Comment la casquette a envahi les pelotons de course à pied

La popularisation de la casquette en course à pied va de pair avec celle du mouvement hors-stade.

Olivier Beaufays (Zatopek Magazine)
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©Shutterstock

Les vêtements ont eux aussi une histoire. Dans chaque Zatopek, une rubrique part à la découverte d’une pièce de nos garde-robes. Dans le numéro actuellement en kiosque, c’est au tour de la casquette de dévoiler tous ses secrets.

Il en va du couvre-chef comme du reste de notre penderie : il sert autant à se prémunir des aléas du temps qu’à attester de son statut social. Pensez à la couronne du roi, aux casques des chevaliers du Moyen Âge, au chapeau en feutre des bourgeois ou encore au simple morceau de tissu noué sous le menton qui caractérisait le servage.

La casquette, elle, trouve son origine un peu plus récemment. En 1571, une loi est passée qui obligeait tout citoyen britannique de plus de six ans à se couvrir la tête les dimanches et jours fériés sous peine d’amende. Pour justifier cette mesure, le législateur avait mis en avant le respect des règles de bienséance. En vérité, cette obligation visait surtout à doper le commerce intérieur et à permettre l’écoulement des excédents de laine. Pour des questions de coût, certaines de ces coiffes devenues obligatoires étaient plutôt rudimentaires. Il s’agissait de simples bonnets prolongés d’une visière. La casquette est ainsi devenue un très fort vecteur identitaire du prolétariat. Chauffeurs, portiers, concierges, gardes de sécurité, chefs de gare, sans parler des militaires : chaque corporation se définit bientôt par son couvre-chef.

Têtes nues s’abstenir

Le cyclisme adopte aussitôt cette visière bien pratique. D’autant qu’on peut la tourner et la retourner sur la tête pour se protéger soit le front, soit la nuque, des rayons ardents du soleil. Mais c’est surtout le baseball qui popularisa la casquette ! À la création de la MLB (Ligue professionnelle nord-américaine de baseball) en 1876, les joueurs étaient libres de porter n’importe quel chapeau pour peu que celui-ci permette de suivre des yeux le trajet de la balle dans les airs. À l’époque, la plupart des joueurs et des spectateurs portaient des canotiers. Puis la casquette s’est imposée en raison de ses avantages. Plus souple, plus légère. On pouvait se la visser sur la tête sans risque de la perdre ou adapter la longueur de la visière aux conditions de jeu.

La casquette devint donc la norme. D’abord sur le terrain puis dans les tribunes après que l’équipe dirigeante des Tigers de Detroit eut l’excellente idée en 1901 de commercialiser un modèle orné d’un grand "T" orange sur sa couronne. La casquette devint un marqueur identitaire, un moyen pour les fans de baseball d’afficher leur préférence.

Des années plus tard, en 1992, la mode traversera l’Atlantique quand les meilleurs joueurs de NBA ont débarqué aux Jeux d’été de Barcelone pour remporter le tournoi olympique haut la main. Beaucoup de jeunes Européens se mirent alors à porter des casquettes d’équipes américaines, ornées d’inscriptions dont ils ne connaissaient pas toujours la signification.

Ainsi la casquette surfe depuis plus d’un siècle sur diverses vagues identitaires, ce qui n’empêche pas les tentatives de récupération par le marché. Aujourd’hui, on trouve chez Gucci ou Prada des modèles de casquette à plus de 500 euros.

Ça fait pas chic, une casquette ?

En course à pied, la popularisation de la casquette va de pair avec celle du mouvement hors-stade. "Dans les années 70 et 80, la course à pied avait une image assez ringarde, se souvient Dominique Chauvelier, quadruple champion de France du marathon. On avait alors voulu s’inspirer d’une mode propre au triathlon. À Marvejols, j’avais ainsi découpé mon t-shirt à hauteur du nombril. Et je portais une casquette évidemment !"

Il n’était évidemment pas le premier coureur à se soucier de son look. Pas le dernier non plus. "Regardez Jimmy Gressier, recordman d’Europe du 5 kilomètres sur route. Il porte souvent une casquette à l’envers, quel que soit le temps, y compris en salle. Plus loin dans le temps, je me souviens également du Finlandais Pekka Päivärinta, premier champion du monde de cross-country en 1973, ou du champion américain du 800 mètres, Dave Wottle. Les porteurs de casquette en compétition sont peut-être rares. Mais on se souvient d’eux !"

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