La sprinteuse louvaniste peut devenir la première athlète belge à monter sur un podium mondial

BUDAPEST Le grand jour est peut-être arrivé pour Kim Gevaert. C'est, en effet, ce vendredi, au coeur de la Sportsarena de Budapest, que la sprinteuse la plus véloce du pays tentera de décrocher une médaille aux Championnats du Monde indoor, ce qu'aucune athlète belge n'a réussi avant elle. Forte d'un record de Belgique du 60m porté à 7.13 et d'une victoire de prestige sur Marion Jones à Birmingham, le 20 mars, notre compatriote respire vraiment la confiance depuis plusieurs semaines. «Dès avant la course, Zhanna Block m'avait glissé à l'oreille qu'elle me voyait gagner! sourit Kim. Quant à moi, je savais que Marion était prenable et c'était la première fois que je courais face à elle en me disant que j'avais les moyens de la battre. Mais j'ai bien géré cette situation, en me concentrant simplement sur ma propre course. Et tout s'est bien passé, même si j'ai senti son souffle dans les derniers mètres. C'était une sensation incroyable de battre cette grande championne. Je n'en ai d'ailleurs pas dormi de la nuit! Marion, en revanche, a un peu accusé le coup juste après la course. Elle était, en tout cas, beaucoup moins souriante que d'habitude...»

D'évidence, Kim Gevaert a chan- gé. Plus zen que jamais, elle a relativisé beaucoup depuis son fameux accident de voiture survenu il y a un mois et dont elle est heureusement sortie indemne. «C'était une expérience un peu traumatisante mais qui m'a permis de me rendre mieux compte de la chance que j'avais d'être en bonne santé, de me satisfaire aussi plus vite de ce que j'ai. Encore plus qu'avant, j'apprécie les plaisirs simples de la vie! explique-t-elle. Mais le calme que j'affiche sur la piste est aussi le fruit de l'expérience que j'ai acquise au fil des ans. Je suis naturellement moins stressée et je crois que cet état d'esprit ne peut m'être que profitable. A Munich ou à Paris, par exemple, je voulais réussir par- dessus tout et je me suis mis trop de pression sur les épaules. Vouloir parvenir à ses fins coûte que coûte finit par créer des blocages. Il faut éviter de trop réfléchir.»

«Arron sera dure à battre»

Une théorie que Kim s'attachera à mettre en pratique ce vendredi, dès 9h30, lors des séries du 60m, d'au- tant que ses tendons d'Achille ne lui causent pas de souci pour le moment. «J'ai effectué une excellente préparation, cet hiver, en Afrique du Sud avec l'aide, notamment, de Patrick Stevens et, même si Budapest n'est pas mon objectif majeur en cette saison olympique, les chronos ont tôt fait de me convaincre de participer à ce Mondial! souligne la vice- championne d'Europe du 100m. Trois courses en une journée, c'est un programme ardu et il faut espérer que je sois dans un bon jour aujour- d'hui. Je donnerai le meilleur de moi- même. Mais si je cours en 7.12 ou 7.13 et que je ne figure pas sur le podium, je m'inclinerai. Christine Arron me semble dure à battre et elle est ma favorite. Gail Devers a prouvé qu'elle pouvait également décrocher l'or et Torri Edwards est en forme. Les sprinteuses russes, elles, sont plus délicates à juger parce que je ne les connais pas trop bien. Mais le scénario de ce Mondial indoor n'est vraiment pas écrit à l'avance, dès lors...»

En l'absence de Cédric Van Branteghem, Kim Gevaert portera les principaux espoirs de la délégation belge à Budapest. Une situation dont elle s'est toujours bien accommodée par le passé, rapportant une médaille d'or des Championnats d'Europe indoor à Vienne (60m), puis deux autres d'argent de l' Euro munichois (100-200m) en 2002. Et, à vrai dire, même si la concurrence sera rude, on ne l'imagine pas nous décevoir, ce vendredi, en l'absence de Zhanna Block, la tenante du titre, et de Marion Jones...

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