Bien plus qu’il y a deux ans, quand ils s’étaient rencontrés (pour la première fois de leur carrière) en finale du National, le face-à-face entre Matthias Casse et Sami Chouchi fut d’une formidable intensité émotionnelle. Il est vrai que, ce vendredi, à Prague, il y avait une médaille européenne comme enjeu.

Là où ils auraient préféré se disputer l’or, l’objectif était en bronze. Du coup, malheur au vaincu, son parcours se terminant au pied du podium, la plus mauvaise place. Franchement, ce combat entre l’Anversois et le Bruxellois fut long, très long. Physique, aussi. Tactique, surtout.

Comme il y a deux ans, la décision est tombée en prolongation, lorsque Matthias est parvenu à déstabiliser Sami, le poussant sur le dos pour s’imposer après 9’53 ! Pénalisé à deux reprises lors des quatre minutes de temps réglementaire, le Bruxellois semblait pourtant plus frais physiquement que son adversaire, logiquement pénalisé à son tour par l’arbitre pour "passivité". Mais celui-ci ne lâcha rien.

Auparavant, alors que beaucoup le voyaient bien parti pour reconduire son titre européen, décroché en juin 2019 à Minsk, Matthias Casse s’était incliné en demi-finales, face au Géorgien Grigalashvili (20 ans/n°12), lequel lui succède au palmarès après sa victoire en finale contre le Bulgare Ivanov. Lancé dans un mouvement en force, Grigalashvili a soulevé notre compatriote pour le plaquer au sol alors que le marquoir indiquait 1’25 de combat.

Fort de cet avantage, celui qui était déjà champion d’Europe -23 ans et… médaillé d’or à Düsseldorf géra comme un vieux briscard la fin de son combat avec Matthias, lequel n’avait plus connu la défaite depuis la finale mondiale, le 28 août 2019, à Tokyo.

Jusque-là, Matthias Casse s’était débarrassé du Monténégrin Gardasevic grâce à un mouvement gagnant après seulement 1’15 de combat. Une excellente entrée en matière pour lui, à court de compétition ! Opposé au Turc Koc, l’Anversois fut bousculé par la fougue de son adversaire, au point qu’il dut recourir au service médical.

Tombé sur le nez, il se vit poser un sparadrap de protection pour poursuivre. Un aléa qui ne l’empêcha pas de gagner par waza-ari. En quarts de finale, Matthias retrouvait l’Azéri Fatijev, qu’il immobilisa pour entrer dans le dernier carré de cet Euro avec la suite connue face au Géorgien et à Sami Chouchi.

"Le Géorgien m’a surpris"

L’Anversois explique sa défaite : "Personne en Belgique ne tente ce genre de geste !"

Après sa défaite surprise, en demi-finale, face au Géorgien, Matthias Casse s’est consolé avec la médaille de bronze lors de cet Euro mais, avec le protocole sanitaire mis en place, il n’a pas pu la fêter. "Nous ne pouvons pas sortir de l’hôtel ! Et puis, je partage la chambre avec Toma (Nikiforov) et ce ne serait pas sympa de fêter pour lui qui combat ce samedi…", sourit l’Anversois. "Après neuf mois sans compétition, je m’attendais à une journée délicate, surtout lors de mes premiers combats. Et ce fut un peu le cas. Mais je m’en suis sorti jusqu’à ce que je tombe sur le Géorgien Grigalashvili, que je n’avais pas encore rencontré. Je dois bien avouer qu’il m’a surpris avec un mouvement que je n’avais jamais vu. Personne en Belgique ne tente ce genre de geste. La preuve que les stages à l’étranger me manquent."

Plus tôt, face au Turc, Matthias avait dû recourir aux soigneurs. "Je suis retombé sur le visage et j’avais le nez qui saignait. Le médecin s’est occupé de moi et j’ai pu continuer. J’ai surtout veillé à être toujours concentré, même avec un sparadrap sur le nez."

Enfin, est arrivé ce fameux combat contre Sami Chouchi… "Oui, on a un peu parlé avant et, aussi, après. Il était très déçu et je le comprends. Sami est un bon judoka ! En voyant que je le retrouvais en finale pour le bronze, je m’attendais à un long combat parce qu’il ne laisse pas beaucoup d’ouvertures. Sur la fin, j’étais fatigué car je manquais de rythme. Mais j’ai fini par l’emporter et c’est l’essentiel."