre.

“Notre campagne vise à ouvrir les yeux, explique le BPC (Belgian Paralympic Committee). Nous avons réalisé une vidéo 'C’est maintenant qu’il faut regarder', qui montre comment les athlètes de Paralympic Team Belgium, comme toute autre personne en situation de handicap, sont sans cesse confrontés au regard des autres. Pas des regards chaleureux et admirateurs, mais des regards qui traduisent la gêne ou même la pitié. Notre objectif est de changer ces regards !”

Et d’apporter le soutien qu’ils méritent aux athlètes qui se rendront à Tokyo à la fin du mois d’août.


"Comme un petit sport olympique"

"On a fait des capsules vidéos pour montrer que le grand public, d’une manière générale, ne suivait pas nos prestations mais par contre il nous regardait dans la rue à cause de notre handicap, explique Klison Mapreni, joueur de goalball souffrant d’une déficience visuelle. L’idée, c’est de dire aux gens, continuez à nous regarder mais pour de meilleures raisons. Pour être honnête, je pense que les gens ne se rendent pas vraiment compte que nous sommes des athlètes de haut niveau et qu’on réalise de vraies performances sportives malgré notre handicap. Et c’est normal, les gens ont besoin de se projeter. Quand tu admires un joueur de foot, c’est parce que tu peux imaginer être à sa place, être comme lui. Tu vois aussi son parcours, ses entraînements, ce qu’il gagne. Dans la population, il n’y a que les vrais sportifs dans l’âme, ceux qui aiment l’effort, qui se rendent compte de l’aspect entraînement physique de nos pratiques sportives. Eux sont admiratifs. Cette analyse n’est pas spécifique au handisport, c’est comme pour tous les petits sports."

Médaillé de bronze aux championnats du monde en 2018 avec l’équipe belge, le Bruxellois a quand même vu une évolution ces dernières années dans les structures mises en place pour les athlètes : "Surtout au niveau de la prise en charge des sportifs. On a accès à des structures plus importantes, à des contrats. Au niveau du regard de la population, c’est plus difficile à dire. Avec les Jeux qui se profilent on va plus parler des sports paralympiques. Nous sommes comme certains sports plus confidentiels qui sont olympiques. Ils sont mis en lumière lors des Jeux. Mais je dois avouer que l’image dans les médias a évolué. On aimerait qu’on parle plus de nous mais il y a eu une évolution positive."

Le regard des autres restant un sujet sensible dans le monde du handisport : "Ce n’est pas vraiment par rapport au sport mais plus dans la vie privée. Quand tu es adolescent, par exemple, l’acceptation du handicap, c’est un sujet très sérieux. Le regard des gens, tu n’as pas envie le ressentir à cette période de ta vie. Tu ne veux pas être différent des autres."