Le décès de François, à 88 ans, endeuille la famille olympique belge et... Jean-Mi. À J-100 des Jeux de Londres, le tireur avait accueilli chez lui, à Herent, le pongiste pour évoquer ensemble leurs incroyables expériences olympiques.

Ils s’étaient rencontrés neuf mois auparavant. À l’époque, ils ne se connaissaient que de nom et de réputation… Mais une amitié était née et ce fut avec une véritable chaleur, doublée d’une certaine émotion, que François Lafortune, le tireur, et Jean-Michel Saive, le pongiste, s’étaient retrouvés à J-100 des Jeux de Londres.

Une échéance olympique qui fut la septième pour Jean-Mi, lequel a donc rejoint, dans le fameux club des sept, François Lafortune. Lafortune-Saive, ce sont 14 Jeux à deux ! Soit à la fois un tour du monde et un voyage dans le temps… Imaginez leur incroyable parcours olympique, long de vingt-quatre années au plus haut niveau.

De 1952 à 1976, François Lafortune a participé aux Jeux de :
Helsinki, Melbourne, Rome, Tokyo, Mexico, Munich et Montréal.

De 1988 à 2012, Jean-Michel Saive a participé aux Jeux de :
Séoul, Barcelone, Atlanta, Sydney, Athènes, Pékin et Londres.

Les Lafortune, père, oncle et... fils, ont marqué l’histoire des Jeux

Avec trois membres de la même famille pour un total de seize Olympiades, les Lafortune ont marqué l’histoire des Jeux et méritent bien le titre de… famille olympique. Mais attention : dans famille olympique, il y a famille. Et François Jr tenait à préciser que Hubert Lafortune, le premier à s’illustrer sur la scène olympique en décrochant la médaille d’argent avec l’équipe nationale belge de gymnastique en 1920, à Anvers, n’était pas de sa famille !

Au contraire de François Sr, son père, et Marcel, son oncle, grâce à qui on retrouve le nom des Lafortune en 1924, première Olympiade à laquelle prit part François Sr. Absents en 1928 et en 1932, François Sr et Marcel Lafortune participèrent ensemble aux Jeux de 1936 et de 1948.

Mais le plus extraordinaire est qu’ils transmirent leur immense passion pour le tir de compétition à François Jr qui s’aligna pour la première fois en 1952 avec son père, puis en 1956 avec son oncle et, enfin, en 1960 avec les deux ! François Lafortune Jr fut même directement opposé à son père en 1952, à Helsinki, et il y signa exactement le même résultat que lui, à savoir : 1.131 points au 50 m Carabine, trois positions.

En 1956, à Melbourne, François Jr réussit 1.145 points dans la même discipline tandis que son oncle, Marcel, s’alignait au 50 m Pistolet (518 points). En 1960, à Rome, François Sr donna une leçon à son fils avec 1.108 points pour 1.099, toujours au 50 m Carabine, trois positions, tandis que l’oncle Marcel s’améliorait avec 525 points au 50 m Pistolet. Son meilleur résultat, François Jr l’a finalement signé, seul, en 1968, à Mexico, où il se classa dixième au 50 m Carabine, position couchée, avec un total de 595 points.

François Lafortune avait conservé articles, photos et même cibles de l’époque. Avec une pointe de nostalgie, il les étalait sur la table de la salle à manger, dans sa villa de Herent, près de Louvain, où il profitait de sa retraitre en compagnie de Netty, son épouse. C’est que, en marge de son sport, François Lafortune avait une profession !

"J’étais médecin auprès du ministère de la Santé publique, raison pour laquelle je ne pouvais m’entraîner que le week-end. Je me suis également expatrié, notamment deux ans en Afrique du Sud, suite à une proposition que j’ai reçue lors des Jeux de Melbourne. Un voyage inoubliable ! À l’époque, nous avions mis une semaine pour arriver en Australie. Le tout en trois étapes. Nous voyagions à bord d’un DC 6b. Mais j’ai aussi gardé d’excellents souvenirs de Tokyo et de Mexico, deux villes extraordinaires. Après la compétition, nous avions l’opportunité de visiter. C’est ainsi que j’ai découvert Kyoto...", racontait-il, à l’époque.

Une dernière anecdote à propos de Fançois Lafortune : le tireur louvaniste avait pour belle-fille la judoka Heidi Rakels, médaillée de bronze, en 1992, aux Jeux de Barcelone.