Lorsqu’en septembre 2018 Eliud Kipchoge est passé sous la barre historique des deux heures sur marathon, il avait 34 ans. Un âge où on songe plus souvent à la retraite sportive qu’à battre de nouveaux records.

Mais il y a plus extraordinaire encore que Kipchoge. Son ex-compatriote désormais américain Bernard Lagat, né dix ans avant lui, compte toujours parmi les meilleurs marathoniens du monde. À 45 ans, il court aux côtés d’athlètes qui pourraient être ses enfants. Un exemple ? En juillet 2019, il a terminé le marathon de Gold Coast en Australie en 2 h 12, soit une moyenne de 187 secondes au kilomètre qui ferait le bonheur d’un tas de coureurs beaucoup plus jeunes que lui. Même sur un seul kilomètre !

Sauvez Berny

"Le dopage, ça conserve", diront les mauvaises langues. Une façon de rappeler que Bernard Lagat a sûrement réalisé sa première partie de carrière en prenant de l’EPO. Il fut d’ailleurs pincé pour cette raison en 2003 et, s’il a pu échapper aux sanctions à l’époque, c’est seulement parce que, par chance pour lui, l’échantillon B avait été mal conservé et donc les autorités de lutte contre le dopage n’ont pas pu procéder au test de confirmation. Sauvé !

Depuis lors, il écume le circuit des courses internationales sans manifester la moindre intention de s’arrêter. La dernière fois qu’on lui a posé la question, il a répondu qu’il ferait sans doute le point après les Jeux de Tokyo, auxquels il rêve toujours de participer. Ce serait alors ses sixièmes d’affilée après Rio (2016), Londres (2012), Pékin (2008), Athènes (2004) et Sydney (2000). Excusez du peu !

Le secret de la vieille garde

Mais comment Bernard Lagat fait-il pour rester aussi performant alors que toutes les études montrent un déclin des capacités physiques avec le temps ? Dans le Zatopek actuellement en kiosque, un article essaie d’élucider cette énigme.

En s’intéressant, notamment, à la VO2max, autrement dit la quantité maximale d’oxygène que le corps est capable d’utiliser lors d’un effort intense par unité de temps. Cette mesure est un excellent indicateur des capacités physiques. Or, les scientifiques ont constaté qu’on perd en moyenne 1 % de VO2max chaque année après 30 ans. La cause ? Les parois du cœur subissent un lent processus de durcissement. Le cœur bat aussi un peu moins vite. Les artères sont moins souples. Bref, on pulse moins de sang dans les tuyaux et donc on délivre moins d’oxygène aux cellules.

Voilà comment cela se passe pour le plus grand nombre. Sauf pour Bernard Lagat apparemment. Son secret ? L’article de Zatopek explore différentes pistes d’où il ressort en définitive qu’en conservant de hautes intensités d’entraînement on peut limiter la casse.

Il y a quelques années, des études sur d’anciens champions avaient déjà montré que ceux qui continuaient à s’entraîner dur, nonobstant leur avancée en âge, parvenaient à conserver une VO2max quasiment identique à celle de leur jeunesse. Plus étonnant encore, les autres paramètres de la performance : pouls maximal, économie de course et longueur de la foulée restaient aussi à leurs meilleurs niveaux. Voilà qui change de paradigmes ! Jusqu’à récemment, on pensait que le déclin résultait avant tout de causes physiologiques. En clair, on constatait d’abord une chute des performances, ce qui faisait que, petit à petit, on perdait l’envie de s’entraîner. Aujourd’hui, on aurait tendance à lire cette relation dans l’autre sens : le décrochage serait mental avant d’être physique. Si on arrive à éviter le piège de la démotivation, on peut rester compétitif longtemps, très longtemps.