"Une aventure avec Kilian Jornet plutôt que contre lui": François D’Haene retrouve le monstre de la discipline à la Hardrock 100

François D’Haene et Kilian Jornet vont se retrouver en compétition pour la première fois depuis l’UTMB 2017 lors de la Hardrock 100.

François D’Haene et Kilian Jornet seront tous deux au départ de la Hardrock 100 ce vendredi, le plus réputé des ultra-trails américains qui offre une boucle de 160 km pour 10 000 mètres de dénivelé à travers les montagnes du Colorado. Un duel auquel on n’a plus assisté depuis 2017 et le 3e des quatre succès du Français sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Entre-temps, les deux géants de l’ultra-trail mondial ont fait leur chemin, sans chercher à s’éviter mais sans jamais plus se retrouver.

Voilà qui fait du rendez-vous américain le duel le plus attendu de l'année trail, que François D'Haene a accepté de préfacer en notre compagnie lors de son passage en Belgique au printemps dernier.

François D’Haene, vous êtes enthousiaste à l’idée de pouvoir croiser de nouveau la route de Kilian Jornet en compétition ?

"À vrai dire, j’attends plus la Hardrock que Kilian (rires). Mais, on ne va pas cacher, c’est la cerise sur le gâteau d’un beau rendez-vous. Kilian est quelqu’un que j’apprécie et que je côtoie régulièrement, en tout cas plus qu’il y a quelques années quand il est parti dans les pays du nord. Nous sommes en contact très fréquemment et on s’intéresse chacun à ce que fait l’autre. D’autant qu’on partage plus de points communs depuis qu’il a des enfants. Je suis donc très content de le retrouver en compétition."

Le sport de haut niveau se nourrit de grands duels. Est-ce qu’on peut exporter au monde du trail ce qu’on peut voir ailleurs, comme avec Messi et Ronaldo ou Verstappen et Hamilton par exemple ?

"Ces noms-là, ce n’est rien à côté du duel D’Haene/Jornet… Plus sérieusement, Kilian et moi, on vit d’abord notre discipline à travers la passion. On s’est rencontrés en 2009 grâce à Salomon et cela fait désormais 13 ou 14 ans qu’on trace chacun notre route avec, de temps en temps, des points de rencontre sur certains ultras. Que ce soit lui ou moi, on ne s’est cependant jamais réellement vus comme des rivaux. Quand on sait qu’on va se retrouver, on s’échange des messages en se disant qu’on va courir ensemble et non l’un contre l’autre. Ça constitue, je pense, une grosse différence par rapport aux autres duels du sport. En F1 par exemple, on n’entendra jamais deux pilotes dire qu’ils vont faire la course ensemble. Nous deux, clairement, on parle de la Hardrock 100 en se disant qu’on va la partager. Bien sûr, il n’y aura qu’un vainqueur mais j’ai néanmoins plus l’impression de partager quelque chose avec lui plutôt que contre lui."

Pourquoi est-ce spécifique au trail à votre sens ?

"C’est top de se confronter aux meilleurs athlètes mais l’ultra est avant tout une course contre soi. Si le meilleur émerge toujours, ce n’est donc pas un duel comme on peut l’entendre quand on parle d’autres disciplines."

Quand vous prenez un départ, vous êtes donc d’abord là pour vivre une aventure plutôt que de chasser la victoire ?

"En tout cas, il n’y a pas cette volonté d’imiter la concurrence. Je n’ai pas attendu que Kilian (Jornet) s’inscrive à l’UTMB en 2017 pour me décider à y aller. Idem cette année avec la Hardrock. Avec lui ou sans lui, j’y serais quand même allé. Et je me suis inscrit à la Diagonale des Fous en octobre prochain sans même connaître le plateau. Je choisis mes courses parce qu’elles me plaisent, me donnent envie et me procurent une grande motivation. Après, s’il y a d’autres bons athlètes, tant mieux. Mais cette compétition n’est pas ce que je recherche en premier lieu quand je me présente sur une ligne de départ."

L’éventuelle présence de Kilian Jornet en 2023 sur l’UTMB ne suffira pas à vous convaincre d’aller briguer une cinquième couronne à Chamonix ?

"Non, clairement pas. Je n’irai pas sur l’UTMB en 2022 et, dans ma tête, je ne suis pas parti pour y retourner en 2023. Je ne sens pas actuellement l’envie. J’ai déjà fait cette course à de nombreuses reprises et j’ai besoin de laisser passer un petit peu de temps. On peut me dire que tous les meilleurs mondiaux y seront que ça ne changerait pas grand-chose. Par contre, si on me dit que tous ces athlètes s’inscrivent d’un coup à une épreuve qui m’a toujours fait rêver mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir, là, oui, ça me boosterait à saisir l’occasion."

Votre participation à la Hardrock 2022 peut être vue comme une contradiction, vous qui n’aimez pas revenir deux fois de suite au même endroit. Pourtant, cette course, vous l’avez gagnée en 2021…

"Parce que celle-là, la Hardrock, est vraiment particulière. Depuis toujours, elle se dispute une année dans un sens et la suivante dans l’autre. Qui plus est, c’est une course pour laquelle il est très dur d’avoir un dossard, sauf si on a gagné l’édition précédente. Quand on gagne, ça fait donc partie du jeu de revenir pour tenter l’expérience dans l’autre sens. En gros, pouvoir revenir est la récompense du vainqueur. J’y ai vécu une course de rêve dès ma première participation l’année dernière. Tout s’est déroulé à merveille alors que, clairement, j’y allais pour m’y casser les dents et me faire une expérience avec l’objectif de venir y faire quelque chose 2-3 ans après. Dès l’arrivée, il était clair pour moi que j’y reviendrais en 2022…"

Vu vos propos, on doit s’attendre à ce que vous fassiez encore mieux que votre record (21h45) de l’an dernier ?

"Je n’oserais pas dire ça. Ce sera d’ailleurs certainement difficile de faire mieux (NdlR : Kilian Jornet détient de son côté le record - 22h41 en 2014 - dans le sens qui sera d’application cette année). Ce que je veux dire c’est que, à la base, je n’étais pas parti pour faire une si belle prestation l’an passé. Après, ce ne sera potentiellement pas la même course non plus. Les conditions météorologiques varient beaucoup, notamment avec les 13 passages à plus de 4 000 mètres. Et le fait de la faire dans l’autre sens change énormément. Il y a un sens où les montées sont plutôt longues, pas techniques et plates. Et les descentes, très techniques. Et cette année, c’est l’inverse. Sur papier, c’est censé être une édition encore un peu plus rapide mais, vu le temps que j’ai mis l’an passé, je ne m’avancerai pas trop. Je ne pensais jamais aller aussi vite sur un ultra montagneux."

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