Le boycott sportif infligé aux Russes: une arme à manier avec prudence

Suite à l’invasion de l’Ukraine, les Russes ont été exclus des compétitions internationales. Cela vaut même pour les traileurs sur l’UTMB.

Igor Risbane ("Zatopek Magazine")
Le boycott sportif infligé aux Russes: une arme à manier avec prudence
©Bekker

Le 2 mars 2022, un communiqué de l'organisation de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) annonçait "la suspension immédiate des athlètes russes de tous les événements opérant sous la marque UTMB, c'est-à-dire les 25 événements UTMB World Series dont l'UTMB Mont-Blanc, jusqu'à nouvel ordre".

Ce faisant, l’épreuve rejoignait un très large mouvement qui exclut les Russes de pratiquement toutes les épreuves internationales. Bien sûr, le sens de ces exclusions est facile à comprendre. On veut isoler le pouvoir russe, le couper du reste du monde et sanctionner ainsi son intervention en Ukraine. Précédemment, on avait déjà pris ce genre de décision à la suite de révélations qui faisaient état d’un système de dopage à large échelle mis en place à l’occasion des Jeux d’hiver de Sotchi en 2014.

Une sanction à double tranchant

On comprend la logique. Mais ce genre de boycott sportif constitue une arme à double tranchant. Il risque en effet d'alimenter un très fort ressentiment en Russie sur le thème "l'Occident ne veut pas de nous" ou "ils ne nous aiment pas".

Ce n’est pas sûr du tout que ce soit la bonne stratégie pour favoriser un changement de politique au pays. Imaginez ce que ressent le traileur ou l’athlète qui s’entraîne pendant des mois ou des années dans le but de participer à une épreuve qui le fait rêver et qui se voit refuser l’entrée au dernier moment en raison des fautes de son gouvernement.

Certes, en ce moment, de très nombreuses personnes vivent des choses encore moins enviables que ce sportif. On comprend néanmoins sa déception. Et c’est le propre des boycotts de générer ce genre de situations d’extrême frustration ainsi qu’on l’a vu tout au long de l’histoire.

Loin d’être une première dans le sport

Le principe du boycott ne date pas d’hier. Et son utilisation dans le sport est tout aussi vieille. Dans l’Antiquité déjà, les représentants d’lide (une région de l’ouest de la Grèce) étaient interdits de courses de chars après une tricherie dont un des ressortissants s’était rendu coupable : le remplacement d’un essieu en bois par un essieu de cire sur le char d’un adversaire, ce qui provoqua un terrible accident et la mort du pilote, le roi Oenomaos.

Les siècles ont passé et le concept est resté. Les boycotts sportifs connurent une recrudescence dans la seconde moitié du XXe siècle. Les Jeux de Montréal, de Moscou, de Los Angeles furent tous largement boycottés.

À l’époque de la Guerre froide, il arrivait souvent que les athlètes boycottent les compétitions sur ordre de leur gouvernement. Aujourd’hui, c’est le plus souvent le pouvoir organisateur qui exclut des athlètes. On songe évidemment à l’éviction du joueur de tennis serbe Novak Djokovic du dernier Open d’Australie. Mais ce n’est pas le seul exemple récent. En février, l’équipe nationale iranienne de lutte devait disputer un tournoi à Arlington (Texas). L’administration américaine a refusé l’octroi de six visas sur 35 demandes, ce qui a conduit à l’annulation du voyage. En octobre dernier, des boxeurs en provenance du Kosovo se sont également fait refouler aux championnats du monde de Belgrade. Idem pour les joueurs de squash israéliens interdits de séjour en Malaisie lors du dernier Mondial de la discipline.

En réalité, le boycott sportif est une arme à manier avec prudence. Et il se trouve que, pour le moment, on en fait un usage systématique.

Le saviez-vous?

Le mot "boycott" est une antonomase et vient du nom de Charles Cunningham Boycott, un riche propriétaire terrien qui vécut en Irlande au XIXe siècle et qui traitait durement ses métayers. Ceux-ci se liguèrent contre lui, entraînant sa ruine.

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