Performance sportive et végétarisme: quels impacts sur les coureurs à pied?

Que ce soit pour des raisons éthiques, écologiques ou sanitaires, le végétarisme (alimentation qui exclut les aliments ayant nécessité la mort d'un animal), voire le végétalisme (que des aliments d'origine végétale) séduisent de plus en plus de monde. Mais est-ce compatible avec les performances sportives? La rédaction de Zatopek Magazine nous éclaire sur ce sujet à l'occasion de la journée du végétarisme ce jeudi 29 septembre.

Olivier Beaufays ("Zatopek Magazine")
Performance sportive et végétarisme: quels impacts sur les coureurs à pied?
©SHUTTERSTOCK

Dans la représentation populaire, on associe souvent l’alimentation carnée à la force, tandis que les mangeurs de végétaux seraient plutôt dans un registre de douceur, de sensibilité et de réflexion.

Ross et Hugo Turner, deux jumeaux vrais britanniques, ont voulu vérifier ces a priori. Avec des chercheurs du King's College de Londres, les deux frères se sont lancés dans un défi étonnant: déterminer quel régime alimentaire est le meilleur pour un sportif.

Dans le numéro du magazine Zatopek actuellement en kiosque, on découvre les résultats de cette expérience un peu folle: un régime omnivore pour Ross et végétalien pour Hugo, soit une alimentation qui exclut tous les aliments d'origine animale. A Ross le poulet, le poisson, la viande rouge, les produits laitiers. A Hugo le tofu et le tempeh (un produit fabriqué à partir de fèves de soja fermentées) ou encore les fruits du Jacquier.

Pendant trois mois, ces "cobayes de l'aventure" (ils se surnomment ainsi) durent en outre suivre le même gros programme d'effort en endurance. Qui allait s'en tirer avec les honneurs?

Un étonnant revirement de situation

L'expérience fut riche d'enseignements. Au début, Ross l'omnivore a fait la course en tête.

"Les premières semaines furent très difficiles"
, reconnaît Hugo. "Le changement alimentaire et les charges d'entraînement m'ont pompé toute mon énergie. J'étais tout le temps fatigué. Je maigrissais à vue d'œil. C'est bien simple, après vingt jours, j'avais déjà perdu quatre kilos."

Hugo craignit même de devoir interrompre l'expérience pour ne pas terminer décharné jusqu'à ce que, tout à coup, la forme revienne! "J'ai eu l'impression que mon corps comprenait ce qu'il lui arrivait et qu'il avait trouvé le moyen de s'adapter", reprend-il. "J'avais davantage de vitalité et les baisses de régime ont complètement disparu, y compris après les repas comme on les ressent presque systématiquement avec un régime omnivore."

les plats végétariens préférés des Belges

A l’issue des trois mois de l’expérience, le constat fut contrasté. Ross l’omnivore avait pris quatre kilos de muscles mais aussi 2,8 kilos de graisse tandis que son frère avait maigri d’1,8 kilo. Mais une analyse de masse par impédancemétrie montra qu’il avait surtout perdu de la graisse et gagné en réalité 1,2 kilo de masse musculaire. Alors qu’au départ de l’expérience, les deux frangins présentaient des taux de cholestérol assez élevés, celui d’Hugo a chuté de manière spectaculaire, passant de 5,9 à 4,9 mmol/L tandis que celui de Ross est resté stable aux alentours de 6,5 mmol/L.

La plus grande surprise vint de l’analyse des selles. Après trois mois de végétalisme strict, le microbiote d’Hugo s’était considérablement appauvri. Pour le professeur Tim Spector, responsable de l’étude, ce problème ne serait pas lié au type de régime mais plutôt au type d’aliments dont ces régimes sont composés. Il recommande de varier son alimentation au maximum et de porter une attention particulière aux aliments riches en polyphénols (chou rouge, carotte, fruits rouges, agrumes, châtaignes, café).

L’expérience a en tout cas convaincu les deux frangins d’accorder plus de place aux légumes, sans pour autant faire une croix sur la viande.

"Pas tant que nous continuerons nos expéditions dans le monde"

, précise Hugo.

"Si vous êtes invité à la table d’Inuits, que voulez-vous manger si vous refusez le poisson? Il n’y a que cela!"


Des cobayes de l’aventure

Cette expérience sur le meilleur régime alimentaire n’est pas la première dans laquelle Ross et Hugo Turner se sont lancés. Dans une précédente étude où leur gémellité vraie se révélait précieuse pour la science, les frangins mirent notamment en évidence les formidables progrès de l’alpinisme en matière d’équipement. En 2015, ils réalisèrent de concert l’ascension du mont Elbrouz dans le Caucase (5642 mètres d’altitude). Seulement, Ross était habillé comme un alpiniste moderne alors qu’Hugo portait un équipement des années 1900. Les chercheurs ont ainsi pu comparer leurs paramètres physiologiques et démontrer la supériorité des textiles actuels sur les anciens costumes de peaux.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be