Dans l’univers de la presse, le prix Pulitzer constitue une sorte de Graal qui équivaut à une médaille olympique. Paul Salopek a décroché ce prix en 2001 pour un dossier sur l’organisation du travail en Afrique et en 1998 pour une série d’articles sur la génétique dans lesquels, pour une fois, l’auteur ne se focalisait pas sur les différences qui existent entre les individus mais plutôt sur ce qui les rassemble, ainsi que le résumait le titre de la série : Basically, we are all the same (En fait, on est tous pareils).

À l’époque, Salopek travaillait pour le Chicago Tribune. Depuis lors, il est passé au National Geographic où il menait des enquêtes très intéressantes sur le peuplement du monde. Comment nos ancêtres ont-ils fait pour s’étendre sur tous les continents ? Et surtout pourquoi ?

"Personne ne le sait exactement, écrit-il. Après avoir vécu en Afrique pendant 240 000 ans, pourquoi les humains anatomiquement modernes ont quitté le continent africain pour conquérir le monde ?"

Manifestement, cela reste un mystère !

Toujours plus à l’est

Comme on peut le découvrir dans le Zatopek actuellement en kiosque, Paul Salopek eut alors l’idée saugrenue de marcher à son tour sur les traces de ces premiers aventuriers en prenant l’Afrique comme point de départ et plus précisément le village de Herto en Éthiopie.

Son objectif ? Rejoindre à pied la région de l’Afar tout à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud. Pour cela, il lui faut prendre à l’est, toujours plus à l’est. Marcher chaque fois du côté du soleil levant. Traverser le continent asiatique jusqu’aux plaines de Sibérie, franchir la mer de Béring puis redescendre le continent américain pour terminer en Terre de Feu.

Cela fait, au total, une balade de 38 500 kilomètres qu’il avait prévu de boucler en sept ans lorsqu’il se mit en route en janvier 2013. Neuf ans plus tard, il pointe seulement à mi-parcours.

Est-ce que ce retard le gêne ? Pas le moins du monde.

Paul Salopek a baptisé sa vaste entreprise "Out of Eden Walk" ("Sortie de l’Eden"). Quand bien même il doublerait, triplerait ou quadruplerait les délais prévus, il sera toujours plus rapide que ceux dont il suit la trace et qui mirent 70 000 ans au moins à accomplir le même voyage.

Marcher pour évoluer

Salopek poursuit donc paisiblement sa route en pensant à eux à chaque pas, sans trop se soucier du calendrier. "Les hommes de l’Âge de pierre dont je suis le descendant ont probablement agi comme moi, écrit-il dans son carnet de bord. Ils ne levaient le camp que lorsque cela devenait vraiment nécessaire. Et sans doute étaient-ils prêts comme je le suis à changer de cap à la dernière minute."

Il se dit persuadé que le rythme lent imposé par la marche a participé de façon déterminante à l’éveil de notre intelligence d’espèce. "Cette exploration du monde par nos ancêtres marcheurs m’apparaît aujourd’hui comme le plus grand accomplissement réalisé par les humains durant les 300 000 ans de leur histoire. C’est elle qui nous permet aujourd’hui d’être des créatures capables de résoudre tous ces problèmes qui se présentent à nous."