Le principe de Peter, vous connaissez ? Il s’agit d’une théorie développée il y a une cinquantaine d’années par le pédagogue canadien Laurence Peter (1919-1990) et son acolyte Raymond Hull (1919-1985). Le premier était professeur de psychologie à l’université de Californie. Le second scénariste pour la télévision. Dans les années 1970, ils étaient frappés tous les deux par la quantité de très mauvaises décisions prises à tous les niveaux de pouvoir : politique, commercial, militaire, religieux et sanitaire. Dans un livre qui fera l’effet d’une bombe dans le petit monde la psychologie, ils écrivent ceci : "Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence." 

En clair, cela signifie que lorsque vous êtes doué pour le poste que vous occupez - professeur, chercheur, architecte, journaliste, etc. - vous aurez tendance à vous élever dans la hiérarchie et à vous voir confier de plus en plus de responsabilités. Puis vous parviendrez au stade où votre compétence intrinsèque montre ses limites. La progression s’arrête. Moralité : la société tout entière fonctionne avec une majorité de gens incompétents aux postes qu’ils occupent, ce qui explique la quantité astronomique de mauvaises décisions.

Voilà en gros ce que dit le principe de Peter. Les exemples ne manquent pas. Un tas d’institutions fonctionnent cahin-caha avec à leur tête des responsables parvenus à l’extrême limite de leurs compétences. La crise sanitaire actuelle renforce même cette impression d’errance.

Des coureurs tous frustrés !

Ce principe s’applique-t-il au sport ? C’est précisément le sujet d’un article du dernier Zatopek Magazine. Et la réponse est originale. Car c’est le cas !

Le sport repose effectivement sur la seule notion de classification au mérite. Il est donc sujet au principe de Peter comme d’autres organisations professionnelles.

Prenons l’exemple d’un coureur à pied talentueux. Dans un premier temps, il va écumer les courses de sa région avant d’être éventuellement repéré par les recruteurs fédéraux. Puis il intégrera une cellule d’entraînement de haut niveau. Il lui faudra alors confirmer à l’échelon national avant de se lancer dans des meetings et des championnats internationaux jusqu’à finir aux Jeux olympiques s’il est vraiment doté de qualités exceptionnelles.

Et les autres ? Ce n’est pas compliqué. Ils s’arrêteront en chemin et passeront donc l’essentiel de leur carrière sportive à un niveau de compétition où il leur sera pratiquement impossible de briller. Arrivés à leur seuil d’incompétence, ils sont juste bons pour faire nombre et permettre aux autres de triompher. D’où leur frustration.

Même les plus grands champions

On pourrait se dire ici que seuls les meilleurs échappent à ce sentiment et poursuivent leur carrière sans vivre de désillusions. Même pas ! L’industrie du sport-spectacle est ainsi faite que, si on ne trouve personne pour rivaliser avec un champion dans la génération en cours, on le compare aux champions du passé. Plutôt que des adversaires de chair et d’os, ils se retrouvent face à des légendes. Impossible d’avoir le dernier mot.

Dans le sport, le principe de Peter s’applique donc à tous. Les plus grands comme les plus humbles. Les champions comme les gregarios ! À l’heure de la retraite, on comprend mieux pourquoi (presque) tous les champions sont à ce point aigris et, pour certains, cherchent refuge dans la drogue ou l’alcool. Le principe de Peter est passé par là