Au XIXe siècle, le Pays noir de Charleroi portait particulièrement bien son nom. Les hommes qui travaillaient dans les nombreuses mines de charbon sortaient chaque jour le visage complètement noirci. Autour de ces mines, la végétation se faisait très rare. Les fumées opaques envahissaient le ciel. Le paysage se déclinait sur des nuances de gris.

Aujourd’hui, Charleroi s’habille de couleurs. Le bois du Cazier offre un terrain de jeu verdoyant et c’est au cœur de ce décor plein d’histoire et de charmes que s’organisent les 15 km de Charleroi Métropole, l’un des plus grands événements de sport-santé en Wallonie.

Une journée ordinaire

Lors de cette course, impossible de ne pas avoir au moins une pensée pour tous ces mineurs d’autrefois qui faisaient preuve d’un courage exemplaire pour traverser des existences extrêmement dures. La vie à la mine exigeait d’eux des dépenses caloriques auxquelles peu de nos contemporains pourraient faire face. Même parmi les plus sportifs !

Un simple calcul nous permet de comparer les aptitudes. Prenons la dépense calorique d’un participant lambda à la course des 15 km qui aura lieu le dimanche 27 mars Supposons qu’il pèse 70 kilos. On peut assez facilement évaluer sa dépense calorique : il suffit de multiplier les kilos et les kilomètres. Cela fait donc une dépense de 15 x 70 = 1 050 calories. Le soir venu, notre sportif aura probablement l’impression d’avoir été très courageux. Dans le contexte actuel de sédentarité, il a plutôt raison.

La plupart des gens tournent autour de 200-300 calories dépensées quotidiennement dans le mouvement, voire moins.

Comparons à présent avec le sort de ces mineurs d’autrefois qui devaient ramper dans des boyaux étroits, arracher le charbon à la terre, l’acheminer vers la surface, pousser les wagonnets, étançonner les sillons. Un travail parfaitement éreintant. La dépense énergétique d’un mineur dans le cadre de son travail pouvait ainsi dépasser les 3 500 calories quotidiennes ! Contre 1 050 pour notre coureur moderne à l’issue de ses 15 km. Plus du triple !

Et si notre coureur peut se reposer les jours suivants, il n’en était absolument rien pour les mineurs.

La force qui est en nous

Comment tenaient-ils le coup ? Aujourd’hui, on se le demande. Et d’ailleurs, eux aussi, ils se le demandaient à l’époque. Dans La Chute des géants (Robert Lafont, 2010), le premier tome de la trilogie de Ken Follet sur l’histoire du XXe siècle, un des personnages, Billy, descend dans la mine pour la première fois. Le soir venu, il est tellement "cassé" qu’il lui semble impossible de tenir une autre journée. Et pourtant, il tient !

L’exemple de ces mineurs nous montre que nos organismes sont capables de s’adapter à presque toutes les conditions de vie avec une plasticité étonnante. Bien sûr, personne ne songe à regretter cette période de l’histoire faite tout de même de beaucoup de souffrance et de drames. Mais on peut s’inspirer de la force qui émanait de ces hommes et que nous avons perdue aujourd’hui. On a même perdu l’idée qu’elle puisse nous habiter.

Nous sommes beaucoup plus forts que nous ne le croyons et la course à pied (les autres sports aussi du reste) permet de s’en rendre compte !

> 15 km Charleroi Métropole : le dimanche 27 mars. 6 km et 15 km + 7 km marche. Infos : www.zatopekmagazine.com.