Rugby

Le Mondial de rugby 2019 débute ce vendredi. De quoi régaler les inconditionnels de l'ovalie et intriguer les moins connaisseurs. Pour ceux-là, il sera plus souvent question de haka que de cadrage-débordement ou de défense inversée à la machine à café.

Pour briller en société au cours des six prochaines semaines, on vous dit tout ce qu'il faut savoir sur ce rituel rendu populaire par le rugby. A commencer par l'origine du "Ka Mate", le haka de la Nouvelle-Zélande : dans les années 1820, Te Rauparaha, un chef maori, a improvisé une danse pour remercier un chef d'une région voisine de l'avoir caché des ennemis. C'est en se dissimulant dans une fosse à patates douces que Te Rauparaha a pu échapper à ceux qui voulaient lui faire la peau. Il s'y répétait, tout bas: "Je meurs, je meurs" (Ka mate, ka mate), puis "Je vis, je vis" (ka ora, ka ora), en entendant l'ennemi s'éloigner. Des paroles qui se retrouvent aujourd'hui dans ce chant qui s'apparente à une célébration de la vie.

Le "haka" (qui signifie littéralement "danse") est souvent associé au combat et à la guerre. Mais il n'en est rien puisqu'il existe bien des sortes de haka. Dans les îles du Pacifique Sud, cette danse est un véritable support de communication dont le destinataire n'est pas toujours un adversaire ni un être humain. En rugby, son but premier est effectivement d'impressionner et défier l'opposant du jour. De prendre un ascendant psychologique sur lui juste avant le début de la rencontre. Dans d'autres contextes, il peut servir à témoigner de l'estime, de la reconnaissance ou à rendre hommage à quelqu'un. Comme à Jonah Lomu, quelques jours après le décès de la superstar du rugby néo-zélandais, en novembre 2015.


Les All-Blacks n'en ont pas le monopole

C'est en 1888 que les All-Blacks ont, pour la première fois, reproduit le "Ka Mate" avant un match. Mais c'est à partir de 1987 et du premier Mondial de rugby à XV que ce spectacle s'est popularisé. Il faut dire que la bande à David Kirk propose alors un haka à la coordination aussi parfaite que son jeu. Le premier titre suprême revient à la Nouvelle-Zélande, qui s'en offrira deux de plus, en 2011 et 2015. Entre temps, les basketteurs néo-zélandais se sont également mis au haka qui est pratiqué à une échelle bien plus large que dans le sport de haut niveau puisqu'on l'enseigne à l'armée, dans les lycées, à l'université…


D'autres nations d'Océanie pratiquent également des chorégraphies avant leur match de rugby. Ainsi, les Fidji présentent un "Cibi" à leur adversaire, les Samoa un "Siva tau" et les Tonga le "Kailao", tout comme les îles Cook (qui ne participeront toutefois pas à ce Mondial).



Un "Kapa o Pango" pour les grandes occasions

Le 27 août 2005, la Nouvelle-Zélande affronte l'Afrique du Sud. Avant le coup d'envoi du match, pas de "Ka Mate" mais bien une toute nouvelle chorégraphie. Derek Lardelli, un expert en culture maorie, vient en effet de proposer aux All-Blacks un haka fait sur mesure. Les paroles font référence à des guerriers vêtus de noir et à la fougère argentée. Le "pukana" (yeux exorbités), le "whetero" (mouvement de la langue) y sont encore plus présents et impressionnants que dans le "Ka Mate". Le "Kapa o Pongo" se termine même par un mime d'égorgement. Ce geste final accompagné du mot "Ha" ("souffle de vie") a beau avoir une signification plus sobre qu'il n'y parait dans la culture maorie, il a de quoi impressionner l'adversaire.

Si cette chorégraphie a été utilisée pour la première fois ce soir d'été-là contre l'Afrique du Sud, ce n'est d'ailleurs pas un hasard. Les Néo-Zélandais n'avaient pas apprécié que leur "Ka Mate" soit sifflé par les supporters sud-africains lors de leur précédente rencontre.


Des réponses bien différentes

Depuis lors, le "Kapa o Pongo" est réservé aux occasions spéciales. On se souvient notamment d'un haka particulièrement électrique en prélude de France-Nouvelle-Zélande, en finale du Mondial 2011.


Il faut dire que quatre ans plus tôt, les Bleus avaient éliminé les Blacks en quart de finale, après un "Ka Mate" qui avait donné lieu à une énorme réplique des Français. La bande à Chabal, vêtue de bleu-blanc-rouge, s'était approchée à quelques centimètres des Blacks pendant leur danse. Pour le Mondial 2011, l'international rugby board a d'ailleurs introduit une règle prévoyant que les adversaires des équipes qui exécutent une danse d'avant-match doivent rester à une distance d'au moins dix mètres.


Avant ça, la France, comme d'autres équipes, a parfois choisi d'ignorer le haka en se réunissant en cercle, ou en perfectionnant son échauffement. Ce qui est perçu dans la culture maorie comme un manque de respect. Il arrive aussi que le public s'en mêle, comme celui de Twickenham, qui a, à plusieurs reprises, chanté son fameux "Swing low, sweet chariot" pendant le haka, pour couvrir les chants des joueurs adverses.


Côté gallois, on a un jour signifié aux Blacks que s'ils voulaient faire le haka, il faudrait s'y prendre avant de monter sur le terrain. Le règlement prévoit en effet que le match débute directement après les hymnes nationaux et le XV du Poireau avait, ce jour-là, décidé de le faire appliquer à la lettre.


En 2008, les Gallois ont innové à nouveau, en laissant cette fois les Néo-Zélandais faire le haka avant le coup d'envoi. Mais pour affirmer leur autorité et montrer que, chez eux, ils décideraient eux-mêmes du moment où le match débuterait, les joueurs sont restés immobiles pendant plus de deux minutes après la fin du haka néo-zélandais. Les deux équipes s'observaient alors, les yeux dans les yeux, dans un stade surchauffé.



Vous voilà désormais un peu mieux préparés à ce mondial de rugby. Rendez-vous ce samedi à 11h45 pour le très attendu Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud pour le premier très gros choc du tournoi. Et pour savoir si les Néo-Zélandais réservent un "Ka Mate" ou un "Kapa o Pongo" aux Springboks, il faudra allumer la télé dès 11h40.