L’énorme engouement des Japonais pour le marathon

Le 42,195 km et les valeurs qu’il véhicule fascinent le peuple du pays du Soleil levant.

Anouk Ramaekers (Zatopek Magazine)
First Tokyo Marathon held in rain
©BELGAIMAGE

Les Japonais vénèrent le marathon et les valeurs incarnées par cette épreuve : humilité, ascétisme, résilience. On retrouve cette idée dans l’expression "gaman suru", très populaire au Japon et que l’on pourrait traduire par "endurer sans se plaindre" .

L’engouement pour les marathons est tel qu’il n’est pas rare qu’on diffuse les courses en intégralité à la télévision. De ce fait, les coureurs ne sont pas les seuls à "gaman suru". Les téléspectateurs aussi !

Une docilité impressionnante

L’une des choses les plus étranges quand on découvre le pays du Soleil levant, c’est notamment la docilité des foules. Pour contenir les ferveurs des rassemblements de milliers de personnes assistant aux marathons, un système de sécurité hyper-perfectionné est nécessaire dans n’importe quel autre pays. Au Japon, quelques dizaines de policiers renforcés de quelques barrières suffisent.

Exemple ? À l’arrivée du marathon des Jeux de Tokyo en 1964, on dit que près d’un million de spectateurs s’étaient pressés sur les bords de la route, ce qui fait de ce marathon l’une des épreuves sportives les plus applaudies de tous les temps ! Les gens débordaient d’enthousiasme certes, mais jamais sur la chaussée. Pour les rappeler à l’ordre, certains agents n’hésitèrent pas à prendre des attitudes qui rappellent un peu celles des "pousseurs du métro", ces agents chargés d’aider les voyageurs à s’entasser dans les rames. Sans que cela ne suscite trop de tensions, malgré l’extrême promiscuité. Imaginez la même scène chez nous !

À la recherche de la nouvelle star

Pendant très longtemps, les marathoniens japonais comptaient parmi les meilleurs du monde. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La raison ? Peut-être leur réticence naturelle au dopage… Jamais un coureur japonais n’a été contrôlé positif lors d’un test. Les coureurs kényans et éthiopiens qui paradent en tête de classement ne peuvent malheureusement pas en dire autant.

Aujourd’hui, les Japonais comptent sur la technologie des chaussures à plaques de carbone pour combler leur retard. En remportant le 28 février le marathon du Lake Biwa Mainichi en 2 heures, 4 minutes et 56 secondes, Kengo Suzuki est devenu le premier de son pays à descendre sous les 2 heures et 5 minutes. Malheureusement pour lui, cette performance arrivait juste trop tard pour bénéficier de la prime des 100 millions de yens (766 000 euros) promise à celui qui réaliserait cet exploit.

À l’origine de l’initiative, la Fédération nipponne d’athlétisme avait reçu pour cela l’aide d’un consortium de grosses entreprises. Le but ? Révéler de nouveaux talents capables de remporter la médaille d’or au marathon des Jeux de Tokyo. L’initiative prise en 2015 expirait à la fin de l’année 2020. Juste trop tôt pour Suzuki !


Le marathon olympique de cet été 800 km plus au nord qu’en 1964

Au dernier jour des Jeux de Tokyo en 1964, 68 coureurs en provenance de 35 pays avaient pris le départ du marathon qui se déroulait dans des conditions de température idéales (13-14 degrés) avec cependant une forte humidité relative, ce qui expliqua sans doute les nombreuses défaillances. Le parcours consistait en un aller-retour parfaitement plat au centre de la capitale. Le vainqueur, l’Ethiopien Abebe Bikila, en profita pour récupérer le record du monde (2 heures, 12 minutes et 11 secondes) dont l’avait dépossédé le Japonais Toru Terasawa l’année précédente.

Forts de ce premier succès, les organisateurs des prochains Jeux de Tokyo avaient d’abord prévu que la course puisse se dérouler sur un parcours similaire en 2021 avant que le CIO n’impose un déménagement dans la ville de Sapporo, à 800 kilomètres plus au nord.

Explication ? En 1964, les Jeux s’étaient déroulés entre le 10 et le 24 octobre pour éviter les grosses chaleurs. Cette fois, ils se tiendront entre le 23 juillet et le 8 août. On doit donc s’attendre à rencontrer des températures moyennes plus élevées de dix, quinze ou même vingt degrés.

Manifestement, les dirigeants de l’athlétisme mondial ont été échaudés eux aussi par le spectacle affligeant des marathons, masculin et surtout féminin, des derniers championnats du monde de Doha où, malgré une course la nuit, les concurrents tombèrent comme des mouches.

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